2 décembre 2009

Les dés étaient pipés

Josée Pilotte

La douceur de novembre me réjouit. Encore ce dimanche, on a roulé sur nos vélos à en perdre le Nord. Du jamais vu. Nous étions comme des enfants sentant la tempête de neige arriver. Surexcités, inépuisables, prêts à tout pour ne rien louper du beau temps qui s’offre si gentiment à nous.

On s’en réjouit allègrement, avouons-le, même si l’économie régionale, elle, pourrait à la longue moins sourire des soubresauts de Dame Nature. Car le principal fonds de commerce dans les Laurentides c’est ce tapis blanc qui couvre notre région quelques mois par année et qui alimente un tourbillon d’activités, entraînant dans son vent affluence, emplois, prospérité. C’est ce qui définit en grande partie nos Laurentides… « Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver… »

Or depuis le temps qu’on entend parler du réchauffement de la planète ! Si c’était notre hémisphère nord qui se mettait à se refroidir de… mettons dix degrés par saison, alors peut-être réagirions-nous plus fortement, mais c’est bien connu la chaleur endort !

Je fais humblement mon mea culpa : j’avoue trouver ça sympa de faire trois heures de vélo de montagne un 29 novembre, mais ce serait aussi mauditement dommage d’être obligé de faire pousser des montagnes russes un peu partout dans notre région pour pouvoir prospérer, faute d’hivers dignes de Vigneault.

Déjà que les changements climatiques menacent notre économie, est-il nécessaire d’en rajouter ? Des décisions qui mettent en péril notre identité me donnent franchement mal à la tête ces jours-ci. C’est le cas des traverses de rue sur le Parc linéaire, qui tuent peu à peu sa fréquentation par les skieurs, comme la neige qui tarde à venir et les changements climatiques.

À quoi joue-t-on ? Tous les «experts» dans le dossier des traverses semblent devenus soudainement «experts» au ping-pong. Moi j’avoue que ce sport m’exaspère un tantinet. Or ce n’est pas faute d’avoir essayé de comprendre et ce n’est pas faute non plus d’avoir questionné tous les intervenants dans le dossier, mais pour l’instant ils n’ont guère trouvé mieux que de se renvoyer la balle entre eux, un jeu du chat et de la souris indigne des vrais décideurs de ce monde.

Ce qui me fascine dans ce cas précis, c’est qu’il semble plus facile de prendre une décision de FAIRE quelque chose (en l’occurrence autoriser une traverse qui confirme l’inconscience de certains quant à la fragilité de notre patrimoine) que d’arrêter la décision de NE RIEN FAIRE. Pourquoi ?

Bien, il est tout là le mystère de la vie… Pourquoi diable ils ne foutent rien. Pourquoi ?

Pendant ce temps, je vous annonce officiellement qu’on s’est fait baiser puisqu’il la traverse du km 28,5 malgré tout ce qu’on nous a dit, n’a jamais été remise en question.

C’est cette traverse, à Sainte-Adèle, qui a mis le feu aux poudres, avivant une pétition de presque un millier de citoyens s’y opposant. On ne veut pas revivre au nord le désastre de la multiplication des traverses de rue au sud, qui a tué l’enthousiasme des skieurs. Et puis cette traverse créera un dangereux précédent…

Pourtant la MRC, elle, a donné sa permission, et l’ancienne administration adéloise, elle, a fait de même. Réagissant à cela la Corporation du Parc linéaire dépose une demande de moratoire sur les traverses de rue au Ministère des transports du Québec. Le MTQ nous dit qu’il n’est pas certain qu’une telle demande relève de sa compétence et que de toute façon il ne s’opposera pas à la volonté du milieu. Notez à ce sujet que «le milieu» est représenté dans ce cas-ci par la MRC et la Ville de Sainte-Adèle; non par la Corporation et les milliers d’utilisateurs des pistes de ski !

Donc retour à la case départ : la MRC confirme son accord, en précisant qu’elle prévoit mettre sur pied un «comité» chargé par la suite (pas pour le kilomètre 28,5) d’analyser plus profondément les impacts des traverses et bla-bla-bla; la MRC nous reconfirme donc son accord et nous renvoie à la décision de l’administration adéloise sur qui, vous l’aurez compris, tout reposait.

Le maire Réjean Charbonneau vient de nous confirmer qu’il entérinera la décision prise verbalement par l’ancienne administration. Aurait-il pu faire autrement ? Peut-être… D’autant que le maire se dit en faveur, pour l’avenir, d’un moratoire sur les traverses de rue.

Ne me dites pas qu’ils ont d’autres choses à faire que de s’occuper d’une p’tite traverse de rue car je pense sincèrement que c’est à coup de p’tites décisions comme celle-là, qui autorisent la traverse au km 28,5, à coup de p’tites décisions difficiles à comprendre par moments, que l’on finit par accepter la mort du ski sur le P’tit train du Nord… À moins que vous ne soyez des centaines à vous y opposer au prochain Conseil de ville de Sainte-Adèle.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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