
Luc Germain,
entraîneur passionné
Entraîneur de ski de fond depuis dix ans, de VTT depuis trois ans, Luc Germain est très réputé au Québec. Il a été consacré quatre fois entraîneur de l'année en ski de fond. En 1990, il a obtenu le titre d'entraîneur de l'année en vélo de montagne.
Martin Roy et Michelle Hébert
Dans son équipe de VTT, il travaille aujourd'hui avec des coureurs aussi prometteurs que Bernard Vermette (meilleur canadien en 1991), Guido Visser, Benoît Létourneau (champion québécois) et Nicolas Lemyre (champion junior canadien). Il vient d'être nommé entraîneur de l'équipe nationale canadienne de vélo de montagne et il était à Lucca pour les championnats du monde.
VTT Magazine : Quel est votre bilan de la saison qui s'acchève ?
Luc Germain : Ce fut une saison excessivement belle. Trois de mes coureurs se sont qualifiés pour l'équipe nationale ; on ne peut pas vraiment se plaindre, on se retrouve aux championnats du monde.
VTT Mag : Vous oeuvrez en ski de fond depuis dix ans, qu'est-ce qui vous a mené au vélo de montagne ?
L. G. : C'est un peu parce que mes athlètes pratiquaient le vélo de montagne. Ils m'ont poussé à en faire. Mais c'est aussi parce que le VTT est très semblable au ski de fond. On fournit à peu près le même effort et souvent sur les mêmes parcours, des descentes, des montés, des plats, avec pour cadre la nature.
VTT Mag : Mais vous-même, avez-vous déjà pratiqué un sport ?
L. G. : Oui, j'ai fait de la compétition en vélo de route pendant sept ou huit ans, ainsi que du ski de fond et du hockey sur glace. En fait, j'ai pratiqué à peu près tous les sports, sans jamais atteindre le niveau élite.
VTT Mag : Ces expériences vous aident-elle à mieux comprendre vos coureurs, à mieux saisir ce qu'ils ressentent ?
L. G. : C'est certain. J'ai souffert comme eux peuvent souffrir actuellement. Ce que je n'ai pas connu cependant, c'est le succès qu'ils ont en ce moment. Mais au fond, pour bien les comprendre, il faut surtout être à l'écoute pour pouvoir bien analyser et intervenir ensuite avec justesse.
VTT Mag : En ce qui concerne leur programme d'entraînement, le suivent-ils à la lettre ou le modifient-ils un peu ?
L. G. : Ils suivent passablement leur programme. Il faut cependant tenir compte des ajustements réguliers qui doivent être faits. Chacun a son programme spécifique mais, bien sûr, cela se ressemble un peu. Certains de mes coureurs, participant à la même course, auront le même programme. C'est surtout vers la fin, quand on veut atteindre le sommet de la forme, qu'il devient plus adapté, car chacun réagit différemment.
VTT Mag : Quelles sont vos relations avec les coureurs ?
L. G. : Parfois je suis davantage un ami qu'un entraîneur. Pour moi, le métier d'entraîneur ce n'est pas une façon d'avoir du pouvoir sur l'athlète. L'important c'est d'avoir un bon lien avec eux, d'avoir du plaisir à travailler ensemble. Je suis un ami, je sors avec eux. Je crois que c'est pour ça que cela marche bien avec mon groupe. Quand vient le temps de l'entraînement, c'est l'entraîneur qui parle. Évidemment, je ne suis pas Dieu le Père, je fais mon possible mais je peux me tromper.
VTT Mag : Quel effet cela fait-il à un ancien athlète de voir ses coureurs atteindre le niveau international ?
L. G. : Ces résultats sont un peu ma victoire, ce que j'aurais aimé réussir en tant qu'athlète, c'est certain. Je pense qu'il en est de même pour tous les entraîneurs. Je suis fier et j'aimerais avoir un champion du monde un jour... Certains de mes coureurs ont des chances d'y parvenir, je pense particulièrement à Benoît Létourneau qui n'a que 23 ans et qui connaît déjà des résultats impressionnants.
VTT Mag : Avec vos dix années de ski de fond, a-t-il fallu, en arrivant, que vous vous ajustiez au VTT ?
L. G. : Certainement, puisque je connais peu les techniques de vélo de montagne. Actuellement j'en apprends à tous jes jours avec les coureurs, pour le côté technique. J'apprends parce que je veux tout savoir. Ma force c'est plutôt l'entraînement physique et la confiance psychologique. C'est surtout à ce niveau que se situe mon travail en ce moment. Mon rôle consiste aussi à reconnaître les parcours des courses pour pouvoir conseiller les coureurs de façon précise sur les sections propices aux périodes de récupération. C'est la même méthode qu'en ski. Mais, dans les passages difficiles, ils gèrent eux-mêmes la course.
VTT Mag : Lors des compétititons, à quoi pensez-vous ?
L. G. : On ne sait jamais comment cela va se passer parce qu'en VTT il y a des aspects qu'on ne contrôle pas, comme les crevaisons, les bris mécaniques. Les paramètres sont nombreux et la crainte est toujours présente. C'est ce qui rend peut-être un peu plus nerveux. Cela dépend aussi de ce que les coureurs viennent de vivre, s'ils ont eu de mauvaises performances les jours précédents, ils en seront plus anxieux, plus inquiets. Évidemment, je ne suis jamais assuré du résultat mais je suis toujours très positif. Par exemple, au niveau provincial, à chaque course je suis presque certain qu'un gars de mon équipe va gagner. C'est intéressant aussi de voir comment les membres de mon groupe peuvent s'entraider lors d'une course et comment, lors du dernier tour de cette même course, ils peuvent se battre les uns contre les autres pour obtenir la première place.
VTT Mag : Comment réagissent vos athlètes face au dopage ?
L. G. : Cela fait partie du décor, ils en parlent. C'est un sujet bien difficile, parce qu'il n'y a pas encore de test anti-dopage en VTT, sauf aux championnats du monde. On a tendance à soupçonner plusieurs coureurs, ceux dont les performances sont très irrégulières. En ce qui me concenre, c'est un non très catégorique.
VTT Mag : Pour conclure, qu'est-ce que le sport pour vous ?
L. G. : L'entraînement, la compétition, c'est un cadre de vie. C'est ma vie, ma passion avant tout...
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