16 novembre 2009

Alex Harvey aime souffrir sur les pistes

Martin Ouellet

Jeune prodige du ski de fond canadien, Alex Harvey sait fort bien que son sport ne sied pas à tous. La raison est simple : le fondeur doit aimer souffrir, selon l'athlète de 21 ans.

"La douleur fait partie intégrale du sport. Tu pousses à la limite, c'est souffrant, les muscles brûlent, les poumons aussi. Cela ne s'apprend pas, c'est inné de maintenir l'effort", explique le jeune homme, dans une récente entrevue accordée à La Presse Canadienne.

Le fondeur est certainement avantagé par son bagage génétique puisqu'il est le fils du skieur et cycliste olympique, Pierre Harvey, une légende du sport au Canada.

L'an dernier, Alex Harvey a fait écarquiller bien des yeux dans la communauté internationale du ski de fond en remportant deux médailles de bronze à sa première saison dans le circuit de la Coupe du monde. Il est monté sur la troisième marche du podium en Norvège, et à Whistler, en Colombie-Britannique.

Dans un sport où les athlètes atteignent le sommet de leur forme vers l'âge de 25 ou 26 ans, les performances précoces du petit gars de Saint-Férréol-les-Neiges, près de Québec, ont fait de lui une vedette instantanée.

Dire qu'il est difficile de se classer parmi les meilleurs de cette discipline dominée par les Européens est un euphémisme.

Il n'y a pas de recette magique pour briller en ski de fond, convient l'étudiant en droit dont les traits rappellent ceux de son père.

Il faut être capable de supporter la douleur intense pendant des kilomètres et des kilomètres à l'entraînement comme en compétition.

"Tu punis ton corps mais après tu es vraiment satisfait quand le résultat est là. Il faut être capable de tolérer la douleur et croire en ses moyens. Il faut tenir le coup pendant deux heures en poussant à fond. Ce n'est pas tout le monde qui veut souffrir", analyse l'athlète.

Pour un jeune homme de 21 ans, Alex Harvey a des opinions bien arrêtées et n'est manifestement pas porté sur les compromis. Déjà, à 16 ans, il tournait le dos à l'équipe canadienne junior qui lui demandait de déménager ses pénates à Canmore, en Alberta.

Privé du soutien financier de l'équipe nationale, Harvey est néanmoins devenu le meilleur skieur junior au Canada, dès l'année suivante.

En 2009, nouvelle controverse. Ski de fond Canada menace de le recaler à l'équipe B parce qu'il refuse d'aller s'entraîner à l'automne avec la formation nationale A en Californie.

Inébranlable, Harvey désire à tout prix participer à un camp d'entraînement en Autriche en compagnie de skieurs de diverses nations.

Après un psychodrame hautement médiatisé et des pourparlers avec les bonzes du sport amateur canadien, le fondeur québécois obtient satisfaction. Il n'a pas plié l'échine et a fait le voyage en Europe.

"Mon but, c'est d'arriver en février pour les Jeux olympiques de Vancouver avec la meilleure forme possible et je sais ce qu'il faut faire pour y parvenir. Je savais que ce camp d'entraînement (en Autriche) était meilleur que l'autre", déclare-t-il sur un ton sans réplique.

La pression ? Le jeune homme à la bouille d'adolescent ne connaît pas.

"À cause de mon père, je suis habitué à avoir une certaine pression depuis que je suis tout jeune. Ça fait longtemps que ça ne me dérange plus, j'ai l'habitude et j'ai appris à utiliser la pression à mon avantage. J'utilise le stress pour le mettre de mon côté", confie-t-il.

Aîné d'une famille de trois enfants, Alex Harvey a chaussé sa première paire de skis vers l'âge tendre de deux ans. Chez les Harvey, pas question de passer l'hiver dans le confort de la maison. C'était tout le monde dehors.

"Mes parents n'ont jamais acheté de jeux vidéos. Ils voulaient que l'on joue dehors", souligne l'espoir olympique.

"C'est un cas de DPJ!", réplique à la blague sa mère, Mireille Belzile, qui écoute discrètement l'entretien du salon du domicile familial.

Mais Alex Harvey n'a visiblement pas souffert de l'absence des plaisirs cathodiques.

"Je traverse la rue, je mets mes skis et je peux passer trois heures à ne jamais passer au même endroit. Je m'évade et je ne pense à rien, je ne fais que skier", relève le Québécois dont les épreuves de prédilection sont les 30 et 50 kilomètres.

À Vancouver, une trentaine de skieurs pourront espérer monter sur le podium dans l'une ou l'autre des épreuves, croit Harvey, qui n'exclut pas pour autant la possibilité de remporter une médaille.

Toutefois, à 21 ans, il a encore beaucoup de temps devant lui et ses meilleures années sont à venir. L'apothéose pourrait survenir, selon lui, aux jeux de 2014 ou même à ceux de 2018.

Il aura alors 30 ans.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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