de Neuchâtel en Suisse, le 4 mai 2000
et

Suisse, le 4 mai 2000

Le cousin du Québec

Christian Michellod

Du Bouveret
Le «super» Mario Cipollini n’a pas fait faux blond. Il avait la cote. Cipollini a gagné l’étape du Bouveret. Mais la côte, et l’animation, fut l’apanage du Canadien Perras. Un «Suisse» du Québec.

Il est venu. Il a vu. Il a vaincu. On l’attendait au coin d’un sprint. Il a répondu présent. Et gagnant. Poings levés pour la dixième fois au Tour de Romandie. Mario Cipollini, super bien sûr, avait déjà battu les huit victoires de Kubler et Koblet l’année passée. Hier, au Bouveret épargné «à la raclette» par la pluie, l’Italien a fait pédale forte pour s’imposer dans son exercice de prédilection. Comme lui seul sait le faire. Seul, ou presque. Malgré deux virages dangereux que certains ratèrent. «Eh, il faut respecter les coureurs.» Lui respecta son talent.

Sourire éclatant aux lèvres si désirées par la clientèle féminine, le sprinter de la Saeco rendit hommage à ses équipiers. «Je leur tire un sacré coup de chapeau. Ils ont dû travailler pour revenir sur Perras, et encore après pour chasser le groupe d’échappés.» Parmi ces derniers attaquants, Laurent Jalabert. Qui surprit son monde par son attitude de conquérant improvisé. «J’ai trouvé cela étrange» commenta un autre Saeco, Savoldelli, toujours maillot vert après son impressionnant prologue locarnais. «Personnellement, j’ai eu un peu mal aux jambes. Mais je ne me suis jamais senti en danger. Avec une telle étape, je ne risquais rien au classement général.» Un classement toujours visé par Laurent Dufaux, le leader de l’équipe, en idéale position d’attente. «C’est à nos adversaires d’attaquer. Evidemment que je ne vais pas concurrencer Savoldelli. Mais je ferai tout pour défendre son maillot.» Et, au passage obligé, redevenir le numéro un. Là-haut sur la montagne, peut-être... Impressionnante, cette équipe !

Le «cousin» du Québec
L’animateur du jour fut pourtant «helvétique». Avec guillemets. Canadien de Montréal pas par hasard. «J’ai commencé par jouer au hockey. Jusqu’à l’âge de quinze ans. Mais j’avais des copains qui aimait le cyclotourisme et je me faisais toujours battre. Je me suis entraîné. Et j’ai eu la piqûre du cyclisme.» Belle formule, sans sous-entendus. Néo-professionnel, Dominique Perras atterrit, en début de saison, dans l’équipe suisse Phonak. «L’année passée, la formation de Jean-Jacques Loup a participé au Tour du Transcanada. J’y ai été repéré. Un coup de fil, et me voilà en Suisse.»

Inconnu, mais désormais illustre. Après une échappée belle, hier, de 142 kilomètres. Seul contre tous. Et contre le vent dans la vallée du Rhône. «Quand j’ai eu plus de huit minutes d’avance, j’y ai cru. En fait, j’ai eu pas mal de problèmes de santé. Je sais donc que je ne peux pas lutter pour le classement général. J’ai alors décidé de tenter un coup. Lorsque j’ai vu que je creusais l’écart, je me suis dit que je devais forcer pour revêtir le maillot du meilleur grimpeur. Je l’ai.» Mais Perras n’ira pas jusqu’au bout. Jusqu’à l’Aquaparc du Bouveret. «A Sion, je me sentais encore bien. Mais la ligne droite en direction de Martigny m’a tué. J’étais complètement crevé. Les vingt-cinq derniers kilomètres, j’eus hâte de les terminer. Les plus durs de ma carrière.»

Jean-Jacques Loup, son directeur sportif, n’affichait aucun regret. «Nous avions deux objectifs. Le grand prix de la montagne et... le direct télévisé.» Réussi, le coup. Brillamment. «De toutes façons, je ne suis pas un sprinter. Plutôt un grimpeur, vu mon gabarit» enchaîne le «cousin» du Québec. «Mais je le répète. Ce vent contraire avant Martigny m’a achevé. Pourtant, je suis content. Le Tour de Romandie est une des plus importantes courses du monde et je m’y suis montré.» Comme Cipollini d’ailleurs. Mais lui, on l’attendait au coin d’un sprint ! Comme de bonne habitude.


Suisse 4 mai 2000

Perras, l'autre coureur de Vaulruz

Jerome Gachet

TOUR DE ROMANDIE
Hier, le Canadien a mené seul une folle échappée de 142 kilomètres.

Il a attaqué au pied du col du Simplon pour aller cueillir le maillot du meilleur grimpeur. Il pensait s'en tenir là. «Mais au sommet, je me suis dit que j'allais faire la descente. Ensuite, j'ai vu que j'avais le vent dans le dos...» D'un coup de pédale à l'autre, Dominique Perras a failli mener à bien sa chevauchée solitaire. Il a tenu 142 kilomètres en tête et compter jusqu'à 8'25 d'avance. Puis le vent et le peloton se sont alors ligués contre lui et Perras s'est fait avaler d'un trait. «Comme j'ai subi quelques ennuis de santé, je ne pouvais pas viser le classement général. Alors autant tenter quelque chose. Une longue échappée, c'est le meilleur moyen de montrer le maillot de l'équipe», dira-t-il, exténué, sur la ligne d'arrivée. Dès aujourd'hui à Montreux, il exhibera un autre maillot, celui de meilleur grimpeur.

APRÈS DIX ANS DE HOCKEY
À 26 ans, Dominique Perras vit sa première saison chez les pros, repéré par le duo Loup/Michaud. Depuis, il a déniché un studio à Vaulruz où il vit seul. Seul ? Presque. Pas loin de chez lui, dans le même village, il y a la laiterie de la famille Bourquenoud. Il passe boire le café et fait un brin de causette. Il peut aussi s'entraîner avec Pierre et ses deux coéquipiers fribourgeois.

Étonnant, le parcours de ce Canadien. Il a enfourché son premier vélo de compétition à l'âge de 15 ans. «Avant, j'ai fait dix ans de hockey», explique ce ressortissant de Montréal. «J'ai d'abord participé à des cyclosportives. J'ai aussi fait de la piste.» Mais c'est la montagne qu'il préfère. «C'est vrai, mais à ce niveau, je ne me considère pas comme un grimpeur. Dufaux est un grimpeur.»


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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