
Note du webmestre : Paul Garneau, entre autres père de Louis. est décédé ce 19 juin. Une de ses petites-filles lui rend hommage sur facebook
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Dors bien, Capitaine
En plus de donner son coeur à tout le monde, Paul a donné son temps. C'était un homme d'une générosité et d'une sensibilité rare. C'était aussi un enfant dans un corps d'homme. Il était habité d'une naïveté tellement touchante. Je pense que c'est ce qui touchait les gens le plus, sa naïveté. Comment a-t-il fait pour traverser la vie et garder son coeur et sa tête d'enfant. Comment a-t-il fait pour ne pas laisser les épreuves de la vie ternir ses beaux yeux perçants et alourdir ses gloussements qui sonnaient comme une mélodie aux oreilles de tous. Je pense que la clé de sa légèreté se trouvait dans la simplicité de sa personne et de la vie qu'il avait bâtie. Une vie construite avec beaucoup, beaucoup d'amour. L'amour pour sa femme, dont il aperçu le visage pour la première fois dans un journal à 21 ans, et qu'il avait décidé de contacter au travail, lui déclarant que c'était elle et personne d'autre. L'amour pour sa fille, ma maman, et son fils, Louis. L'amour pour ses six petits enfants, et ses trois arrières petits-fils. Un amour qui n'avait pas besoin de grand chose, il suffisait de regarder dans ses yeux étincelants pour y voir la profondeur de ses sentiments, ou de sentir sa petite main au haut de son dos pour le comprendre, cet amour tellement pur et cru. Sans artifice. Alors que je ferme les yeux un instant pour peindre son portrait, on dirait que je la sens sa main. Je sens ses doigts rugueux, sa paume sèche mais tellement douce à la fois, entre mes deux omoplates.
Mon grand-père aimait conduire. Il aimait les balades en voiture. Plus jeune, il venait me chercher à l'école et à mes cours de ballet et on chantait ensemble. Moi les paroles et lui la mélodie. Il n'y avait pas de meilleur sentiment que celui d'être à ses côtés, le creux du ventre bien réchauffé par ses bancs chauffants, les yeux rivés sur les étoiles dans le ciel, toute seule dans la voiture avec mon grand-papa. Il m'enseignait là, sans même le savoir, toute la richesse du bonheur dans les choses les plus anodines. J'ai eu l'immense privilège de vivre tellement de moments avec Paulo, mais celui de voir, lors des dix-huit mois que notre famille a passée à Québec, mes enfants arroser les fleurs avec lui, d'entendre la porte de ma maison s'ouvrir et sa voix me crier de l'entrée : Françoise, je suis venu pelleter ton entrée, déranges-toi pas!, de pouvoir partager ma table avec lui et mes enfants, de les voir assis, autour d'un bol de soupe, discuter de la pluie et du beau temps, j'en serai éternellement reconnaissante à la vie. Mon coeur est absolument rempli de gratitude, que mes enfants aient pu rassembler quelques souvenirs avec lui, qu'il soit pour eux plus qu'un simple visage sur un cliché. Ils ont connu sa voix, son rire, ses sifflements, ses taquineries. Et j'en ferai ma mission de cultiver ces souvenirs pour qu'ensemble nous puissions parler de lui, pour toujours. Que comme moi ils soient fiers de pouvoir dire que leur arrière grand-papa était le capitaine Garneau. Ce n'est pas rien.
La dernière fois que j'ai vu Paul en personne était à Noël. Il marchait plié en deux, il était faible. Mais malgré son état, nous avons eu droit à sa présence. Et j'ai eu sa main sur mon dos. Il est parti sans dire au revoir, il était très fatigué. Et je pense que c'est comme ça qu'il aie voulu nous quitter aussi. Sans faire de scène et sans déranger. Partir comme s'il sortait nourrir les oiseaux, ou pelleter son entrée, ou la mienne. Partir comme avec la promesse qu'il allait revenir. Qu'il s'éclipsait juste un instant.
Puis quant il fut le temps de lui dire au revoir, c'est à travers l'écran de nos téléphones, moi recroquevillée sur mon fauteuil et lui allongé dans son lit d'hôpital, le visage gris, la respiration bruyante et les yeux à peine ouverts, que je lui ai rappelé ces moments de sa vie et de la mienne qui nous ont liés, qui nous ont rendus heureux, et qui feront partie des dernières images que ma tête fera défiler quand je serai aussi entre ciel et terre. Et je l'ai vu faire un effort surhumain pour ouvrir ses beaux yeux bleus, et pour un instant, ses paupières étaient bien levées, et nos regards étaient plongés l'un dans l'autre. Un dernier regard pour se quitter, pour se dire merci, pour se parler d'amour.
Paulo moi je pense que tu es parti maintenant parce que tu savais qu'il n'y aurait aucune église assez grande dans toute la ville pour accueillir tous ceux qui aurait voulu te souhaiter bon voyage, tous ceux qui t'aimaient et qui sont tombés sous ton charme. Je ne te l'ai pas dit assez, on pense toujours qu'on aura plus de temps. Mais Paulo, je t'aime avec toutes les fibres de mon petit coeur en miettes. Je te souhaite le plus paisible des voyages, et je vais continuer de chanter avec toi dans l'auto, en regardant les étoiles par la vitre.
Ta première petite fille qui cherchera pour toujours cette belle paire de yeux bleus partout où elle ira. Gardes le siège bien chaud à côté de toi mon Paulo.
Ta Franfreluche
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Si vous avez habité à Québec au cours des dernières décennies, les chances sont fortes que vous aviez connu ou côtoyé mon grand-père. Vous l'avez peut-être croisé sur la route ou entendu siffler en marchant, les mains dans les poches, le poids de son corps se balançant d'un pied à l'autre, sa démarche bien à lui. Mon grand-père avait les yeux les plus bleus que je n'ai jamais vu. Un bleu de la même couleur que les ciels des plus belles journées d'été. Il avait de grandes oreilles qui m'ont toujours fait sourire, une petite bouche qui semblait toujours prête à laisser se tracer un sourire, un petit rictus au bord des lèvres. Le rire prenait une immense place dans sa vie. Il faisait rire tout le monde. Se souvenait de tout le monde. Prenait le temps pour tout le monde. Impossible de faire connaissance de mon grand-père et de ne pas en être marqué. En quelques phrases, quelques questions sincères qui vous faisaient sentir important et écouté, il gagnait votre coeur et vous sentiez que vous veniez de gagner un ami. Mon grand-père aimait les oiseaux, il savait imiter leur chant si bien qu'ils confondaient les oiseaux eux-même. Il avait d'ailleurs la visite d'un nombre impressionnant d'entre eux, chaque jour. Ils venaient attendre leur pain sur la toiture de son garage. Beau temps mauvais temps, Paul leur lançait la meilleure tranche et gardait la croûte pour lui.
Anne Francoise Garneau, facebook, 19 juin

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