11 mars 2009

Le Journal à Vancouver


Nouvelle coqueluche du biathlon canadien, Jean-Philippe Le Guellec
pose près de l’inukshuk géant aménagé au Parc olympique de Whistler.
photo : Daniel Mallard

Le souci du détail

WHISTLER — Passionné du dessin, Jean-Philippe Le Guellec est servi par cette qualité de ne rien jeter sur papier avant d’avoir maîtrisé son sujet. On devine cette même prudence dans sa carrière en biathlon.

Tout au cours de la saison, l’athlète de ValBélair a toujours identifié le « top 30 » comme objectif à chacune de ses courses en Coupe du monde. Finir parmi les 30 premiers allait le réconforter sur sa progression menant aux Jeux olympiques de 2010. À 11 mois du rendez-vous planétaire, malgré 11 top 30 depuis le début de l’hiver, dont des septième et huitième places historiques pour le Canada, Le Guellec ne s’emballe toujours pas.

« Pour nous, les Nord-Américains, c’est bien de finir dans les 15 premiers, mais il faut prouver qu’on peut le faire régulièrement pour obtenir de la crédibilité dans ce sport dominé par les Européens » , nous dit-il, avant de s’attaquer à la Coupe du monde de biathlon de Whistler, qui débute aujourd’hui avec l’épreuve individuelle de 20 km.

« C’est pour ça que je n’ai pas versé dans les célébrations quand j’ai confirmé ma place aux Jeux de l’an prochain » , ajoute-t-il plus tard, ayant rempli le principal critère de sélection canadienne en terminant au moins une fois parmi les 15 premiers.

Nouvel entraîneur, nouvelle approche
À 23 ans seulement, le seul Québécois engagé sur le circuit de la Coupe du monde a fait un bond de géant, cette saison, occupant le 26e rang au classement général.

Un entraînement estival combien primordial explique une partie de cette progression, mais il faut y voir aussi une relation désormais complémentaire avec son nouvel entraîneur. Lorsque Jean Paquet est venu en relève à son bon ami Daniel Lefebvre, qui avait toujours dirigé Le Guellec jusque-là, des flammèches ont jailli comme celles que créent les frottements de tôle.

« Nous avons deux personnalités différentes et c’est pour ça qu’il y a eu quelques collisions. Il m’a fallu accepter les méthodes de Jean et je dois dire que j’ai maintenant une confiance quasi absolue en lui » , commente l’athlète.

Confiance réciproque
En entraînement sur le magnifique site de Whistler, cette semaine, on sentait le maître et l’élève partager ce même souci du détail aux abords du champ de tir. Les résultats de Le Guellec cette saison ne mentent pas sur la complicité entre les deux hommes.

« Chaque entraîneur a sa propre personnalité et sa propre philosophie, rappelle Jean Paquet. Il est impossible d’avancer si un athlète manque de confiance en l’entraîneur. Moi et Jean-Philippe, on se ressemble parce qu’on vit chacun dans notre bulle, alors s’il n’est pas d’accord avec moi sur un point, c’est à chacun de nous deux de défendre nos arguments. C’est comme ça qu’on avance.»

Un « effet Whistler »
Paquet connaît la valeur du diamant entre ses mains, les résultats obtenus par Guellec ne relevant pas du hasard. « En plus de son talent évident, ce gars-là a une qualité de récupération incroyable », dit-il de son protégé.

Dans les mêmes sentiers qui serviront au concours olympique de 2010, Le Guellec a l’occasion de faire oublier la déception des récents championnats du monde en Corée où, au mieux, il a enregistré la 42e place au sprint.

Connaissant le bonhomme, dans ce décor féerique de Whistler, il ne faut pas se surprendre de l’entendre souhaiter : « Un top 30 et, si je suis chanceux, un top 15... »


Un violon ? Non, une carabine !

Alain Bergeron

Durant des Jeux olympiques qui commanderont un budget de près d’un milliard pour la sécurité, l’an prochain, Jean-Philippe Le Guellec ne se baladera pas librement avec sa carabine comme il le fait cette semaine.

« On sait déjà qu’elle devra être entreposée dans une chambre forte au site de compétition », prévoit le Québécois.

Précieux outil de travail, cet arme de calibre 0,22 suit le biathlète partout. Pour les besoins de la photo, Le Guellec a déposé tout bonnement son arme dans le coffre de la voiture pour nous accompagner et l’a retirée de son étui pour se prêter à la séance. Voir circuler un homme avec une arme au dos, même cachée dans son étui, pique la curiosité dans une mégastation touristique comme Whistler.

« En Europe, les gens n’ont pas la même perception. Ils devinent que nous sommes du biathlon quand ils nous voient avec nos vêtements et notre étui. On passe tellement inaperçu qu’ils pourraient même croire qu’il s’agit d’un violon qu’on transporte... »


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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