Gary Longhi

Vite comme un Longhi

La vie est un grand mystère… et la mort l’est encore plus.

Cette année, la mort semble nous avoir accompagnés quotidiennement. Mais pour la première fois, cette fatalité va me toucher de près.

Mon cousin.

Quand les gens de la génération qui nous précède commencent à partir et que soi-même on avance en âge, on se pose plein de questions existentielles qui ne nous effleuraient à peu près pas durant notre vingtaine.

Se demander : « Quel legs je laisserai, à ma mort? » Recevoir de la reconnaissance, sentir qu’on a fait une différence auprès des gens, n’est-ce pas un peu une confirmation de son existence? Combien de personne sont mortes dans le plus grand des silences? Cette reconnaissance, n’est-elle pas un peu une preuve que l’on n’a pas raté sa vie? Est-ce une sorte de consolation sur les destins tragiques?

Et je pense à mon cousin.

« Ho un amico svelto proprio comè un longhi », ai-je écrit dans la chanson Ho un amico, voulant résumer par ces simples huit mots le parcours fascinant et la résilience de cet athlète trop peu connu qu’est Gary Longhi. Huit mots : c’était bien peu pour tenter de donner la pleine mesure de ses exploits.

Laissez-moi vous raconter l’histoire de Gary Longhi.

Mon cousin.

Gary est né à Montréal, le 2 juillet 1964. Ma mère Franca et sa mère Ada étaient les deux seules enfants d’une famille de neuf à être venues s’installer au Canada. Quant au père de Gary, Athos Longhi, c’était tout un personnage!

Gary est de 10 ans mon aîné. Nous avons passé notre enfance ensemble. Je passais mes étés avec lui dans leur chalet du Vermont. On faisait du motocross, du go kart, on jouait au croquet, etc. Gary était un enfant espiègle, jovial, et avec un grand sens de l’humour. Lui et son frère Dany avaient une grande fascination pour les machines à moteur. Tout ce qui avait un moteur était minutieusement démonté et précisément remonté.

Gary parle français, anglais et italien et c’est avec lui que j’ai perfectionné mon trilinguisme. Il a toujours été là pour moi, comme un grand frère. Combien de fois il m’a aidé à transporter le matériel d’Anonymus? Il était toujours le premier disponible. Il était là pour reconduire le groupe, pour transporter notre matériel, ou pour réparer mon vélo… Il était du genre à m’offrir un casque pour m’éviter de me casser la gueule!

La vie de Gary a basculé le 11 août 1983 : il a été victime d’un accident de motocyclette, il n’avait alors que 19 ans. Il a sombré dans un coma qui a duré plus de trois mois. Quand il est sorti du coma, Gary ne pouvait plus rien faire, sauf ouvrir les yeux et respirer par lui-même. Pendant sa période de récupération, sa mémoire était « nickel », disait-il, tout comme son sens de l’humour. Mais il a dû réapprendre tout le reste. Gary a subi un violent traumatisme crânien. Son intelligence était intacte, mais son corps ne répondait plus à sa volonté.

Après le long processus de réhabilitation, c'est lors d'un voyage à Cuba en 1986 que Gary a commencé à s'entraîner. Son père lui a acheté un vélo pliant pour le voyage, et un an plus tard, son amie Sylvie Sauvé l'a amené à s’intéresser au cross-training et au speed racing. C'est alors que ça a vraiment décollé. Son histoire est aussi unique que son personnage.

Le parcours paralympique de Gary témoigne à la fois de ses aptitudes et de sa ténacité, ayant participé à quatre jeux paralympiques, en commençant par Séoul en 1988, où il a occupé les 4e et 6e rangs lors de deux épreuves de course sur route. Un bon début de carrière paralympique!

En 1992, aux Jeux paralympiques de Barcelone, il a réussi une performance incroyable, en remportant la médaille d'argent dans le contre-la-montre. C'est en 1996 à Atlanta que Gary a connu ses meilleurs jeux paralympiques. Il a participé à deux épreuves de course sur route, remportant l'or dans le contre-la-montre et la médaille de bronze dans la course de catégorie ouverte de 20 km.

En regard de ses réalisations et de son attitude exceptionnelle, il a été sélectionné par le Comité paralympique canadien pour être le porte-drapeau du Canada pour les Jeux paralympiques de Sydney, Australie, en 2000.

« Il incarne l'esprit paralympique », a déclaré Louis Barbeau, chef adjoint de mission pour le Canada pour les Jeux paralympiques de Sydney en 2000, et également directeur général de la Fédération cycliste du Québec. « Vous ne l'entendrez jamais dire un mot négatif à propos de personne. »

Lors de cette quatrième participation aux Jeux paralympiques, à Sydney en 2000, il a dû se contenter d’une neuvième place en raison de problèmes respiratoires. Ces problèmes persistants l'ont contraint à prendre sa retraite à la fin de 2001.

Gary Longhi a été une figure dominante de sa catégorie (paralysie cérébrale - CP4) tout au long sa carrière, remportant de nombreux titres et médailles aux niveaux de compétition national et international.

Il a reçu le « Prix de l'esprit sportif » aux Jeux canadiens Forester de 1991 et a été intronisé au Temple de la renommée de la Fédération québécoise de sport cycliste, en 2004. Gary a dit que faire du vélo dans l'équipe canadienne lui a donné l'impression de faire partie de quelque chose, et que pour une personne dans sa situation, rien ne vaut la camaraderie. « Parfois, dans la société, je me sens comme un marginal. Mais sur le vélo, je suis normal. Rien n’y parait. Tout semble plus lisse. C'est la liberté pour moi. »

Ce qui distingue Gary des autres athlètes, olympiens ou paralympiens, c'est son sens de l'humour unique. Ajoutez à cela sa grande jovialité et sa gentillesse, et ce n'est pas surprenant que tous ceux qui le connaissent le trouvent remarquable et admirent son acharnement.

À la suite de son accident, ayant dû subir une trachéotomie pendant son coma, cela lui a malheureusement laissé des séquelles importantes. En conséquence, parler et manger en public était devenu pour Gary une source de stress et de gêne. Mais Gary avait gardé ce sens de l’humour si singulier qu’il a alors utilisé pour dédramatiser et évacuer les malaises.

Malgré son handicap, Gary a dédié une partie de sa vie à ses parents. II s’est occupé de son père jusqu’à sa mort en 2010, et est ensuite devenu l’aidant naturel de sa mère, Ada jusqu’à aujourd’hui.

Gary Longhi est maintenant un membre honoraire du Temple de la renommée du cyclisme canadien et pour moi. Il a été intronisé en 2017.

Et comme sa vie n’est pas été un long fleuve tranquille, je me suis demandé si finalement la reconnaissance annonçait-elle aussi une fin abrupte?

Le mois dernier Gary s’est fait diagnostiquer deux cancers. Un curable et l’autre non. Les médecins lui ont donné à peine deux mois à vivre.

Le 2 juillet prochain Gary aura 56 ans.

Savez-vous ce qu’il a demandé comme cadeau d’anniversaire?

L’aide médicale à mourir…
… ça m’a fait réfléchir. À la mort.

Mon cousin.

Et je me suis dit que c’était un beau cadeau. Ne mérite-t-il pas le calme?

N’est-il pas égoïste que de vouloir garder à tout prix nos proches près de nous, malgré leur souffrance?

La grande tristesse serait plutôt de ne pas l’avoir connu de son vivant, et de ne pas avoir été témoin de son parcours impressionnant.

Il fait partie de cette race d’êtres exceptionnels.
Les résilients.
Les « miraculeux ».
Les faiseurs d’impossible.
C’est pour cette raison que j’avais envie de vous partager son histoire.
L’histoire de ce héros.
Mon héros.

Avant son dernier souffle.
Gary a marqué ma vie par sa force, son courage et sa persévérance. Il est un exemple de résilience. Un grand vide se creusera, certes, au départ de ce grand héros, mon cousin. Mais je suis en paix avec son choix. Il mérite cette liberté.
Du lisse.
Du calme.
Du doux.
Et si on se donnait rendez-vous en vélo pour ses derniers moments?

Texte : Christyna Pelletier, la compagne de Marco Calliari

En tandem pour Gary Longhi, notre héros

Mardi 30 juin 2020 de 11:00 à 11:30
8100 Boulevard Pie-IX, Montréal, QC H1Z 4P1
Organisé par Productions Casa Nostra, Marco Calliari et Marco Calliari Musica

« Je lance l'invitation à vous tous, en l'honneur des derniers instants de mon cousin Gary. L'idée est de se rejoindre à vélo au Tim Horton près de chez lui pour ensuite me suivre en cortège jusqu'à devant chez lui tout en fredonnant, "Don't worry, be happy" et lui offrir ainsi une grande vague d'amour à la hauteur de son parcours exceptionnel sur terre avant son grand départ, le 2 juillet prochain.

Peu importe si vous l'avez connu ou pas, ce geste tout à fait symbolique, rempli d'amour et d'espoir, lui fera beaucoup de bien, j'en suis certain. Même s'il ne voit plus en ce moment, il nous entendra et nous sentira profondément en lui.

Le geste se veut être en vélo, mais si jamais vous passez à pieds ou en voiture, je ne vous en voudrai surtout pas. Merci infiniment de rendre les derniers jours de mon cousin des plus mémorables »
Marco Calliari


Gary Longhi, premier cycliste québécois à prendre part aux Jeux paralympiques, a été intronisé
au Temple de la renommée du cyclisme québécois le 7 novembre 2004 à titre d'athlète.
Messieurs Magella Tremblay et Pierre Blanchard ont fait la présentation.
photo : Guy Maguire


Commentaires

Magnifique texte sur un grand homme.
Merci pour tout Gary xx
Lyne Bessette

Que de beaux souvenirs en tête des moments où j’’ai côtoyé Gary lors de mon travail à la FQSC. Que du positif, de la bonté, de la générosité mais surtout, de l’humour pour permettre de détendre l’atmosphère. Un pionnier du paracyclisme québécois et canadien qui a fait de moi une plus grande personne en ayant le privilège de le côtoyer.
Merci Gary.
Sylvain Richard

Courageux, déterminé et résilient. Après son accident, Gary a inspiré toute une génération de cyclistes avec ses discours de motivation. Il a demandé l’aide médicale à mourir. Tu t’es bien battu l’ami ! On pense à toi.
Jean-François Racine



30 juin


Le firmament aura une étoile de plus ce soir! Que dis-je un nouveau soleil!
Comme je t’ai souvent dit Gary « tu illumines une pièce, les gens, la vie avec ta présence ! «
Bon dernier sprint vers la ligne d’arrivée !
Comme tu m’as dit « cette fois-ci c’est moi qui va gagner la course. » Quant à moi tu as toujours été la définition même d’un "winner"

Et comme le disait Coco Chanel : « Pour être irremplaçable, il faut être différent ! »

Bravo mon chum, pari réussi.
Garde la cadence!
Ride in Peace

Randy Ferguson, 2 juillet

Tu rendais le monde meilleur, tu m’as rendu meilleur. Ce fut un privilège et surtout beaucoup de plaisir de partager un bout de route avec toi. Reposes en paix mon ami.
Vincent Jourdain, 2 juillet


Page mise en ligne par

Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive
également susceptible de vous intéresser :

nouvelles achat & entretien rouler au Québec hors Québec sécurité course cyclos montagne industrie quoi d´autre ?

veloptimum.net

.

.

.