L’affaire Cofidis a encore mis à mal la médecine sportive. Mais la France commence seulement à se doter d’outils d’investigation sur les effets du sport de haut niveau.
Frédéric Sugnot
Le procès Cofidis dont on attend le jugement en janvier prochain a finalement été un réquisitoire contre le mythe, s’il existe encore, de l’athlète en parfaite santé. La présidente du tribunal correctionnel de Nanterre Ghislaine Polge ne s'est d’ailleurs pas gênée pour l’égratigner à longueur d’audience : « Outre le fait qu’il y a beaucoup de tricherie dans cette affaire, il y a aussi un vrai problème de santé publique. »
La magistrate est aussi revenue régulièrement, pendant toute la semaine du procès, sur les 37 000 euros annuels dépensés par la formation Cofidis dans l’achat de médicaments. Et de s’étonner : « On se dit que ces coureurs doivent être gravement malades pour dépenser autant en médicaments... »
Voilà le constat d’une béotienne du sport de haut niveau. Prévenu principal du procès, l’ancien coureur Philippe Gaumont a presque l’expérience d’un rat de laboratoire tant il a avalé tout et n’importe quoi pour améliorer ses performances pendant sa carrière sportive. Au point d’avouer, mardi à la barre du tribunal : « Aujourd’hui, je suis sorti du système, mais j’ai peur d’avoir un jour un cancer ou d’apporter une maladie à mes enfants. »
Car quelles sont les conséquences réelles du dopage ? Nul ne le sait, en l’absence d’une étude épidémiologique sérieuse sur les sportifs en retraite. Mais peut-être en saura-t-on bientôt plus sur la santé des athlètes de haut niveau en activité grâce à la récente mise en place de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (IRMES) : un nouvel outil qui vient s’insérer dans le paysage sportif français un mois après l’inauguration d’un Centre d’investigations en médecine du sport à l’Hôtel-Dieu, à Paris. Inauguré le 2 novembre dernier au coeur de l’Institut national des sports, à Vincennes, l’IRMES doit à terme, selon le ministre des Sports,à Jean-François Lamour, délivrer « une photographie du paysage sanitaire des sportifs de haut niveau français ».
Quitte à déterrer des « futurs » cadavres dans les données biologiques, hématologiques, endocriniennes, pathologiques, collectées ? Pas forcément, selon son directeur Jean-François Toussaint, un ancien volleyeur de l’équipe de France, qui explique : « L'IRMES n’a pas vocation à aller sur le terrain de la lutte antidopage. Mais évidemment dopage et santé sont liés, il ne faut pas se voiler la face. Nous y serons confrontés puisque notre mission est de décrire les pathologies liées au sport, qu’elles qu’en soient les causes. »
Dans ce domaine, des statistiques existent déjà. Éparses. Comme celles que le docteur de la Fédération française de cyclisme, Armand Mégret, vient rapporter à la barre du tribunal de Nanterre cette semaine en affirmant que « 23 % des jeunes femmes cyclistes sont atteintes d’ostéoporose ». À l’IRMES, doté d’un budget de 200 000 euros pour 2007 et 2008, de les collecter et de les rassembler. Jean-FrançoisToussaint rappelle : « L’objectif, c’est la constitution d’une base de données nationale, pour l’instant nous n’avons qu’une vue parcellaire. Grâce à cette base, nous pourrons être en mesure de détecter les pathologies et les causes d’un surentraînement. Donc de jouer un rôle d’alerte auprès des entraîneurs, de leur permettre de lever le pied dans leurs préparations. »
Dans cette optique, les dossiers médicaux des sportifs pensionnaires de l’INSEP (environ 700 athlètes) sont déjà en voie d’archivage. « Les plus anciens remontent à 1978, précise Toussaint. L’informatisation des données n’apparaît qu’à partir de 1989. »
De quoi donner déjà pas mal de grain à moudre au biostatisticien et au chercheur en épidémiologie mis à la disposition de l’IRMES.
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