10 avril 2008

La “glisse” dénature notre sport

J’en ai assez d’entendre parler de « glisse », de la « glisse », des « sports de glisse » et de tout ce qui glisse.

La « glisse » dénature mon sport et le vôtre aussi qui est, au départ, le « ski », l’activité originale qui a donné naissance à toutes les autres pratiques qui nous intéressent ici.

L’industrie dans un effort d’accommodement pour de nouveaux sous-produits du ski a progressivement délaissé le nom de notre sport pour en favoriser un qui est plus général et qui les engloberait tous. Une sorte d’autre rectitude politique qui tourne tout au gris, au neutre.

Personnellement je refuse de parler de « skieurs et planchistes » ou « d’amateurs de glisse ». Le ski est le sport que nous pratiquons tous. Certains pratiquent le ski alpin, d’autres le ski de fond, la planche, le mono-ski, le saut, le télémark, le ski acrobatique, le biathlon, le new school, etc… mais il s’agit toujours de versions différentes du SKI. Toutes ces activités se pratiquent aussi dans des centres ou stations de SKI et non pas dans des centres de « glisse » ou centres « multi-glisse ».

Un peu d’histoire
Commercialement le ski il a débuté en Norvège, dans la région de Telemark, dans les années 1880. Au fil des ans le sport du ski s’est diversifié. Au début du 20e siècle les skis étaient polyvalents; on utilisait les mêmes skis pour descendre, monter, avancer dans les sentiers et sauter. Puis arriva une certaine spécialisation qui orienta les skis en deux branches: skis alpins et skis nordiques. Plus tard on vit l’apparition du monoski et éventuellement, au début des années 80 de la planche à neige qui est, elle aussi, un dérivé du SKI.

Ca fait un peu « guidounne » de dénaturer le ski pour parler de la « glisse » afin de ne pas déplaire aux planchistes que l’on s’efforce à identifier séparément. Un autre cas d’accommodement déraisonnable selon moi. Il serait bon de faire voir à ceux qui pratiquent les diverses formes du ski d’où vient leur sport.

La « glisse » c’est l’affaire de Swix, Toko et autres manufacturiers de farts pour skis. On peut dire que la glisse est bonne si on a le bon fartage ou que la neige est rapide.

Un vocabulaire de plus en plus généraliste et vague
L’industrie des stations de ski a aussi développé un vocabulaire qui tend à tout généraliser et à dénaturer. Les centres de ski sont maintenant des « domaines skiables ». Val d’Isère, Les Trois Vallées dans les Alpes et Whistler-Blackcomb sont effectivement des « domaines skiables » vastes et sans arbres pour délimiter les pistes, mais pas Mont Rigaud ou même Tremblant. « Domaine skiable » peut être utilisé pour différencier les pistes de l’ensemble du territoire d’une station. On pourrait dire qu’à Tremblant le domaine skiable représente disons 50% de l’ensemble de la station.

Le Code de conduite en montagne
Il y a quelques années nous avions le « Code de Responsabilité du skieur ». Maintenant nous avons le « Code de Conduite en Montagne ». Il me semble que le « Code de Conduite en Montagne » s’appliquerait plus particulièrement à la marche en montagne, le hiking ou les sorties de ski de fond et de raquette hors pistes (back country) plutôt qu’au ski dans des stadiums où l’on ne retrouve plus rien de sauvage, rien de la montagne originale. Le code de conduite en montagne est celui qui s’applique aux gens de montagne, ceux qui se déplacent avec une certaine autonomie dans la vraie montagne, le « back-country » et qui doivent apporter leurs vivres et rapporter leurs déchets. Le « Code de conduite en montagne » n’a rien à faire avec les stationnements payants, les remontées débrayables, les pistes éclairées recouvertes de neige fabriquée et entretenues avec des dameuses à $300 000/pièce, les foules, les patrouilleurs et la bière en bas !

Feu les écoles de ski
Le vocabulaire devient encore plus dénaturé et insignifiant lorsqu’on parle de ce qui s’appelait auparavant « école de ski ». On dit maintenant école de « glisse », école « sur neige », école « des neiges », etc… et surtout pas école de SKI, le sport qui englobe tous les autres.

Mais qu’est ce que « la glisse » ? Les sports de glisse devraient inclure le ski, le toboggan, le bobsleigh, les glissades sur tubes, glisser sur mon cul, sur mon tape-cul, mon crazy carpet, etc…

L’école de glisse est-elle l’école où j’apprends à farter mes skis pour une meilleure « glisse » ?

Et l’école « sur neige »? Y apprends-t-on les mathématiques sur neige, ou les sciences de la nature sur neige ?

Pis l’école « des neiges »? Est-ce pour comprendre les différentes formes de neige, la physique de la neige et son comportement en situation d’avalanche ?

Remettons-donc nos culottes et redonnons à notre sport commun le vocabulaire qui lui est propre.

Ski : sport sur neige qui inclut ski alpin, ski de fond, planche-à-neige, télémark, mono-ski, ski acrobatique, saut, biathlon et « new school ».

École de ski : service où des moniteurs vous apprennent à pratiquer les diverses formes de ski; ski alpin, ski de fond, planche, monoski, etc…

Centre ou station de ski : endroit où l’on pratique les sports de ski. Il y a même un centre qui s’appelle « Centre multi-glisse… »

Piste de ski : parcours préparé pour la pratique du ski. Dans l’est nous skions sur des pistes ou dans des sous-bois.

Cessons donc de nous compliquer la vie inutilement !

Le vocabulaire des planchistes
Utiliser un vocabulaire spécifique ne nie pas aux planchistes ou autres leur propre vocabulaire. Les planchistes ont leurs « parcs de sno », leurs « half-pipes» (demies-lunes) et leurs modules de toutes sortes; leurs « bordercross », « slopestyle » et « rail jams », des expressions forts colorées qu’on ne devrait pas non plus neutraliser.

Le ski de fond a aussi son propre vocabulaire tout comme le télémark.

Le ski a ceci de beau. On peut le pratiquer sous diverses formes tout aussi intéressantes que différentes les unes des autres. Mais il s’agira toujours du SKI !


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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