28 juillet 2000

Vélos, poteaux, parcos...
Deux cents nouveaux supports à bicyclette à Montréal
Marie Allard
Deux cents nouveaux supports à vélo vont bientôt pouvoir accueillir les bicyclettes à Montréal. «Nous les avons déjà achetés, confirme Robert Khane, ingénieur au Service de la circulation et du transport de la Ville. Il ne nous reste qu'à les installer.»
Ouf ! Les cyclistes qui peinent parfois à trouver un endroit où attacher leur monture peuvent souffler. La relève des parcomètres, des poteaux et des petits arbres, qui servent parfois de points d'attache impromptus pour cadenas en «U», est assurée.
Est-il vraiment si difficile de garer son «destrier» dans la ville que la revue américaine Bicycling qualifiait, en 1999, de «plus accueillante à la pratique du vélo» en Amérique du Nord ? Rue Sainte-Catherine, par un bel après-midi de semaine, le manque d'espace est flagrant. Dispersés ça et là dans la marée humaine, les rares supports à vélo débordent. Les bécanes jaunes, à klaxon ou munies de paniers fleuris se retrouvent accrochées aux poubelles, aux grillages et... aux inévitables parcomètres.
Martin Rivest, des lunettes de cycliste sur le nez, s'affaire à détacher son vélo d'un... parcomètre. «Je fais surtout du vélo entre le travail et la maison, raconte-t-il, alors c'est plutôt rare que j'aie à utiliser les parcomètres. Mais aujourd'hui, j'avais des courses à faire au centre-ville», explique-t-il, avant de s'élancer sur le trottoir bondé.
Étienne Marango, lui, travaille rue McGill College, coin Sainte-Catherine. Les terrains de stationnement de voitures étant rares et onéreux dans les environs, il s'est converti au transport santé. «Stationner mon vélo est devenu un sacré problème», constate-t-il toutefois en cadenassant sa bicyclette à une grille. Un support à vélo trône sur le trottoir devant l'immeuble où M. Marango travaille, mais il est «réservé aux coursiers».
Tous les cyclistes ne sont pas pour autant d'accord avec l'anarchie. Jean-Paul Grondin, rencontré avenue du Mont-Royal, préférerait que tous se servent des supports. «Ce n'est pas esthétique, des vélos accrochés un peu partout», indique l'homme qui roule fréquemment à vélo en compagnie de son caniche Puce, qu'il transporte dans un sac ventral.
1500 supports officiels
Selon Vélo Québec, 145 000 Montréalais font de la bicyclette leur principal moyen de transport de mai à septembre. En comptant les cyclistes occasionnels, le nombre de Montréalais sur deux roues s'élève à un million et demi ou deux millions de personnes ! Une augmentation de 300 % depuis 1979...
Le nombre de supports s'est aussi accru, mais pas au même rythme. «Nous sommes pour la vertu, indique Richard Saulnier, de Vélo Québec, mais l'offre ne répond pas à la demande.» À l'heure actuelle, les trottoirs de Montréal accueillent autour de 1300 supports. De ce nombre, 1100 appartiennent à la compagnie Pattison, qui y appose diverses publicités... quand un festival ou une fête ne l'oblige pas à rapatrier ses protégés.
C'est une grande amélioration, parce qu'il y a cinq ans, les trottoirs de Montréal n'offraient que 200 supports. Pattison a installé ses premiers 350 supports en 1997. Leur nombre a plus que triplé en trois ans.
Petit hic, toutefois. Gaétan Bibeau, directeur des opérations de Pattison, avoue que l'emplacement des supports est décidé en fonction de leur potentiel publicitaire. Pas des besoins réels des cyclistes... M. Bibeau, qui a déjà dû aller récupérer un support dans l'arrière-boutique d'un commerçant mécontent, installe ses réceptacles à vélo dans des rues plus tranquilles lorsqu'il est impossible d'occuper les endroits les plus courus, dont certains secteurs de la rue Sainte-Catherine.
De nombreux supports se retrouvent ainsi dans les rues Metcalfe et University, à quelques pas des boutiques et des restos. Ils sont cependant moins populaires que les parcomètres installés devant le centre Eaton. «Les gens ont l'habitude de s'accrocher n'importe où, constate un préposé de stationnement de Montréal. Ils ne pensent pas à aller un peu plus loin, même s'il y a un support à vélo.»
Des paresseux opportunistes, les cyclistes ? Steve Dumais, rencontré avenue du Mont-Royal, s'en défend bien. «Je n'avais pas vu qu'il y avait un support à vélo, commence-t-il par dire en détachant sa bicyclette d'un poteau situé à quelques pas d'un réceptacle plus légitime. De toute façon, poursuit-il, les racks sont mal conçus. La plupart des gens appuient leur vélo sur le côté au lieu de les utiliser de façon appropriée.»
«La mode des gros vélos de montagne n'aide pas, souligne Richard Saulnier, puisqu'ils prennent beaucoup de place.» Pierre Hamel, professeur-chercheur en services publics locaux, à l'INRS, indique qu'il faut verrouiller le cadre et les roues d'un vélo pour rebuter les voleurs. Or, les supports Pattison ne permettent pas ce genre de manoeuvre. Vélo Québec est donc inquiet puisque, selon cet organisme, l'obstacle principal à la pratique du vélo est la peur de se faire voler son engin.
La Ville de Montréal partage ces soucis. «Il faut mettre des supports sécuritaires dans les rues si on veut que la population se serve des vélos», reconnaît Robert Khant. Avec ses 200 nouveaux réceptacles à vélos, qui s'ajouteront aux 200 existants, la Ville met d'ailleurs l'épaule à la roue», selon l'ingénieur. Les modèles «diapason » - ces supports verticaux ornés de deux anses - sont moins encombrants et plus pratiques que les supports Pattison...
La carrière des supports improvisés que sont les parcomètres et les arbres n'est pas pour autant terminée. Une centaine des quelque 16 000 parcomètres ont été recouverts d'une gaine et d'un pictogramme anti-vélo, mais il reste que la vaste majorité des gobe-sous continuent à servir de refuge aux vélos. Quant aux arbres, certains sont désormais protégés d'une enveloppe en plastique qui ne repousse pas les vélos, mais empêche les bobos...
Des supports sont aussi mis à la disposition des cyclistes par les entreprises privées et les écoles. «À l'avenir, Vélo Québec va d'ailleurs tenter de sensibiliser davantage les employeurs aux besoins des cyclistes», indique Richard Saulnier.
Selon Pierre Hamel, de l'INRS, la situation présente n'est elle- même pas si mal. «Quand on se compare, on se console ! s'exclame-t-il. Nous avons vraiment les meilleures installations en Amérique du Nord.» Le nouvel édicule de la station de métro Mont-Royal offre plusieurs supports, indique par exemple M. Hamel. La compagnie Pattison, quant à elle, compte augmenter le nombre de ses supports si son entente avec la Ville est renouvelée l'an prochain. Par ailleurs, Richard Saulnier, de Vélo Québec, rappelle qu'un budget de 10 millions vient d'être accordé conjointement par Québec et Monttréal pour améliorer les voies cyclables.
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