
(Chandler) Décidément, la nature s'acharne sur la grande Traversée de la Gaspésie (TDLG). Après avoir été pris dans les glaces pendant 36 heures, le CTMA Vacancier et les 300 skieurs à bord ont dû reprendre la route prématurément, mercredi soir, pour aller se cacher dans la baie de Gaspé. La forte tempête de neige qui est prévue jeudi forcera ainsi l'annulation d'une autre journée de ski.

Le capitaine du CTMA, Bernard Langford, ne veut courir aucun risque avec la sécurité des passagers de son bateau. Des vents de 100 km à l'heure et une accumulation de 30 centimètres de neige sont prévus jeudi ce qui pourrait provoquer une autre accumulation de glace au large de la péninsule gaspésienne. De plus, le quai de Chandler n'est pas abrité, et le bateau pourrait échouer au large, a expliqué le capitaine.
Le navire a donc quitté le quai vers 22h mercredi, mais la route vers Gaspé ne sera pas nécessairement de tout repos, puisque le CTMA ne pourra pas compter sur les services d'un brise-glace. « Nous allons briser la glace nous-mêmes. Nous l'avons déjà fait », a soutenu le capitaine.
La patronne de la TDLG, Claudine Roy, prend cet impondérable avec philosophie. « C'est incroyable ce que l'on vit. Jacques Cartier avait aussi dû se cacher dans la baie de Gaspé en remontant la baie des Chaleurs à cause d'une tempête de neige », a-t-elle rappelé. Selon elle, il s'agit d'un étonnant clin d'oeil de l'histoire, puisque cette cuvée spéciale de la TDLG a pour but de rappeler le parcours de Cartier lors de son arrivée en terre gaspésienne, il y a 475 ans.
De son côté, l'explorateur Jean Lemire a rappelé que les skieurs avaient ainsi la chance de vivre une vraie expédition avec tous ses imprévus et de mesurer l'effet de la nature sur ce genre d'aventure. « Il faut s'adapter », a-t-il soutenu.
Du ski... pas de ski
Les skieurs devront donc renoncer au ski pour une troisième journée en sept jours de traversée. Cette fois, c'est l'excursion de 58 km entre Port-Daniel à Gascons qui a été biffée du programme. Il ne restera donc qu'une seule journée de ski à cette expédition. Par contre, Claudine Roy a promis que plusieurs activités seront offertes aux passagers à Gaspé pour que leur bonne humeur ne soit pas affectée par la tempête.
À son avis, les gens ne devraient pas s'imaginer que ces pépins remettront en question la pertinence d'organiser des croisières hivernales sur le fleuve. « Est-ce qu'on remet en question le fait de prendre le bus pour aller à Montréal parce qu'on peut tomber sur deux jours de tempête ? Je ne pense pas que ça jouera. Si l'on juge que la TDLG devrait se servir à nouveau du CTMA à l'avenir, on le fera. »
Heureusement, les skieurs ont eu droit à une superbe journée de ski mercredi, après deux jours de repos forcé. Par où commencer... Peut-être par la splendeur de l'hiver gaspésien, par la neige immaculée, par les majestueux sapins blancs, par le golfe du Saint-Laurent qui nous faisait des clins d'oeil coquins au tournant d'une piste. Une expédition de pur bonheur.
Disons-le tout de suite : il a toutefois fallu travailler fort pour atteindre le nirvana. On avait annoncé que la randonnée entre Saint-Isidore, Val-d'Espoir et Percé devait être de 32 kilomètres. Mais sachez qu'ici, on calcule les distances en kilomètres gaspésiens, question de ne pas décourager les troupes. Lorsque vous demandez à un gentil bénévole motoneigiste combien de route il reste à faire, il vous dira donc quatre kilomètres pour être gentil. Mais il ne faut surtout pas le croire...
Dans les faits, nous avons plutôt parcouru 42 kilomètres entre mer et montages, et plusieurs skieurs sont rentrés au bateau complètement épuisés. Mais l'effort valait le coup. Difficile de rester de marbre devant l'accueil des citoyens de Val-d'Espoir et de leur reine du Carnaval, qui nous ont offert une table de desserts géante, de la chaleur humaine et une soupe chaude. Difficile de ne pas s'extasier devant la beauté du Saint-Laurent, devant l'image du rocher Percé qui apparaît au tournant, devant les paysages plus touchants les uns que les autres.
Il faudra attendre à demain pour la suite de l'expédition. Mais en attendant, l'aventure se poursuit, la fête aussi... Et les ampoules aux pieds auront le temps de cicatriser.
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