31 mars 2009


Fort des résultats de ses protégés au Centre national Pierre Harvey,
Louis Bouchard s'interroge sur les orientations de Ski de fond Canada,
qui vient de congédier son entraîneur.

Un congédiement qui soulève la critique

Après Finn Halvorsen congédié par Patinage de vitesse Canada, la semaine dernière, un autre Norvégien, Arild Monsen, est victime de l’époussetage pré-olympique en étant remercié par Ski de fond Canada.

Engagé l’an dernier pour être entraîneur de l’équipe nationale en Coupe du monde, Monsen a été relevé de ses fonctions, en fin de semaine. L’embauche et maintenant le congédiement de cet étranger n’ayant fait que passer reflètent un malaise dans la structure de Ski de fond Canada, selon l’entraîneur du Centre national d’entraînement Pierre Harvey (CNEPH).

« Le message qu’on reçoit, c’est qu’on ne nous fait pas plus confiance. Mettons donc l’argent là où ça compte », affirme Louis Bouchard, qui dirige à Québec l’un des trois centres d’entraînement du pays.

Peu de retombées
Ce déchirement de contrat du Norvégien suit un épisode similaire survenu l’an dernier, lorsqu’un entraîneur d’origine suédoise avait aussi été remercié par Ski de fond Canada, rappelle Bouchard. Selon une rumeur entendue dans les sentiers, un nouvel entraîneur, également d’origine scandinave, serait sur le point d’être embauché pour succéder à Monsen et veiller sur la saison préparatoire des fondeurs canadiens avant les Jeux de Vancouver.

Dans ce va-et-vient d’entraîneurs étrangers, Louis Bouchard voit peu de retombées bénéfiques pour le ski de fond au Canada. « J’ai eu une seule conversation avec lui (Arild Monsen) durant la dernière année. Alors, pensez-vous que j’ai appris quelque chose ? Pourtant, ce serait enrichissant de pouvoir profiter de l’expertise de ces entraîneurs, qu’ils partagent leur école de pensée avec nous », soulève l’entraîneur québécois, qui perçoit ces embauches d’entraîneurs internationaux comme des occasions pour eux d’améliorer leur propre sort.

« Imaginons le scénario : Alex Harvey et ses coéquipiers remportent une médaille au relais (aux Jeux de Vancouver). Que pensez-vous qu’il arrivera ? L’entraîneur retournera chez lui avec cet honneur et sa carrière sera relancée », suppose Bouchard.

Nuances
« Louis peut parfois avoir ses sautes d’humeur et je les respecte, mais il faut également être nuancé », tient à préciser Stéphane Barrette, directeur adjoint au comité haute performance.

« Pour encadrer des athlètes comme les nôtres qui figurent parmi les meilleurs du monde, c’est très exigeant et il faut une grande expertise internationale. Or, pour former de tels entraîneurs au Canada, il faut du temps parce que les candidats ne courent pas les rues. Obtenir le respect des athlètes de l’équipe nationale, ça ne se fait pas du jour au lendemain », explique Barrette.

« Des salaires faramineux »
Autant Bouchard que son supérieur à Ski de fond Canada conviennent que ces critiques de l’entraîneur québécois ne sont pas motivées par une prétention à accéder à un avancement au sein de l’équipe nationale.

C’est plutôt une politique floue qu’il attribue à Ski de fond Canada — « une journée on va à gauche, le lendemain, à droite », illustre-t-il — qui agace Bouchard et qui lui rappelle les difficultés rencontrées au CNEPH.

« Ça fera trois années que des salaires faramineux sont consentis à des entraîneurs étrangers. Pendant ce temps, on dispose d’un budget de 200 000 $ à notre centre national. Là-dessus, on accorde 10 000 $ à chacun de nos huit athlètes pour leurs dépenses de l’année. Il nous reste donc 120 000 $ pour deux salaires (entraîneur-chef et son adjoint), pour l’achat d’équipement, pour les voyages au Canada et pour les frais médicaux. Que voulez-vous qu’on fasse de mieux avec 120 000$ ? » questionne M. Bouchard.


« Rien de miraculeux »

Alain Bergeron

Les résultats des protégés du Centre national d’entraînement Pierre Harvey ont ouvert les yeux ailleurs au Canada.

Les deux médailles de bronze d’Alex Harvey en Coupe du monde viennent au sommet d’autres performances solides de ses coéquipiers. Frédéric Touchette, Brent McMurtry (originaire de Calgary) et Lenny Valjas (Ontario) ont tous trois terminé parmi les dix premiers aux mondiaux des moins de 23 ans. Julien Nury, éprouvé sans le savoir par une mononucléose, a terminé huitième au championnat mondial junior. Graham Nishikawa, qui a quitté son Yukon pour s’entraîner à Québec, cogne maintenant à la porte du circuit de la Coupe du monde.

« On ne fait rien de miraculeux. On a juste des idées différentes de celles dans l’Ouest, évoque l’entraîneur Louis Bouchard. Grâce à l’appui de nos physiologues à Québec, on attache une grande importance à la base de l’entraînement. On a aussi une approche différente dans l’agencement des entraînements en basse et en haute altitude. »


Harvey et l'effet boule de neige

Alain Bergeron

Dans les petits pots, les meilleurs onguents. L’expression consacrée tend à coller au Centre national d’entraînement Pierre Harvey, qui fait maintenant l’envie de certains des meilleurs athlètes en ski de fond au Canada.

La montée fulgurante d’Alex Harvey sur la scène internationale et les résultats prometteurs d’autres fondeurs ont incité Philip Widmer et Sean Crooks, qui ont tous deux participé aux Jeux olympiques de Turin, à quitter Canmore pour cogner à la porte du CNEPH. À moins d’un an des Jeux de Vancouver, Louis Bouchard et son programme apparaissent comme la destination prisée pour attaquer l’importante année olympique.

« Soyons honnêtes. Tout notre groupe d’entraînement profite d’Alex Harvey, qui a atteint régulièrement le top 10 en Coupe du monde, durant le dernier mois. Il est notre carte de visite, notre leader », affirme Bouchard, entraîneur-chef du centre.

Heureux problème
Cette cote de crédibilité à la hausse place le CNEPH devant un heureux problème. Les huit athlètes actuellement au centre disposent d’une qualité d’encadrement optimale avec Bouchard et l’entraîneur-adjoint et farteur, Sacha Bergeron. L’arrivée de nouveaux athlètes de pointe pourrait diluer le niveau d’intervention ou même retarder l’accession au programme de jeunes fondeurs en perfectionnement. « La capacité financière est limitée, les ressources humaines aussi. Si je reste seul avec un adjoint, jusqu’où pourrait-on véritablement aller ? Il faudra analyser tout ce que ça comporte (la venue de nouveaux athlètes). Les résultats de nos athlètes nous donnent un capital de négociation, il ne faut pas se le cacher. Quand on se présentera au meeting national d’avril pour réclamer plus d’aide, j’imagine que ce sera plus facile », affirme Bouchard, qui dit cependant vouloir « aider tous les athlètes du mieux possible ».


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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