Jacques Landry au Tour des Légendes le 19 juillet 2016
photo : Guy Maguire

J’ai quitté Cyclisme Canada avec le sentiment de pas avoir pu terminer ce que j’avais commencé

Les habitué(e)s des Vélo Nouvelles savent que Jacques Landry, bien connu des fans de courses de vélo du Québec, a été récemment nommé à la direction de la Fédération cycliste de la Nouvelle-Zélande. Il a aimablement accepté de répondre à quelques questions sur les moments forts de son long séjour à Cyclisme Canada et sur ce nouveau défi qu'il relève.

Q : De quoi êtes-vous le plus fier de ce que vous avez réalisé au cours des ans à Cyclisme Canada ?

R : Lorsque j’ai commencé dans le poste de directeur de la haute performance, on avait un budget de haute performance qui était à peu près le quart de ce que Cyclisme Canada dispose en ce moment. Le budget dont bénéficie maintenant Cyclisme Canada a permis au fil des années l’embauche d’excellents entraîneurs et personnels de soutien qui ont su enligner nos athlètes sur un parcours de réussite. Je pense qu'une de mes plus grandes qualités en tant que meneur (leader) est d’être capable de m’entourer de bonnes personnes et de prendre soin de ces personnes de qualité.

Mis à part le volet embauche de personnel, durant mon séjour à Cyclisme Canada nous avons pu construire un système solide qui a su produire des bons résultats internationaux et qui, par ce même fait, attire des athlètes de haut niveau au cyclisme tel Vincent De Haître, Georgia Simmerling, Allison Beveridge, etc.

J’ai identifié assez tôt dans ce poste qu’il nous fallait mettre l'accent sur des épreuves chronométrées, où l’on contrôle mieux la résultante; afin que nous puissions nous faire une renommée auprès des instances de financement. De ce fait, nous avons mis de l’emphase sur les épreuves sur piste pour nous faire une renommée et pour construire la confiance auprès de nos agents de financement, tels À nous le Podium et Sport Canada.

Cette emphase sur la piste n’a jamais fait l’unanimité auprès de nos membres et partenaires mais j’ai su rester fidèle à mes convictions. Ces convictions ont mené à maintes médailles sur piste, en Coupe du monde, aux Championnats du monde et aux Olympiques. Dans certains cas, ces athlètes médaillés ont su, ou sauront convertir leur carrière sur piste en carrière sur route; ce qui pour certain est l’objectif d’une carrière de cycliste.

Q : Quel est le projet vous tenant à cœur que vous n'avez pas pu réaliser comme souhaité ?

R : Bien que Cyclisme Canada connaît depuis 2017 beaucoup de mouvements de personnel et d’incertitude, j’aurais bien voulu continuer à contribuer au succès de l’organisation, sur le plan de la haute performance. J’ai quitté cette organisation avec le sentiment de pas avoir pu terminer ce que j’avais commencé.

Q : Quel a été le moment le plus difficile au cours de votre mandat ?

R : Je note deux moments difficiles durant mon mandat.

1) Le retour des Jeux de Londres en 2012.
C’est au retour des Jeux Olympiques et Paralympiques de Londres que je me suis rendu compte que j’étais en burnout. À ce moment-là je n’avais pas autant d’aide au niveau de la gestion des programmes que j’avais durant le quadriennal de Rio; j’en faisais donc beaucoup trop avant, durant et après les Jeux de Londres. C’est seulement vers décembre 2012 que je me suis rendu compte que je n’arrivais plus à travailler aussi efficacement qu’auparavant, que j’avais beaucoup de mal à me concentrer et que j’aimais moins le travail que normalement j’adorais. Heureusement, au cours du printemps de 2013, j’ai pu engager du renfort et ceci a fait une grande différence pour moi et pour le succès des programmes.

2) 2017
Au début de l’année 2017 j’ai pensé à plusieurs reprises à quitter Cyclisme Canada. Il me semblait que l’équilibre fragile qui régnait au sein de l’organisation n’y était plus. Plusieurs membres du personnel de la haute performance n'aimaient plus l’ambiance au sein de l’organisation et je me trouvais à être la voix de ces personnes auprès des dirigeants. Je me trouvais souvent entre l’arbre et l’écorce et c’était franchement vidant. Malgré les changements dans l’organisation et les philosophies de gestion qui ne semblaient plus s’aligner aussi bien avec mes convictions, j’ai quand même voulu rester fidèle à l’organisation qui, pour plus de 10 ans, est devenue une grosse partie de ma vie. Pour le bienfait des programmes et des personnes gérant ces programmes, je me suis convaincu de rester jusqu’après Tokyo. Hélas, le destin en aura voulu autrement.

Q : Quel est le plus grand défi auquel fait face présentement le cyclisme canadien ?

R : Sans vouloir trop élaborer sur cette question, je dirai seulement que l’organisation est au prise avec une crise d’identité.

Q : Qu'avez-vous fait au cours des derniers mois après votre départ de Cyclisme Canada ?

R : De juillet 2018 à novembre 2018 j’ai agis comme assistant-directeur de la haute performance pour Cycling New Zealand. Ça consistait à :
. Faire en gros ce que je faisais à Cyclisme Canada
. Gérer les programmes de la haute performance
. Superviser les fonds allant aux athlètes ciblés
. Réécrire les politiques de sélection
. Créer des programmes de haute performance 2020 – 2024 pour les programmes d’endurance piste, vitesse, vélo de montagne, BMX et route (pas de programmes en paracyclisme)
. Agir en tant que gérant de projet aux championnats du monde sur route à Innsbruck.

Depuis décembre 2018 et jusqu'à mai 2019 je suis directeur général intérimaire à Cycling New Zealand. Ça consiste à :
. Gérer les différents départements de l’organisation
. Assurer les bonnes relations entre Cycling New Zealand et ses membres, commanditaires, partenaires de la haute performance, fédération internationale et continentale, etc.
. Assurer la bonne santé financière de l’organisation
. Assurer le bien-être du personnel, les athlètes, etc.
. Assurer la liaison entre la partie opérationnelle de l’organisation et ses composantes de gouvernance (CA et son président).

Q : Qu'est-ce qui vous a décidé d’accepter la proposition de Cycling New Zealand ?

R : Pour y avoir travaillé pendant 5 ans, de 2004 à 2008, je peux dire que c’est un pays que j’adore. Les néo-zélandais sont similaires à nous au niveau mentalité; ils ne font pas trop de bruit sur l’échiquier mondial mais sont un modèle à suivre dans plusieurs domaines, comme nous au Canada.

Stratégiquement j’ai trouvé que ce poste (Directeur exécutif Intérimaire) serait un nouveau défi à relever.

Fait bizarre, lorsqu’il était question en 2016 que le directeur exécutif de Cyclisme Canada prenne sa retraite, plusieurs personnes m’ont demandé si je mettrais mon nom sur la liste des prétendants; et de façon catégorique ma réponse était toujours « non ». Quand je voyais ce que mon ancien patron, Greg Mathieu, faisait pour tenir le bateau à flot, je me voyais mal avoir son niveau d’expertise pour continuer dans ses traces. En plus, jusqu’en début 2017, j’adorais beaucoup trop ce que je faisais pour vouloir explorer l’option de direction générale.

Le poste intérimaire que j’occupe maintenant en Nouvelle-Zélande est parfait puisque je peux d’une part me rendre compte si j’aime ce rôle pour pouvoir me lancer dans la course et d’autre part voir si j’ai de vrais aptitudes pour gérer cette organisation. J’ai donc le meilleur des deux monde C’est comme essayer une voiture chez un concessionnaire; sans l’obligation d’acheter !

Tout comme à Cyclisme Canada, il y a de très bonnes personnes, ayant beaucoup de passion et d’expertise au sein de Cycling New Zealand. Depuis un certain temps, ces personnes manquaient de leadership au palier le plus haut de l’organisation. J’ai donc accepté de prêter main forte en attendant qu’un replaçant qui est à la hauteur des athlètes et du personnel œuvrant à Cycling New Zealand soit choisi. Ils méritent ce qu'il y a de mieux; puisqu’ils ont vécu beaucoup de tourmente depuis 2016.

photo : Guy Maguire, info@veloptimum.net
Serge Arsenault et Jacques Landry, Temple de la renommée du cyclisme québécois - 19 novembre 2016
photo : Guy Maguire


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