Dans un chat au Monde.fr, Stéphane Mandard, journaliste au Monde, livre son éclairage sur l'affaire Contador : des traces d'un produit interdit ont été retrouvées lors d'un contrôle anti-dopage auprès du vainqueur du Tour lors de la dernière édition de l'épreuve.
Serge : L'explication de contamination alimentaire avancée par Contador est-elle crédible ?
Stéphane Mandard : C'est une explication, ou plutôt une excuse, classique dans ce genre d'affaire. La plupart des athlètes qui se font contrôler positifs avec des produits pouvant être contenus dans d'autres substances invoquent souvent cette thèse de la contamination d'un complément alimentaire. Ce qu'il faut savoir, c'est que le clenbutérol qui a été retrouvé dans les prélèvements urinaires d'Alberto Contador est aussi un produit qui est utilisé par les vétérinaires pour doper les chevaux.
Bernard : Les façons de se doper ont-elles beaucoup évolué ces dernières années ?
Stéphane Mandard : On assiste à un double mouvement : d'une part, un perfectionnement des techniques de dopage sanguin, notamment par la prise d'EPO à doses filées afin de passer plus facilement à travers les mailles du filet. Le dopage par transfusion sanguine est toujours à la mode, mais on assiste aussi à un retour vers des produits plus classiques en raison des progrès de la recherche en matière de détection.
Mag : Peut-on aujourd'hui envisager pouvoir viser le classement général sur un grand tour en étant propre ?
Stéphane Mandard : Il suffit de se plonger dans les archives des classements du Tour de France depuis vingt ans pour se rendre compte du nombre de coureurs figurant aux premiers postes qui ont été contrôlés positifs, ou sont passés aux aveux.
Jean : Quelle est la forme la plus efficace de lutte contre le dopage ?
Stéphane Mandard : À mon sens, la forme la plus efficace de lutte contre le dopage reste les contrôles inopinés, c'est-à-dire ceux qui sont pratiqués non pas à l'arrivée d'une étape, mais à n'importe quel moment, de sorte que le sportif ne puisse pas s'y préparer.
René : Peut-on penser qu'Armstrong est dopé, lui aussi ?
Stéphane Mandard : Il y a d'énormes soupçons sur les performances de Lance Armstrong. Des analyses menées sur les échantillons prélevés lors de sa première victoire sur le Tour de France en 1999 ont montré la présence d'EPO et depuis, les témoignages se sont multipliés à l'encontre du coureur.
Vivien : Le contrôle positif de Mosquera, deuxième de la Vuelta, a-t-il un lien avec celui de Contador ?
Stéphane Mandard : Le lien évident, c'est que ces deux coureurs sont espagnols. Il y a un vrai problème avec le dopage en Espagne. L'opération "Puerto" en 2006 avait montré l'existence d'un réseau de dopage organisé depuis Madrid. Si l'on se réfère au nombre de coureurs espagnols contrôlés positifs depuis, c'est que le dopage continue en Espagne.
Kiko : Pourquoi les journalistes n'ont-ils pas insisté sur le caractère multi-sportif de l'affaire Puerto ? Le football est un sport bien plus médiatisé que le cyclisme. Quid de la dénonciation du dopage dans ce sport ?
Stéphane Mandard : Je suis bien placé pour en parler, puisque pour avoir enquêté sur les clients non cyclistes du docteur Fuentes, et révélé que ce médecin travaillait également avec des clubs de foot, je suis l'objet, avec le journal Le Monde, de deux poursuites judiciaires en Espagne de la part du Real Madrid et du FC Barcelone.
Lapetitereine : Pourquoi les révélations interviennent aussi longtemps après la fin du Tour ?
Stéphane Mandard : Apparemment, selon les dires de son agent, Alberto Contador avait été averti de son contrôle le 24 août. Or l'UCI (Union cycliste internationale) a attendu un mois pour communiquer les résultats de ces analyses. Mon opinion est que l'UCI, sachant que l'Agence mondiale antidopage devait remettre un rapport sur les conditions de contrôle pendant le Tour de France, a été obligée de rendre publiques ces informations.
Lance : L'Union cycliste internationale semble toujours couvrir, voire encourager, les tricheurs lorsque ceux-ci sont contrôlés positifs. Comment contourner ou faire évoluer cette institution qui a perdu toute crédibilité en matière de lutte antidopage ?
Stéphane Mandard : La seule solution est de confier les contrôles antidopage à des organismes indépendants des autorités sportives, comme l'AFLD (Agence française de lutte contre le dopage) en France. Lorsque celle-ci était seule aux commandes des contrôles sur le Tour de France, les coureurs craignaient beaucoup plus les contrôles.
Mag : Comment expliquer que des coureurs se fassent encore prendre avec des produits détectables depuis longtemps (testostérone, clenbutérol...), alors même que certaines pratiques sanguines (auto-transfusion par exemple) sont indétectables ?
Stéphane Mandard : Le protocole de dopage des sportifs de haut niveau combine plusieurs modes de dopage. Les auto-transfusions, par exemple, n'empêchent pas la prise de testostérone ou de clenbutérol.
Lapetitereine : Bon, le Tour de France propre, ce ne sera pas pour cette année, j'ai l'impression.
Stéphane Mandard : Le Tour de France propre est une illusion. Aujourd'hui comme hier, pour le gagner, il n'y a pas de secret.
Biiie : Pourquoi le dopage ne touche-t-il que le Tour de France ?
Stéphane Mandard : Le Tour de France est l'épreuve cycliste la plus médiatique, donc logiquement, lorsqu'il y a un coureur positif sur cette course, l'impact médiatique est plus important. Il y a un vrai problème culturel dans le cyclisme avec le dopage, mais cette pratique touche tous les sports professionnels, et surtout ceux où il y a beaucoup d'argent.
Chat modéré par Anthony Hernandez
page mise en ligne par SVP

vélo
ski de fond
plongeon
Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive