La décision finale n'est toujours pas officiellement tombée, mais Alex Harvey, un grand espoir de médaille en ski de fond pour les prochains Jeux olympiques, pourrait perdre le financement dédié à certains camps d'entraînement.
Christine Roger
L'annonce avait été faite plus tôt en journée, mais il semblerait que les négociations soient toujours en cours entre Ski de fond Canada et le clan d'Alex Harvey. L'athlète refuserait de suivre certaines directives émises par Ski de fond Canada et cela pourrait avoir certaines conséquences négatives. Sa participation à la Coupe du monde ne serait cependant pas compromise.
« Cela ne change rien parce qu'il fait partie du groupe qu'on appelle le groupe "rouge". Faisant partie de ce groupe d'élite, c'est la fédération internationale qui paie ses frais », a expliqué l'animateur à CKAC, Jean Chartrand.
D'autre part, Alex Harvey pourrait perdre le financement alloué pour les camps d'entraînement dirigés par Ski de fond Canada. Tous les athlètes membres de l'équipe canadienne sont dans l'obligation de se présenter à ces camps.
« Il y a un de ces camps où Alex et son entourage refusent de se rendre parce que ça se passe en Californie au mois d'octobre et parce que c'est un camp de course à pied. Au même moment, Ski de fond Canada avait déjà prévu un stage en Autriche où les athlètes pourraient tester des skis en prévision des prochains Jeux olympiques », a mentionné Jean Chartrand.
Thomas Holland, directeur de la haute performance pour Ski de fond Canada, a fait connaître sa réponse par écrit.
« Si on fait des exceptions pour tout le monde, le concept d'équipe disparaît. Les membres de l'équipe nationale doivent demeurer à Canmore, AB. Nous avons déjà fait une exception pour Alex à ce sujet, mais il doit participer aux camps d'entraînement. »
Pierre Harvey, ancien fondeur pour l'équipe canadienne, croit que la situation est complètement ridicule.
« À l'automne, ce n'est pas le temps d'aller faire de la course à pied. Au mois de septembre, les athlètes des autres pays qui seront aux olympiques s'entraînent dans les montagnes en Autriche. C'est certain que notre programme, au Québec, c'est le meilleur. La preuve est que l'année dernière, nous avons eu quatre athlètes du Centre national de l'est du Canada qui étaient dans les dix meilleurs au monde chez les juniors », souligne-t-il.
« Depuis plusieurs années, l'équipe canadienne s'entraîne en Autriche chaque automne. Ça a toujours fonctionné. On ne change pas ça six mois avant les olympiques, il me semble que c'est logique », ajoute le père de l'athlète.
Une situation qui se répète
Il y a impression de déjà vu. En effet, ce n'est pas la première fois qu'Alex Harvey se retrouve devant un tel dilemme. On a déjà reproché à l'athlète de faire de la compétition en vélo de montagne en plus d'en faire en ski de fond. Il avait alors 16 ans et on lui demandait de choisir entre les deux. Pourtant, Pierre Harvey lui-même, a longtemps faire carrière dans les deux sports. Le vélo de montagne devient alors un très bon entraînement hors saison pour le ski de fond. Un autre conflit du même type est survenu il y a deux ans.
« Il avait 18 ans et on lui demandait de quitter l'école pour aller s'entraîner dans l'ouest alors qu'il pouvait très bien s'entraîner ici en continuant le CEGEP. Personnellement, j'étais complètement bouleversé de voir qu'on obligeait un jeune à quitter l'école pour être sur l'équipe nationale. Lorsque ta carrière se termine à 25 ans, ils ne te donnent pas de travail pour te faire vivre, tu te retrouves tout nu dans la rue. »
« J'ai dit à Alex : tu es trop jeune. Entraîne-toi. À l'automne, il est arrivé et il a battu tous les gars. Il est arrivé 3e aux championnats du monde juniors. L'entraîneur a alors été congédié parce qu'ils se sont rendu compte qu'il ne savait pas vraiment de quoi il parlait », explique Pierre Harvey.
Les entraîneurs se succèdent rapidement au Centre national de Canmore, mais la qualité du programme ne semble pas s'améliorer pour autant.
« L'an dernier, ils ont engagé un entraîneur, lui ont donné un salaire de 150 000 dollars. Six mois plus tard, ils se sont rendu compte qu'il ne faisait pas le travail et l'ont congédié. Ils viennent d'engager un nouvel entraîneur norvégien qui demande aux athlètes de s'en aller à Canmore. »
Pierre Harvey est certainement déçu, mais pas surpris.
« C'est certain que Holland est quelqu'un de très entêté. Il fait un programme et croit que tout le monde doit se mettre à genoux devant lui. Si tu as Wayne Gretzky et Guy Lafleur dans une même équipe, tu sais qu'ils auront des demandes différentes », dit-il.
En fait, Pierre Harvey est inquiet et fâché de la qualité des relations avec Ski de fond Canada.
« Je trouve ça frustrant d'être obligé de se battre quand déjà, il est troisième au monde. C'est le plus grand espoir au pays et on s'amuse à faire des niaiseries comme ça. Je trouve que c'est des enfantillages. Ces gens-là ne sont pas des professionnels. Leur façon de faire n'a rien prouvé alors que celle utilisée par Louis Bouchard a été testée et fonctionne. Alex a toujours réussi à performer lors des championnats du monde et tu ne peux pas changer une recette qui prend des années à développer. Une fois que tu as trouvé la combinaison gagnante, tu la gardes. »
Si Alex Harvey ne se plie pas aux demandes de Ski de fond Canada, ce n'est pas pour des caprices. Il désire continuer à étudier en droit et à s'entraîner à Québec.
« La preuve qu'il ne veut pas malfaire est qu'il prendra bientôt sa voiture, traversera le Canada pour aller rejoindre l'équipe canadienne à Canmore pour six à huit semaines parce qu'il sait que ce sera bénéfique pour lui. Avec son entraîneur, ils se sont assis et se sont demandé ce qui était meilleur pour la préparation en vue des olympiques. »
Tout ce que Pierre Harvey souhaite, c'est que cette histoire se règle rapidement afin qu'elle n'ait pas de conséquences à long terme sur la carrière de son fils.
« Alex n'a pas de problème avec le reste de l'équipe canadienne. Il s'amuse beaucoup avec les anglophones, mais quand ça fait six mois que tu es parti, tu as besoin de vivre dans ton milieu pour te ressourcer et recharger les batteries. Il va arriver en février l'année prochaine, complètement écoeuré et démotivé et il risque de faire patate aux olympiques s'il n'a pas de plaisir. »
« Il faut que l'athlète continue à avoir du plaisir parce que la journée qu'il n'en a plus, c'est fini. Les performances, tout tombe à l'eau. Le premier ingrédient dans la recette gagnante est donc le plaisir. »
Chose certaine, Alex Harvey est encore bien jeune et risque d'avoir une belle carrière devant lui.
« À 20 ans, il ne faut pas s'énerver avec ça, il est encore bien jeune. Il n'a pas fini. Il veut faire le prochain cycle olympique jusqu'aux Jeux de Russie et les suivants. Dans sa tête, il va continuer de skier jusqu'à 28 ou 30 ans. »
D'autre part, deux autres membres de l'équipe canadienne de ski de fond, Philip Widmer et Sean Crooks, auraient demandé de quitter Canmore afin de venir s'entraîner avec Alex Harvey au Centre national à Québec.
Donald Farley, fondeur aux Jeux olympiques de Salt Lake City, croit que le principal problème est que les athlètes sont au service du système de Ski de fond Canada alors que ce devrait être le contraire.
En audio, écoutez l'entretien qu'a eu Michel Villeneuve avec Jean Chartrand et Pierre Harvey dans le cadre de l'émission les "Amateurs de sports".
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