
C’est avec un goût amer dans la bouche que nous sommes revenus du Tour junior de l’Abitibi. Mais pourquoi en sommes-nous là ? Nous devrions pourtant revenir enchantés de ce Tour ! Impossible de se taire devant les événements que nous avons vécus. Nous voyons depuis les derniers jours des articles et commentaires sur les réseaux sociaux qui sont malheureusement trompeurs. De plus, plusieurs nous demandent qu’est-ce qui s’est passé ? Les intervenants et participants aux compétitions cyclistes juniors doivent savoir. Espérons que le présent article engendrera une réflexion sur la façon de faire du cyclisme de compétition au Québec.
Chronologie des événements
Par une occasion inespérée, quelques semaines avant le Tour, nous sommes mis en contact avec deux coureurs français dont l’un, Clément Bétouigt Suire, est vice-champion du monde junior sur route 2015 à sa première année
d’éligibilité. Celui-ci n’a pas été invité par l’équipe qui représente la France sur le Tour. En fait, il ne s’agit aucunement de l’équipe nationale française mais bien de l’équipe régionale du Limousin qui a décidé de ne pas inviter un des 5 coureurs permanents de l’équipe nationale française.
Après la première étape du mardi remportée par Clément, sa domination est évidente ; c’est un pur sprinteur. À la seconde étape du mercredi, à environ 7 km de l’arrivée durant le circuit routier, chute massive impliquant Clément ainsi qu’un autre de nos coureurs ; pas de blessure grave. Freins collés pour Clément qui l’empêche de jouer la gagne. Il reprend la fin de sa course pénard et accompagné de son cousin français Ludovic.
Nous sommes le jeudi, quelques minutes avant le départ du contre-la-montre de Clément et Ludovic. Les commissaires, en plein milieu de la rue, dans une rencontre improvisée, nous informent qu’après avoir crédité Clément et son cousin de temps additionnels (car ils n’auraient pas complété leurs trois tours du circuit routier de la veille), ils viennent tout juste de se raviser. Nos deux français sont disqualifiés et leur Tour est fini. Comme ça, tout bonnement. Nous sommes carrément sous le choc. Impossible ! À la vue de notre réaction, la commissaire nous informe alors qu’elle va revérifier et nous revenir… Entre-temps, nous vérifions immédiatement auprès de nos deux coureurs. Nous questionnons les autres coureurs de l’équipe ainsi qu’un des accompagnateurs de l’équipe qui attend à chaque étape nos coureurs au fil d’arrivée. Ils sont tous catégoriques. Impossible ! Tous nos coureurs sont affectés par cette nouvelle… bien entendu, plus particulièrement Clément et son cousin.
Au retour du contre-la-montre, Clément et Ludovic nous indiquent que les commissaires, de façon informelle, leur ont dit juste avant leur départ que même s’ils prenaient le départ du contre-la-montre, leur Tour serait terminé. Plus tard, nous apprendrons que Clément, dont le contre-la-montre n’est pas l'épreuve de prédilection, est hors délai de 12 secondes. Il a fait une erreur en économisant trop ses énergies pour la demi-étape de l’après-midi… mais il avoue aussi qu’il est complètement dégoûté et affecté par cette histoire des trois tours et par les commentaires de la commissaire. Jamais il n’a fait face à une telle situation… d’autant plus que personne en autorité n’est venu le questionner sur la situation de la veille.
À la cafétéria, après le contre-la-montre, la commissaire vient le voir et, devant tous, se fait un plaisir de lui annoncer avant la sortie officielle des résultats qu’il est hors délai. Son Tour est fini… pour une 2e fois.
Dans la commotion de ces événements du matin, dans l’état d’esprit de l’équipe et devant notre incompréhension totale, nous demandons une rencontre avec les commissaires. Durant cette rencontre, après une grande confusion dans les explications des commissaires, on nous informe qu’il n’a jamais été question de disqualifier les deux coureurs français après l’histoire de la chute et des trois tours !!!! ?? Nous sommes abasourdis. Nous demeurons calme bien qu’il est maintenant clair dans notre esprit que Clément n’est pas le bienvenu dans cette compétition. Le hors délai est la clé pour l’exclure. Il est évident qu’il est un coureur exceptionnel qui, par un concours de circonstances, se retrouve à courir pour une équipe régionale québécoise… Possiblement l’un des meilleurs coureurs juniors au monde actuellement. Comment penser qu’on puisse l’exclure du reste de la compétition compte tenu des événements. Fait important à noter… il y a eu plusieurs coureurs repêchés pour d’autres équipes au cours des deux premières étapes…
Environ deux heures avant la demi-étape de l’après-midi, on nous informe que Clément n’est pas repêché. Toute l’équipe est affectée par cette nouvelle. Le cousin Ludovic, le compagnon fidèle, ne s’en remet pas. Sous un déluge de pluie à la demi-étape : contact de Ludovic avec un autre coureur. Dérailleur bousillé. Ludovic abandonne.
À la signature de cette même étape, nos coureurs sont accueillis comme de vrais délinquants. À environ 15 minutes du départ, sur le ton, trop fréquent, de réprimande et d’agressivité qu’on leur reconnaît, les commissaires disent : « vous nous cherchez les André Cycle… on vous a à l’oeil ».
Vendredi, l’un de nos trois coureurs restants, reçoit une pénalité pour « voie de fait » sur un autre coureur durant l’épreuve. Notre coureur n’est jamais rencontré, sa version n’est pas sollicitée. Décision unilatérale sans même nous expliquer ou venir nous voir.
À qui profitent ces agissements et décisions ?
Durant nos discussions avec les commissaires, on nous informe que deux équipes nationales ont soulevé la polémique des trois tours. La commissaire nous donne même les noms de ces deux équipes… ce qui est interdit. Dommage que ces deux équipes n’aient pas été en mesure de se frotter à l’un des meilleurs juniors au monde… Ça aurait été une très belle préparation pour leur mondiaux 2016. La meilleur façon de s’améliorer est de courir contre meilleur que soit… Sûr qu’ils adhèrent à ce principe…
Pour les organisateurs, c’est réellement dommage. Nous les connaissons très bien et avons une excellente relation avec eux. Des gens dévoués, bénévoles et plein de bon vouloir. Une région accueillante. Le monde du cyclisme de haut niveau est petit. Comment ne pas penser que le traitement que Clément a reçu restera secret.
À un niveau plus personnel, nous avons couru le reste du Tour avec une formation réduite de 3 coureurs. Leur Tour n’a plus été pareil par la suite et c’est normal. Pour l’équipe, les contraintes et les efforts pour se présenter avec une équipe de premier plan ont été bafoués. Nous vous ferons grâce ici de toutes les heures de travail et de préparation des coureurs avant le Tour, du support financier des commanditaires, des efforts déployés pour permettre de présenter une équipe régionale de premier plan, de la fierté des coureurs de pouvoir faire une différence et de courir en équipe avec un coureur du calibre de Clément. En plus du temps investi, il y a l’argent consacré à cet événement !
C’est avec cette grande déception face à tout ce gâchis que nous souhaitons terminer avec le message suivant : Espérons que les responsables (ils se reconnaissent) auront la sagesse de réfléchir sur l’impact de leurs agissements. S’il n’y a pas de coureurs, il n’y a pas de course. Il n’y a pas non plus de Tour, ni de commissaires. Si des coureurs d’exception décident de ne plus venir, l’image du Tour recule. Si la compétition cycliste au Québec se traduit par des magouilles et des comportements dépassés alors nous courront à sa perte. Ce sont tous les jeunes que nous pénalisons et pas seulement une équipe. Et quelles valeurs et quels exemples nous transmettons à tous ces jeunes… c’est réellement gênant.
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