7 octobre 2009
L’euphorie déclenchée par l’attribution à Rio de Janeiro des Jeux olympiques d’été 2016 n’a pas encore gagné Jaqueline Mourao. La violence omniprésente au Brésil laisse la petite fille du pays sceptique depuis cette annonce.

À l’entendre, on conclut que le plus grand défi des sept prochaines années ne se trouve pas dans les échéanciers de construction à respecter ou dans les mouvements environnementalistes à satisfaire. Le seul véritable pari du comité organisateur, voire du Comité international olympique, se situe dans la rue.
« Honnêtement, je n’aurais jamais cru que Rio puisse gagner. On se dit toujours que d’accueillir les Jeux olympiques est bon pour un pays, que ça vend son image et que ça profite à l’industrie touristique. Dans ce cas-ci, je crois plutôt que ça va faire découvrir Rio sans son Carnaval », illustre Jaqueline.
Une culture répandue
Cette verrue dans le visage du Brésil, Jaqueline l’a vue pousser depuis son jeune âge dans sa propre ville de Belo Horizontale, qui compte quelque cinq millions d’habitants à 400 kilomètres de Rio. Cette culture de la violence n’est pas différente des autres villes, où elle germe dans les favelas, ces sombres bidonvilles où règne la terreur, se déployant ensuite jusqu’où le moindre butin est bon à arracher. Les quelque 968 favelas répertoriées autour de Rio en 2008, aussi dangereuses peuvent-elles être, ne sont pas différentes de celles de la capitale, Brasilia, ou de la ville de Jaqueline.
« Il n’est pas rare de voir un tunnel soudainement fermé à chaque extrémité. Des hommes volent tout ce qu’il y a dans les automobiles et quand la police arrive, il est déjà trop tard. Les voleurs ont déjà déguerpi dans leurs favelas et il n’y a pas moyen de les rattraper. De toute façon, bien souvent, la police ne s’y aventure même pas », raconte-t-elle.
Victime elle aussi
À Belo Horizontale, où vivent toujours les parents de Jaqueline, des quartiers entiers sont ceinturés de hauts murs en béton coiffés de barbelés. Même dans les immenses quadrilatères où s’établit la classe, disons, plus que moyenne. Très tôt, Jaqueline a été initiée malgré elle à cette industrie de la peur.
« Un matin, je suis montée dans l’autobus pour aller à l’école. J’avais oublié que la manche de mon chandail allait découvrir mon poignet en agrippant le poteau pour me tenir debout. Ça a dégagé ma montre à la vue de tout le monde. Un homme m’a sauté dessus et m’a égratigné le bras jusqu’au sang avant de se sauver », se souvient-elle parfaitement.
Elle avait 12 ans.
Cette suspicion profonde la suit encore. Durant ses années de compétition en vélo de montagne, sa popularité l’obligeait à se faire accompagner d’un homme armé durant ses entraînements. Durant ses sorties en ski avec son mari, des pensées lui traversent l’esprit avant d’entrer dans un boisé. « À ce moment, je sais ce qu’elle pense », témoigne son fidèle partenaire d’entraînement, Guido Visser.
Une trêve ?
En 2007, 1260 personnes ont été abattues par la police de Rio, soit 18,5 pour cent de plus que l’année précédente. Or, durant le processus de candidature de Rio, le chiffre de quelque 14 milliards a été avancé comme investissements, d’ici à 2016, afin d’améliorer la qualité de vie dans la ville hôtesse. En sept ans, comment arriver à enrayer cette violence qui augmente ? La réponse de Jaqueline donne froid dans le dos.
« Il va y avoir des accords signés entre le gouvernement et les trafiquants pour une trêve de violence durant les Jeux. Et il y aura ensuite une entente entre les deux trafiquants concurrents d’une même favela », croit la femme.
De la sagesse de la part de la communauté internationale sera aussi nécessaire, prétend à son tour Guido Visser, qui valide le portrait du pays dressé par son épouse.
« Il sera important de bien informer les athlètes sur la situation de la violence. Si je prends l’exemple de l’Autriche, je suis convaincu qu’il n’y a pas un coin dans le pays où on peut se sentir en danger. Mais c’est l’inverse au Brésil, et encore pire à Rio. C’est pour ça que des consignes strictes de sécurité devront être fournies aux athlètes. Et elles devront être suivies ! »
7 octobre 2009
Polyglotte et rompue au système sportif brésilien, Jaqueline Mourao devrait être toute désignée pour travailler au comité organisateur des Jeux olympiques de 2016. « Je ne vivrais pas à Rio », sert à la fois de réponse et d’indication sur son intérêt.

En fait, c’est plutôt à Québec qu’elle semble vouloir s’établir avec son Guido quand sa carrière olympique se terminera. Un doctorat à l’Université Laval l’intéresse, la qualité de vie aussi, qui contraste avec celle de son Brésil natal. « Je trouve ça beau chez vous, juste le fait de voir les enfants partir pour l’école en autobus. Il n’y a rien de ça chez moi, sauf pour les enfants inscrits à l’école privée, comme ce fut mon cas. »
Détentrice d’une maîtrise en physiologie de l’exercice physique, Jaqueline maîtrise parfaitement le portugais, l’espagnol, l’anglais et le français. Elle et son époux vivent à 30 kilomètres de sa ville natale, où Guido met à contribution sa maîtrise en génie mécanique pour faire de la traduction de textes pour des constructeurs d’automobile. Il se peut que le manuel d’instructions dans le coffre à gants de votre voiture se lise en anglais et en français grâce à cet homme qui vient d’obtenir sa citoyenneté brésilienne.
« Pour être reçu citoyen, il m’a fallu écrire un texte d’une page en portugais », dit-il.
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