28 octobre 2006


Il y en a qui ont plus de courage que Bruno.
photo : Bruno Blanchet

Contre le vent

Bruno Blanchet

Depuis ma dernière aventure chez les catholiques du lac Victoria, je vous jure que ça a brassé pas pour rire... J'ai traversé toute la Tanzanie, d'ouest en est ! Près de 1000 kilomètres ! Une méchante ride... Vous devriez me voir les mollets ! Ils sont plus gros que mes cuisses. C'est laid ! Tout nu, j'ai l'air de Popeye, à l'envers.

Aujourd'hui, comme de plus en plus de lecteurs sont curieux de connaître les dessous d'un trip à vélo en Afrique, je vais vous dévoiler quelques secrets qui pourront, je l'espère, satisfaire votre soif d'insolite.

D'abord, je n'ai pas parcouru en entier les 1000 kilomètres à vélo. Désolé, j'ai triché. Parce que désorganisé comme je le suis - sans carte géographique adéquate (n'essayez pas de dénicher une carte Michelin à la dernière minute à Kampala, en Ouganda...) - , je me retrouve à chaque 80 kilomètres devant un obstacle du genre «Il n'y a plus de route, Monsieur... » ou encore « Le pont ? Quel pont? »

Et seul à vélo, franchement, ça devient ennuyant à la longue... Mes seules distractions sont «pédaler en buvant de l'eau sans échapper la bouteille ou le bouchon», «descendre des côtes à pic les yeux fermés» et «chanter du Léandre». Puis, à chaque village où je passe, la même histoire se répète sensiblement : parce que je parle peu le swahili, kidogo kidogo, et qu'eux généralement ne parlent pas beaucoup l'anglais, nous tenons rarement des discussions qui vont au-delà du « Mon nom est Pascale, je suis ton amie. »

C'est plate.

Mais c'est pas cher ! Le matin et le midi, c'est garanti que pour moins d'un dollar, je mange un gros plat de «trucs frits non identifiés» ; et que le soir, dans une chambre d'hôtel à deux dollars, j'aurai en prime de la musique jusqu'à 4h, de la chaleur et des moustiques toute la nuit.

À 18 ans, j'aurais trouvé ça excitant. Plus maintenant. La vie devient trop précieuse en vieillissant...

Donc, pour parcourir les 1000 kilomètres, j'ai fait trois jours à vélo, et hop !, écoeuré de la boue, j'ai rebroussé chemin et j'ai pris un bateau ; à Mwenza, j'ai sauté dans un train, jusqu'à l'endormante capitale administrative au nom prédestiné, Dodoma (imaginez Ottawa sans Hull ni les tulipes, au milieu du désert) ; puis, de là, j'ai enfourché le Héros pour un autre trois jours de vélo, que j'ai dû interrompre à cause du vent dans face, parce que c'est la saison des grands vents d'est... Finalement, résigné, j'ai sauté sur un autobus et, à Dar es-Salaam, j'ai pris un traversier pour Zanzibar.

Frustrant ? Non ! Un périple formidable.

Faut quand même pas être plus catholique que le pape.

L'an dernier, au Cambodge, une Hollandaise qui voyageait à vélo avait déclaré haut et fort pendant un souper au restaurant que ceux qui voyageaient sac au dos en autobus n'étaient pas de «vrais» voyageurs ; parce que, selon elle, pour un «vrai» voyage, il fallait au moins prendre le mode de transport local : c'està-dire, dans le cas du Cambodge, s'entasser à 25 dans une boîte de camion ouverte, pogner la pluie, puis la grippe, et à chaque bosse, se fracturer le coccyx.

« Le best, qu'elle clamait, était de voyager à vélo. »

Elle m'avait sérieusement irrité, la bornée prétentieuse, avec sa bicyclette à 2000 euros, son GPS (!) et son casque aérodynamique fluo. Mais je suis forcé d'admettre qu'elle avait un peu raison... Le vélo permet d'avoir le choix : soit de l'enfourcher et d'errer à votre guise, soit de le placer sur le toit d'un bus pour vous rendre rapidement du point A au point B. Et en prime, finies les désagréables négociations avec les chauffeurs de taxi-brousse, de tuk-tuk, de pout-pout ou de data-data !

Une liberté d'esprit et de mouvement qui vaut amplement le coût d'une bécane. En terminant, l'île de Zanzibar, qu'on m'avait déconseillée parce que « trop touristique », se révèle être un endroit fascinant et presque aussi exotique que le nom le sous-entend : j'ai visité ce matin une «cave à esclaves»... Brrrr !

Je vous en reparlerai. Tata sana.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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