
(Gaspé) Ça y est. Je suis devenue une «vraie» moi aussi. Une vraie mordue du ski de fond, de la neige, de l'hiver. La métamorphose s'est opérée quelque part en Gaspésie dans la journée de mercredi et je crois que je ne pourrai jamais me remettre de cette nouvelle dépendance qui vient de transformer ma vie.

Les signes avant-coureurs étaient nombreux depuis le début de cette aventure. Mais j'ai eu la confirmation de cette attaque en règle en me levant hier matin. J'étais incapable de mettre mes souliers tellement mes gigantesques ampoules me faisaient souffrir et j'avais des airs de petite vieille en essayant de m'extraire de ma chaise. Mon corps me faisait payer les 40 kilomètres gaspésiens que je m'étais imposés la veille et j'aurais préféré écouter les albums de Michel Louvain en boucle plutôt que de chausser mes bottes de ski. C'est tout vous dire.
Dehors, le vent soufflait à 100 km à l'heure et la neige tombait à l'horizontal dans le port de Gaspé. J'en étais presque soulagée. Je me suis dit que je profiterais de cette journée de tempête pour assister à quelques conférences, pour parler aux artistes qui font la TDLG, pour jeter un coup d'oeil sur les dessous de l'organisation. Mais c'était avant de savoir que Claudine Roy et son équipe nous offraient la possibilité de faire de petites randonnées dans les environs de Gaspé...
Déchirée entre la sagesse et le goût du ski, j'ai tout d'abord choisi de renoncer à la plus grande excursion en regardant le vent se déchaîner dans les hublots. Mais dès que la tempête s'est éloignée, les remords sont venus m'habiter. Quand j'ai vu des coins de ciel bleu, quand j'ai constaté que la neige cessait de tomber, quand j'ai mis le nez dehors et que j'ai senti l'appel irrésistible de la neige fraîche, j'ai compris que je ne pourrais pas résister, que j'étais devenue un vampire de la glisse. Je devais me rassasier.
J'ai bandé mes ampoules (merci à tous ceux qui m'ont envoyé un courriel pour me donner des conseils !), j'ai chaussé mes bottes, j'ai souffert le martyre et je suis partie sur les rives de la baie de Gaspé en me disant que j'étais faite comme un rat, que j'étais devenue moi aussi une fanatique au premier degré de cette drogue hivernale. L'expédition n'a duré que cinq kilomètres (normaux). C'était tout petit, tout petit. Mais si vous saviez le bonheur que j'ai ressenti en skiant dans cette neige fraîchement tombée, en admirant le paysage de la baie, en m'émerveillant devant la beauté enivrante de l'hiver.
Je me suis rendue comme bien d'autres skieurs sur les glaces de la baie de Gaspé pour visiter le camp de base construit à la toute dernière minute par Jean Lemire et ses collaborateurs. Pour compenser l'annulation de la grande randonnée de 59 kilomètres gaspésiens, l'équipe de la TDLG a eu cette excellente idée de mettre en scène la vie des explorateurs qui restent coincés pendant des mois sur des banquises ou qui escaladent l'Everest. Le vent, le froid, la vie sous la tente, les morts laissés sur la route, le verre de vin chaud... Il ne manquait rien. La totale.
En revenant au bateau, le vieux slogan Viens jouer dehors ! me revenait constamment en tête. Une émotion que j'ai souvent ressentie lors de mes expéditions en raquettes. Nous n'avons aucune raison de rester en dedans par crainte du froid ou de la neige. Nous sommes faits pour bouger, pour respirer de l'air frais à pleins poumons, pour vivre en harmonie avec la nature. Pas pour passer des soirées devant la télé, des journées à l'ordinateur, des années enfermées dans la maison.
J'ai beaucoup souffert lors de ma randonnée de 40 kilomètres, mercredi. Par moments, en voyant ces côtes vertigineuses, en tombant en pleine face dans la neige, en avançant au pas d'escargot à la nuit tombante, j'ai eu envie de pleurer comme un enfant. La lèvre qui tremble, le sanglot dans la gorge. Maman, vient me chercher ! Mais l'esprit de groupe a eu son effet. Je n'ai pas lâché. Il a fallu qu'un motoneigiste me force à monter derrière lui à deux kilomètres de la fin après une chute spectaculaire en pleine noirceur pour que j'accepte mes limites. J'étais allée au bout de mes capacités.
Sur le coup, ces deux petits kilomètres me sont restés dans la gorge parce que j'aurais préféré aller jusqu'au fil d'arrivée. Mais peu importe. Je suis fière de moi parce que j'ai complété la plus longue et la plus éprouvante randonnée de ma vie. À la TDLG, c'est ce qu'on appelle un voyage au fond de soi.
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