
De Whitehorse à Montréal sur deux roues
Madeleine Leblanc
Du 13 juin au 28 août, Jean-Guy Nistad, 28 ans, et Nathalie Bathier, 35 ans, ont pris trois mois de congé pour sillonner le pays d'ouest en est à vélo. En 76 jours, ils ont parcouru 6560 km avec un budget quotidien de 20$ par personne, et s'en sont même tirés avec un surplus. Pas mal pour ces deux mordus de plein air qui pratiquent le cyclisme en dilettante.
Jean-Guy et Nathalie se sont d'abord rendus à leur point de départ -Whitehorse, au Yukon - en avion via Vancouver, où ils ont passé quelques jours. Leurs bécanes, bien emballées, les ont suivis sans heurt. Après des retrouvailles avec un ami qui enseigne maintenant en région éloignée, ils ont pris le départ sans autre formalité. « On était un peu nerveux », précise Nathalie. Après tout, le couple s'est lancé dans l'aventure sans préparation physique particulière ni expérience. Jean-Guy avait une fin de semaine de cyclotourisme dans le corps et Nathalie, quelques randonnées et beaucoup de camping. « On n'a pas d'histoires d'horreur à raconter », s'excusent-ils. Le beau temps était de la partie - à deux ou trois orages près -, les gens étaient coopératifs, c'était toujours facile de trouver un endroit où planter notre tente, et les pneus ont bien résisté », assurent-ils. Chacun a eu droit à une seule crevaison.
L'observation de la faune compte parmi les meilleurs moments de leur périple. Ours noirs, bisons, chevaux sauvages, chèvres de montagne et gros castors étaient au rendez-vous. « Ce qui me faisait le plus peur avant l'expédition, c'était les ours », dit Nathalie. Quatre ou cinq rencontres inopinées avec ces gros mammifères ont en effet eu lieu, mais à distance respectable. « En fait, les moustiques étaient plus féroces », explique Jean-Guy. « Pour peu que le trajet de la journée commençait par une pente ascendante, on avait du mal à les semer. Notre moustiquaire était notre meilleur ami. »
Démarrage en douce, donc, le long de l'Alaska Highway, construite durant la Deuxième Guerre mondiale. Paysages sublimes, quiétude assurée, mise en forme garantie. Durant les deux premières semaines, ils se sont contentés de franchir quelque 70 à 80 kilomètres par jour. « On dormait dans le bois et on se ravitaillait une fois par semaine, car il y a bien peu de villages au Yukon. Par contre, il y a plus de circulation qu'on ne le croit. Ensuite, notre but à atteindre était de 100 km. Des fois, on montait jusqu'à 120 km et nos journées de vélo duraient environ sept heures », raconte Nathalie qui a été émerveillée par les paysages du Manitoba et de la Saskatchewan, une province à la topographie variée. « J'ai aussi été étonnée par le nombre considérable de communautés francophones hors Québec. C'est une réalité dont j'étais peu consciente. »
Vélo-boulot-dodo
Le lever s'effectuait à 6h30 sonnantes grâce à une montre-réveil. « La préparation est longue et on aimait prendre notre temps le matin. Défaire le campement, manger, nous assurer de laisser le moins de traces possible. On enterrait l'eau de vaisselle et tout ce qu'on devait laisser derrière nous. On s'inspirait de la forme triangulaire pour nous installer. On plante la tente à un point, on cache la nourriture dans des contenants à l'épreuve des ours à un autre endroit, puis on fait la cuisine dans un troisième angle. » Des conditions et un confort rudimentaires qui les contentaient pleinement. « Pour moi, le meilleur moment de la journée était au coucher, vers 21h30. Là, je décompressais », dit Jean-Guy.
Pour ce qui est de la nourriture, ils devaient se contenter des mets les plus élémentaires, un brin répétitifs. « Notre menu était très simple : pain, Nutella et confiture le matin, sandwich le midi et pâtes le soir », précise Nathalie.
Qu'est-ce qui les a poussés à cette rencontre au bout d'eux-mêmes, où effort physique et absence de confort se conjuguent continuellement ? « Le contact humain », disent-ils en choeur.
On a fait des rencontres formidables. Par exemple, ce couple de Français qui traversent tout l'hémisphère Nord à vélo et que nous reverrons bientôt à New York, ou ces autres cyclistes qui faisaient les Amériques. Et tous ces gens qui nous ont encouragés le long du parcours. C'était vraiment extraordinaire », assurent-ils.
Petit détour côté sud
Jean-Guy et Nathalie ont bifurqué un brin du côté des États-Unis au moment de traverser l'Ontario, histoire d'assurer leur sécurité. « Dans le milieu du cyclisme, on dit qu'en Ontario les accotements ne sont pas assez larges et qu'il y a énormément de circulation », explique Nathalie. Ils ont donc roulé dans le Minnesota, le Wisconsin et le Michigan.
Le dernier mois du voyage commençait à rassembler à du travail pour Nathalie, à cause du caractère répétitif des journées. Le retour dans l'île de Montréal a été marqué par un arrêt à Beaconsfiled, où l'oncle et la tante de Jean-Guy leur réservaient un grand festin et un lit très douillet.
Et si c'était à refaire ? Ils partiraient demain matin... avec moins de vêtements et plus de chasse-moustiques.
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