30 octobre2006

« Le vélo risque de mourir »

Très marqué par les affaires de dopage du Tour 2006, Christophe Moreau juge le tracé du Tour 2007 et commente l'actu du vélo. Sans langue de bois, il appelle à une rapide prise de conscience collective.

Pierrick Taisne

Christophe Moreau, le Tour 2007 commencera de Londres. Que vous inspire ce départ ?
Le Tour à Londres… Pourquoi pas. Pour l’exotisme, c’est une bonne chose. Maintenant le Tour de France est en France, mise à part une petite partie en Belgique, terre de cyclisme. Mais nous n’y restons pas trop longtemps. Il y a une belle arrivée à Gand et un départ à Waregem pour vite revenir à Compiègne.

La Belgique est une région piégeuse…
C’est toujours le stress de la Belgique. Nous n’avons pas de pavé, c’est déjà ça. Mais la Belgique, Gand, les Flandres, c’est toujours compliqué. Il faudra être vigilant. Mais nous n’y restons pas trop longtemps. Nous ne faisions pas tous les monuments historiques de Belgique et de Flandres, ce n’est déjà pas si mal.

Est-ce un parcours difficile ?
C’est musclé dans le sens où on arrive vite dans les Alpes et qu’elles sont concentrées. Après lors de la deuxième partie du Tour, la difficulté sera d’enchaîner avec deux chronos individuels avant les Pyrénées et dès la sortie des Pyrénées. Le tout en huit jours. Cela risque de donner du fil à retordre à ceux qui sont fatigués et de permettre d’en découdre dans la dernière partie sur des efforts solitaires de plus de 50 kilomètres. C’est un bel équilibre entre les deux massifs avec un avantage pour les rouleurs dans la dernière semaine avec ces deux chronos rapprochés.

Ce Tour passera également à Dunkerque, là où vous avez porté le maillot jaune…
C’est en grand souvenir ce maillot jaune en 2001. On ne peut pas rêver mieux. Ce sont des grands souvenirs. Quand on a été maillot jaune à Dunkerque et qu’on a remporté les Quatre Jours à Dunkerque, c’est évident qu’on a beaucoup de plaisir à revenir sur ces terres.

« Besoin de rigueur et de fermeté »
L’année 2006 a été marquée par le scandale Landis. Qu’est ce que cela vous inspire ?
C’est un mal pour un bien. C’est tragique parce que dans l’histoire du Tour de France, on n’a jamais connu ça. C’est le coup le plus terrible qui puisse arriver au vélo. J’espère que cela aura servi à quelque chose dans la lutte contre le dopage pour qu’il y ait une prise de conscience réelle de la part de tout le monde et qu’on puisse ne plus connaître les problèmes de l’affaire Puerto et de Landis. Le vélo n’en survivra pas. Si ça devait recommencer ça serait terrible. Honnêtement avoir vécu le Tour 2006 comme nous l’avons vécu c’était pesant. Nous n’avons plus le choix que d’aller de l’avant.

Avez-vous le sentiment que tout le monde se sensibilise à ce problème ?
C’est encourageant. On ne peut pas penser à une saison 2007 sans un point final à cette affaire Puerto. Il faut vraiment qu’un point concret et précis soit fait. Car ce qu’il se passe depuis le mois de mai ne rend service à personne. Ni aux coureurs, ni aux dirigeants. On parle de faire des prélèvements ADN, d’écarter les gens qui, jusqu’à preuve du contraire, sont concernés par ces affaires. Les choses doivent être plus claires et limpides pour pouvoir attaquer la saison 2007 dans des bonnes conditions et pour pouvoir dire qu’il n’y a plus de demi-mesure.

Cela passe par un travail commun…
On a vu la T-Mobile qui a viré Ullrich. C’est la rigueur et la fermeté dont on a besoin dans le vélo. Les dirigeants et les sponsors devront être intransigeants avec les coureurs qui veulent passer outre car je pense qu’on ne survivra pas à de tels événements sur un nouveau Tour.

« Qu’on éclaircisse tout cela avec courage »
Mais à côté de cela, on voit que les pièces du dossier de l’affaire Puerto ne peuvent pas toute être utilisée en Italie pour juger Ivan Basso…
C’est quelque chose de très troublant pour tout le monde. Quand on voit des instances sportives ne pas être au centre et ne pas avoir les éléments essentiels et incontournables pour pouvoir statuer, c’est improbable et incongru. Surtout dans une histoire aussi lourde que celle du mois de mai. Aujourd’hui, il n’y a que des coups de frein à main mis de part et d’autre qui peuvent empêcher cela. Ça serait un drame.

Que préconisez-vous ?
Il faut que les preuves soient mises en place et à la disposition de tous ces gens pour qu’ils puissent statuer. On parle de l’AMA qui souhaite aider l’UCI mais la situation est bloquée. Cela ne rend pas service au cyclisme. Qu’on éclaircisse tout cela avec courage. Je sais que ce n’est pas facile mais il faut. Car pour 2007, il faut les choses soient plus claires. Aujourd’hui il subsiste un flou artistique qui fait qu’on ne sait plus trop où on en est. J’espère que les instances internationales pourront statuer autrement pour mettre les gens qui le sont, hors de cause, et pour condamner les gens impliqué. Il ne faut pas laisser trois petits points à cette histoire. C’est improbable.

Toujours est-il que les derniers Tours laissent planer un doute…
Aujourd’hui ce sont des choses très lourdes et qui n’arrangent rien. Mais on ne peut pas les nier. Elles ont existé et sont là. J’espère que tout cela aura été un mal lourd à porter mais que cela aidera à redorer notre blason et que la lutte contre le dopage sera encore plus poussée dans les compétitions. C’est peut-être excessif, mais je suis prêt à donner mon sang sur la ligne de départ. On ne peut plus faire marche arrière sinon le vélo risque de mourir. On a besoin de tout le monde, sponsor, Tour, instances… L’union fait la force.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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