15 décembre 2009

La piste du père

Avec un champion de ski derrière lui et une carrière de juriste devant, Alex Harvey, a tout ce qu'il faut pour aller loin. En faisant un petit arrêt sur le podium.

Pierre Cayouette

En Norvège, où la popularité du ski de fond se compare à celle du hockey au Canada, Alex Harvey a déjà atteint le statut de star. On le reconnaît dans la rue. On l'arrête même parfois pour le féliciter. Et pour cause ! En mars, à la Coupe du monde de Trondheim, le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges a terminé troisième à l'épreuve du 50 kilomètres. Pour un skieur de 20 ans, c'est un exploit extraordinaire, comparable à une coupe Stanley pour un hockeyeur.

« Le 50 kilomètres, c'est l'épreuve fétiche du ski de fond. Personne ne s'atten­dait à ce que je fasse aussi bien dès ma première année chez les seniors. En ski de fond, on réalise généralement son plein potentiel vers l'âge de 26 ou 27 ans », raconte Alex Harvey. De retour d'une séance d'entraînement en cet après-midi de septembre, il s'apprêtait à se plonger dans une brique sur le droit constitutionnel, lui qui fait des études de droit à l'Université Laval parallèlement à sa carrière d'athlète. « Je suis deux cours par trimestre. L'université se montre extrêmement compréhensive et me facilite la tâche. »

Chez les Harvey, la passion du ski s'est transmise de père en fils. Le père d'Alex, Pierre Harvey, a été le premier athlète canadien à participer la même année aux Jeux olympiques d'hiver (ski de fond) et d'été (vélo), à Sarajevo et à Los Angeles, en 1984. Pour des milliers de sportifs, dont Pierre Foglia, « Pierre Harvey est l'ultime référence athlétique », le plus grand athlète qu'ait connu le Québec.

Depuis ses débuts, Alex Harvey doit composer avec le fait d'être « le fils de ». Il a fini par s'y faire et s'en accommode très bien. « À ma première participation aux Jeux du Québec, à 12 ans, je commençais à peine la compétition. Je terminais sixième ou septième et c'est sur moi que se précipitaient les journalistes. Il faut dire que nous étions à Rimouski, où sont nés mes parents. Ça me mettait mal à l'aise. Je me demandais pourquoi les journalistes n'allaient pas plutôt interviewer les premiers ! C'est sûr que les attentes sont plus grandes en raison de mon nom de famille », avoue-t-il.

Ses parents ne l'ont jamais obligé à faire du ski et n'ont mis aucune pression sur lui, insiste-t-il. Mais ils lui ont drôlement facilité la vie quand il a choisi de faire de la compétition en ski de fond, ne serait-ce qu'en s'installant à Saint-Ferréol-les-Neiges, à deux pas des superbes sentiers du mont Sainte-Anne. Alex n'a qu'à sortir de la maison et à faire quelques pas avant de chausser ses skis et partir en randonnée sur des pistes qui figurent parmi les plus belles du monde.

Tout autant qu'à son père, il doit beaucoup à sa mère, Mireille Belzile, médecin et ex-sportive de haut niveau en natation et en ski de fond. « C'est un privilège d'avoir une spécialiste de la médecine sportive à la maison. Lorsque je reviens d'un entraînement, elle peut déceler des microblessures ou m'en éviter de nouvelles. Elle me donne de bons conseils sur le plan de la nutrition et m'encourage aussi dans mes études. » Amie de la famille, l'ex-championne olympique Sylvie Bernier estime qu'« Alex a grandi dans un milieu idéal et a eu tout le soutien voulu de ses parents ».

C'est d'ailleurs Mireille Belzile qui a opéré son fils Alex, en mars 2008. Aux prises avec des douleurs récurrentes à la jambe gauche, le jeune fondeur souffrait d'une mauvaise circulation dans l'artère iliaque, ce qui l'a empêché de terminer sa carrière junior comme il l'aurait souhaité. « Je suis parfaitement rétabli, assure-t-il, et je ne ressens presque plus de douleur, sauf quand je fais de la course à pied. »

Pierre Harvey le dit sans ambages : son fils a « 10 ans d'avance » sur lui et tout ce qu'il faut pour accomplir de grands exploits. Le père a en effet gagné sa première médaille en Coupe du monde à 30 ans, tandis que le fils en a fait autant à 20 ans. Il faut préciser qu'Alex a chaussé des skis de fond dès l'âge de trois ans. « À vrai dire, je suis presque né sur les pistes ! Quand j'avais à peine quelques mois, mes parents m'emmenaient en randonnée dans un Baby Glider, sorte de traîneau conçu par mon père. » Pierre Harvey, lui, avait 19 ans quand il a commencé à faire du ski de fond.

« Il a une confiance en lui qui m'impres­sionne, dit le père. Je n'étais pas confiant à ce point, moi. Il est têtu ! On a eu des discussions épiques, lui et moi, sur divers sujets. Aujourd'hui, je constate que sa "tête de cochon" le sert bien, surtout dans des compétitions avec les meil­leurs skieurs du monde. » Puis, il renchérit : « Je suis fier de lui. Il reste humble et ne s'enfle pas la tête malgré tous ses succès. »

À la fois humble et calme, Alex Harvey envisage les Jeux de Vancouver avec optimisme, sans s'imposer trop de pression. « Je pense beaucoup aux Jeux de 2014 et de 2018. Je devrais normalement être à mon apogée à ce moment-là », dit-il, conscient que ses succès en Coupe du monde et ses débuts fracassants chez les seniors lui permettent tous les espoirs de monter sur le podium. Chose certaine, assure-t-il, il règne une ambiance « extraordinaire » dans l'équipe canadienne de ski de fond.

Alex Harvey s'attend à participer à cinq des six épreuves aux Jeux de Vancouver, soit le 15 kilomètres « patin » (style libre), la poursuite 30 kilomètres, le sprint par équipe, le relais et le 50 kilomètres style classique. Il garde toutefois les skis sur terre. « Personne n'est assuré d'un départ aux Jeux. C'est la veille de la course que les entraîneurs décident. Théoriquement, un athlète peut être sélectionné dans l'équipe olympique, être présent tout au long des deux semaines, sans toutefois jamais prendre le départ d'une seule épreuve ! » rappelle-t-il.

La controverse dont il fut l'objet il y a quelques mois est oubliée depuis longtemps. Ski de fond Canada menaçait de lui retirer son statut au sein de l'équipe de la Coupe du monde et son soutien financier s'il ne s'engageait pas à participer à tous les entraînements de l'équipe nationale. Alex Harvey a accepté d'être présent à trois des quatre entraînements de l'équipe du Canada. Fin septembre, il s'est toutefois rendu sur le glacier de Dachstein, en Autriche, avec d'autres fondeurs du Centre national d'entraînement Pierre-Harvey, tandis que l'équipe nationale s'entraînait en Californie. « C'est ce que j'ai toujours fait à cette période de l'année et ça me réussit plutôt bien », explique-t-il.

Dans le milieu du ski de fond, on raconte souvent que son père, Pierre Harvey, qui finissait premier en Coupe du monde, aurait été champion olympique s'il s'était dopé comme les autres. Qu'en pense le fils ? Sera-t-il à son tour victime d'adversaires tricheurs ? « L'hiver dernier, les résultats des tests de contrôle de l'EPO de trois skieurs russes, dont les champions olympiques de 2006 Julia Chepalova et Yevgeny Dementiev, ont été positifs. Les athlètes ont été exclus pour deux ans. Ça veut dire qu'ils seront de retour à temps pour les Jeux de 2014... »

Ski de fond
Épreuve individuelle
Les skieurs s'élancent sur un parcours de 10 kilomètres (femmes) ou de 15 kilomètres (hommes) à intervalles de 30 secondes (les meilleurs en dernier).

Départ groupé
Les athlètes se placent en formation de flèche (les meilleurs à la pointe) pour amorcer leur course en même temps sur un parcours de 30 kilomètres (femmes) ou de 50 kilomètres (hommes).

Poursuite
Le départ de la course s'effectue en formation de flèche. À mi-parcours, les skieurs changent d'équipement et passent du style classique (skis glissant parallèlement) au style libre (skis poussés vers l'extérieur).

Sprint individuel
Les skieurs s'élancent dans la course à intervalles de 15 secondes pour parcourir une distance de 1,2 kilomètre (femmes) ou de 1,4 kilomètre (hommes).

Sprint par équipe
Les deux skieurs d'une même équipe effectuent le parcours à tour de rôle trois fois chacun.

Relais
Des équipes de quatre skieurs parcourent les deux premières étapes de la course de relais en style classique et les deux dernières en style libre.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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