24 février 2009

Le Kenya tient sa star

Treize ans après s'être lancé dans le ski de fond, le Kenyan Philip Boit, présent aux Mondiaux de Liberec, en République tchèque, tire un bilan sportif «mitigé». Mais l'aventure humaine n'a pas de prix. Et l'homme est une vedette dans son pays.

Olivier Petitjean

Seul skieur de fond noir africain aux championnats du monde de Liberec, le Kenyan Philip Boit a abandonné sa carrière de spécialiste d'athlétisme pour voir s'il pouvait briller sur les neiges. Treize ans après ses débuts, le bilan sportif de son expérience est désastreux, mais humainement et socialement très positif.

« Le ski de fond a vraiment changé ma vie. J'ai accompli beaucoup de choses et tout le monde me reconnaît aujourd'hui au Kenya », souligne l'athlète d'Eldoret, qui participe, à 37 ans, à ses troisièmes championnats du monde et s'apprête à vivre, l'an prochain à Vancouver, ses quatrièmes Jeux, avant de se retirer.

Ses résultats se lisent comme une litanie désespérante : 92e et bon dernier aux JO de Nagano en 1998 sur 10 km, 64e en sprint à Salt Lake City en 2002, 91e en 2006 à Turin sur 15 km et des places entre la 78e et la 112e aux Mondiaux, avec pour finir un abandon, ce dimanche, dans la poursuite 30 km à Liberec.

« Je m'entraîne en général un à deux mois par an sur la neige, c'est insuffisant », souligne Philip Boit. Mais il ne regrette pour rien au monde son expérience, entamée en 1996 à l'instigation de Nike, sponsor traditionnel des sportifs kenyans, curieux de voir si les formidables athlètes de la corne de l'Afrique pouvaient un tant soit peu réaliser en fond ce qu'ils montrent en athlétisme.

Avant de chausser les lattes, Boit courait le 800 m en 1'46''06 et le 1500 m autour de 3'40''. Il a rangé ses pointes pour s'associer au projet de l'équipementier américain en compagnie d'un autre Kenyan, Henry Bitok, qui a, lui, rapidement abandonné. Philip Boit s'est régulièrement préparé en Finlande, mais n'a jamais vraiment trouvé ses marques.

Grâce au fonds de solidarité du CIO, il continue toutefois à être soutenu et a acquis une notoriété sur le circuit - les TV japonaises sont friandes d'interviews - et chez lui, où il côtoie les stars de l'athlétisme comme la gagnante du jackpot de la Golden League Pamela Jelimo, Janeth Jepkosgei ou Wilfried Bungei.

À l'entendre, son choix tombe sous le sens : « L'athlétisme est congestionné chez nous. La concurrence est si forte, tu n'as aucune garantie de pouvoir aller en Europe. Rien ne dit que les managers te laisseront courir. »

Le Kenyan préfère ne pas s'attarder sur son insuccès sportif. Mais il relève que les chocs thermiques sont souvent douloureux : « Cet hiver, je suis arrivé en Finlande en janvier. En quelques heures, je suis passé d'une température de 30 degrés chez moi, à Eldoret, à -26. »

Selon lui, un athlète venu d'Afrique peut parfaitement réussir en ski de fond aussi. « Mais il faudrait se donner du temps pour se préparer. Cela nécessite des sponsors pour pouvoir vivre et étudier en permanence en Europe. »

Les chemins de terre et les pistes d'athlétisme resteront sans doute à jamais le seul terrain de chasse des gazelles africaines.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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