photos affichées par Jean-Michel Lachance sur son site Internet

Ma passion pour le sport est toujours aussi forte, mais…

Jean-Michel Lachance

Arrivé au Mexique, j’étais bien sur fatigué du long voyage, mais content de retrouver mes coéquipiers sous les couleurs de Quebexico. La nuit fut relativement courte puisqu’il y avait une présentation des équipes la veille ainsi que de la logistique à organiser. Quand j’ai vu les affiches promotionnelles de l’événement figurant Clément Ouimet, je me suis mi à rêver de gagner une étape en son honneur.

La première étape, longue de 172 km s’annonçait difficile. Plus de 2000m de dénivelé et des altitudes avoisinant les 2000m - 2600m. Les premiers 40km étaient plat. Après quelques tentatives d'échappées, on abordait les premières côtes au 40e km. L'ambiance brumeuse était spectaculaire. Habituellement, je met le profil de l’étape sur mon Garmin, mais comme la veille on a manqué de temps, je ne connaissais le profil que très approximativement. Quand les premières attaques sont parties, j’ai laissé filer, préférant y aller conservateur en raison de l’altitude.

Après le premier col, on voyait toujours le deuxième groupe devant. Quelques équipes assuraient la chasse. Seulement quelques kilomètres de plat et puis on remontait à nouveau. Je me sentais toujours bien et comme il y avait un groupe d’une dizaine devant, j’ai accéléré pour les rejoindre. Malgré l’altitude de 2500m, je poussais un bon rythme de 380w. Deux coureurs de team Medellin et un autre de Dym m’ont suivi et on a fait la jonction avec le groupe en peu de temps vers le km 65. Tout allait bien, par contre, au prochain et dernier long col (5km à 6%), les grimpeurs ont fait le début de l’ascension en haut de mon régime et j’ai commencé à souffler solide jusqu’à me faire décrocher à mi-col. Pas grave, j’aurai essayé. Jamais facile de performer en altitude sans acclimatation. Quelques kilomètres plus tard, un groupe d’une quinzaine de cyclistes m’a rejoint et à partir de ce moment, mon plan de match était de terminer l’étape tranquillement dans les roues et viser la prochaine étape.

Maintenant, imaginez ceci, on vient de passer les principales difficultés et on entame une longue descente vers l’arrivée. Soudainement, je vois un bidon voler en l’air très haut. On file à 70-80kmh, je suis le dernier du groupe. Aucun temps pour réagir, celui-ci vient se loger directement dans les rayons de ma roue avant. Je suis projeté violemment au sol. J’ai à peine le temps de me protéger la tête, je cogne fortement le coude, la tête, tout le devant de mon corps. Au sol, je crie de douleur, je ne suis pas capable de me déplacer. Victor et Lupe, nos "staffs" étaient juste derrière et viennent m'assister tout de suite. Je demande tout de suite l'ambulance.

20 minutes plus tard, l'ambulancier débarque avec une trousse pensant me faire des bandages. Je lui dit tout de suite en espagnol, je veux aller à l'hôpital tout de suite et des anti-douleurs. Durant le trajet, il essaie de me piquer 4 fois pour me donner un anti-douleur intraveineux, mais mon corps est froid et en état de choc. Il m'en injecte un intra-musculaire qui à mes souvenirs ne me soulage en rien. Lorsqu'il touche mon coude, je ressent la même douleur qu'en 2015 et réalise tout de suite qu'il est cassé. Je suis alors très triste et en colère. Je sais déjà tout ce qui m'attend. Dans les heures qui ont suivies, on me branche finalement sur un intraveineuse et je vois l'orthopédiste. L'opération est un succès et je me réveille peu avant le début de la nuit. On me donne un peu de morphine et le lendemain je suis libéré en fin d'après-midi et transféré en ambulance vers l'hôtel de Morelia où j'ai passé les jours suivants cloué au lit. Des journées longues et pénibles; discussion avec l'assurance, changement de pansements, etc. Des hématomes continuent d'apparaître et disons que je suis content d'avoir eu un chamois assez épais!

De retour au Québec, je me concentre maintenant sur ma guérison. Pour l'avoir déjà vécu, je sais qu'il faut m'armer de patience et que je devrai faire 8-12 mois de physio à raison de 20-30min/jour pour retrouver 90% de mon amplitude. Ça fait partie du sport, comme on dit...

Sur le coup, je m'étais dit que j'en avais définitivement assez et arrêterais la compétition, mais je vais me laisser un peu de temps avant de décider quoi que ce soit. Ma passion pour le sport est toujours aussi forte, mais je dois avouer que 3 bonnes chutes en peu de temps, ça pousse la réflexion.

Je dois remercier toutes les personnes qui m'ont aidés là-bas; Lupe, Victor, mes coéquipiers, notamment Michel Jean qui lui-même a fait une "chute de sympathie" deux jours après la mienne! Également, je me dois de souligner l'assistance reçue par l'organisation de course et le gouvernement de Michoacan. Mon assurance voulait me faire prendre l'avion dans les jours suivants l'accident pour me faire opérer au Québec. Dans ma condition, je ne vois pas comment j'aurais pu faire le trajet. Ils semblaient oublier qu'en plus de coude j'avais perdu pas mal de peau et pouvait à peine marcher pour me rendre aux toilettes et manger. Bref, une bonne partie de mes frais médicaux a été payée par l'organisation via le gouvernement de Michoacan. Muchas gracias!


Page mise en ligne par

Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

nouvelles achat & entretien rouler au Québec hors Québec sécurité course cyclos montagne industrie quoi d´autre ?

veloptimum.net