Je rêve de plus d’indulgence envers moi-même

« «Le bonheur, c’est lorsque ce que tu penses, ce que tu dis et ce que tu fais sont en harmonie.» – Mahatma Gandhi

Récemment, j’écrivais ceci : «Finalement, mon plus gros constat est qu’il n’y aura jamais de bon moment. En fait, la première fois que j’ai traversé le Canada, ce n’était pas le bon moment de le faire. J’étais aux études, employée à temps partiel. J’avais une maison, pas beaucoup d’argent et beaucoup de responsabilités. En fait, j’en avais même trop et c’est ce qui me menait directement vers le précipice. J’ai donc décidé de changer. Cela est vrai pour toutes sortes de réalisation. Avoir des enfants, vouloir voyager, se marier, s’acheter une maison. Ce sont toutes de grandes décisions pour lesquelles le moment parfait n’arrivera sans doute jamais. Si l’objectif nous tient suffisamment à cœur, il faut s’organiser pour l’atteindre. Il ne faut surtout pas se mentir à soi-même et repousser ce qui nous motive, ce qui nous ''drive'', nos réels désirs. Finalement, ce que je retiens aussi, c’est d’être zen. Être zen devant les imprévus, devant les difficultés du quotidien. Surtout, être plus indulgent envers soi-même. Régulièrement, nous sommes nos pires ennemis pour permettre le progrès.

Le vélo est mon premier amour sportif, c’est certain qu’il fera toujours partie de ma vie. J’ai été choyée de découvrir une passion aussi forte à un âge relativement jeune. Par contre, je me surprends à aimer de plus en plus varier les entraînements. Je me sens plus équilibrée ainsi. C’est certain que le sport m’accompagnera toute ma vie et que je viserai toujours d’être en forme physiquement en plus de transmettre cette valeur aux gens qui m’entourent. J’adore mon rôle d’enseignante, j’adore mon rôle d’étudiante, mais les conjuguer avec une vie d’athlète est parfois contraignant. Je suis essoufflée, je cours après mon temps et mon énergie. J’en viens presqu’à haïr ce que je fais à l’occasion. Ne manque-t-il pas une pièce à mon casse-tête pour trouver le bonheur, pour trouver mon bonheur? Assurément. Et celle-ci, je crois que je l’obtiendrai en rétablissant l’équilibre dans ma vie. C’est peut-être l’âge qui commence à me rattraper!

Voilà le fruit de ma réflexion des derniers jours, après avoir laissé retomber la poussière, suite à mon abandon du troisième brevet que je devais réaliser.

Samedi matin dernier, 4h00 am, mon cadran sonne. Je suis à une quinzaine de minutes du point de départ de mon brevet de 400km. Je termine de préparer mon équipement lorsque je me rends compte que je suis «sur le flat». Inutile de vous le dire, j’étais stressée, mais pas un bon stress style fébrilité, plus un stress de : J’espère que ça va se régler rapidement. Pas le temps de le réparer tout de suite, Ian et moi courons littéralement vers l’auto avec le vélo et les sacs pour arriver à l’heure. Heureusement, Ian est très efficace et termine de réparer la crevaison pendant que je ramasse les papiers qui me donnent les indications pour la route qui s’en vient. Contrairement à d’habitude, je n’ai pas le temps de consulter l’itinéraire ni la liste des points de contrôle. C’est donc à l’aveuglette que je débute cette épreuve. Les premiers kilomètres se déroulent bien, je suis avec un peloton sympathique et je sens que j’ai beaucoup d’énergie. La forme revient, enfin! Après une cinquantaine de kilomètres j’ai hâte d’arriver au premier ravito, surtout pour donner des nouvelles à mon monde. Je m’informe donc et on me dit que le premier ravitaillement est autour du 100è kilomètre. Rapidement, on y arrive et je me ravitaille. Après environ 5 minutes, je suis déjà prête à repartir, contrairement à mes collègues. Je les avertis que je commencerai à rouler tout de suite et qu’on va sûrement finir par se recroiser. Erreur, nous ne nous recroiserons pas.

Le point est que pendant ce moment où, sans le savoir, j’étais complètement égarée, j’ai eu du plaisir. Beaucoup de plaisir! Je roulais et j’étais en feu. Il faisait beau, mon vélo allait bien, les kilomètres défilaient. Jusqu’au moment où mes yeux se sont rivés sur mon GPS, «Off course» que j’y ai lu. Ouch! Le stress et la panique qui m’ont envahie sont assurément disproportionnés face à l’événement en tant que tel. Mais comme c’était désagréable! Et là, ça m’a frappée, j’étais tannée de suivre un itinéraire prédéfini. Tannée de devoir franchir une distance fixe dans un délai fixe sur des routes qui ne me disaient rien. Épuisée d’être une ultracycliste. J’ai rebroussé chemin et suis revenue vers le point de contrôle, une dizaine de kilomètres plus loin. Le mystère sera toujours, est-ce que mon GPS m’avait avertie au départ du point de contrôle que je n’étais pas sur la bonne route? Je ne le saurai jamais. Reste que, à ce moment-là, lui le premier a lâché prise. Et j’ai suivi. J’ai appelé mes parents pour leur demander conseil. Ils m’ont dit ce que je savais depuis un bon moment déjà : «Jess, tu n’aimes plus ça, c’est stressant et ta tête est ailleurs. Tu n’as plus rien à prouver. Fais ce dont tu as envie.» Ce dont j’avais envie, revenir à Longueuil à vélo, ne pas avoir d’itinéraire fixe à suivre et pouvoir arrêter quand je le voudrais. Envie de profiter de la belle journée pour rouler, mais pas d’y consacrer un weekend entier. Et c’est ce que j’ai fait. Un beau 225km bien senti dans les jambes m’a comblée de bonheur samedi dernier.

L’ultracyclisme m’a permis de sortir de ma coquille, de rencontrer des gens fantastiques, de m’épanouir. Le Saint Graal de l’ultra se déroule cette année, à Paris, et c’est la seule motivation qui m’a poussée à rembarquer sur mon vélo de route pour y enfiler des centaines et des centaines de kilomètres. C’était «le bon moment». Et pourtant, peut-être y aura-t-il un autre «bon moment» dans 4 ans? Seul l’avenir me le dira. Par contre, je sais que j’ai découvert une autre passion l’an dernier. Une passion qui tourne en boucle dans ma tête, le triathlon. Cette découverte a été un gros «kick» pour moi. C’est un beau sport, complet, dont les épreuves sont longues, mais pas trop. Juste assez. Juste parfaites pour ce que je recherche.

Je rêve de plus d’indulgence envers moi-même, je rêve de moins de pression, de plus de plaisir et de légèreté. Je rêve d’aimer ce que je fais, de me retrouver, d’explorer mon nouveau gros «kick». Je rêve d’exploiter mes temps libres à fond et de ne pas culpabiliser, parce que je ne fais plus 1000km de vélo par semaine. Évoluer c’est se redéfinir, c’est savoir se réinventer. Ma décision était mûrie depuis longtemps, mais je devais me l’avouer à moi-même. J’en parlais plutôt ouvertement aux gens près de moi mais, quand j’étais seule, je me faisais encore croire que j’aimais ça. La réalité est frappante, je suis rendue ailleurs. Ce que je veux dans la vie est maintenant différent. J’ai appris à aimer forcer, mais pas sur plusieurs jours. J’ai envie de plein air, de trail, de montagnes. Et aussi, parfois, de route. Mais pour le plaisir, quand ça me tente, à l’endroit où je veux, quand il fait beau (faut croire que je suis peut-être un peu plus chochotte qu’auparavant!). C’est donc ce que je ferai cet été.

Mon prochain défi, et probablement le plus gros de tous : trouver l’équilibre. Et j’ai déjà plusieurs idées en tête pour ce faire.

Merci à vous tous pour votre support! Je vous promets un bel été revisité avec de beaux projets et beaucoup de plaisir! »

Jessica Bélisle, facebook, 29 mai 2019


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