7 décembre 2007


7 décembre 2007

Doucet aurait fait pression sur Schreiber

Karlheinz Schreiber affirme avoir fait l'objet de pressions d'un ancien proche collaborateur de Brian Mulroney afin qu'une partie des millions de dollars en commissions obtenus par une firme de lobbyistes dans le cadre de la vente de 34 avions Airbus à Air Canada soit déposée dans un compte en Suisse auquel aurait accès l'ancien premier ministre.

Joël-Denis Bellavance

M. Schreiber a soutenu hier devant le comité de l'éthique de la Chambre des communes que Fred Doucet - conseiller de M. Mulroney entre 1984 et 1987 - lui avait demandé, en 1992 ou 1993, de s'assurer que l'entreprise GCI d'Ottawa, qui faisait du lobbying pour Airbus au Canada et qui appartenait à Frank Moores, transfère des fonds dans un compte de banque que comptait ouvrir un avocat suisse de M. Mulroney.

Témoignant pour la troisième fois en une semaine devant les députés, M. Schreiber a dit être «en état de choc» lorsque M. Doucet, qui était alors lui-même lobbyiste, lui a fait une telle demande dans les locaux de la firme à Ottawa. «Je lui ai demandé: pourquoi ciel faut-il transférer de l'argent à un avocat à Genève pour M. Mulroney? Pour quelle raison? Et il m'a offert cette réponse incroyable: Pour Airbus», a lancé M. Schreiber.

Ensuite, l'homme d'affaires germano-canadien a dit avoir demandé à M. Doucet de lui expliquer le lien entre M. Mulroney et Airbus. «Es-tu naïf?» lui aurait répondu Fred Doucet, selon M. Schreiber.

M. Schreiber a expliqué avoir rencontré plus tard Frank Moores, qui avait manoeuvré pour aider Brian Mulroney à devenir chef du Parti progressiste-conservateur au début des années 80, afin d'avoir plus de détails au sujet de cette affaire. «Frank Moores m'a dit: Laisse cela entre nos mains. Tu n'as rien à voir là-dedans.' Alors vous pouvez imaginer que j'étais pas mal troublé après cela. Je me suis posé pas mal de questions.»

M. Schreiber a dit n'avoir aucune preuve que des fonds aient été effectivement transférés. Il a affirmé avoir des soupçons que Fred Doucet tentait peut-être de cette manière de mettre la main sur ces fonds.

M. Doucet a nié avec véhémence les allégations de M. Schreiber et il s'est dit prêt à témoigner devant le comité pour raconter sa version des faits. «C'est faux. Je ne connais pas d'avocat en Suisse et je n'ai jamais parlé avec Karlheinz Schreiber de transférer des fonds où que ce soit», a-t-il dit.

M. Mulroney menacé
Schreiber, que l'Allemagne réclame pour répondre à des accusations de fraude, d'évasion fiscale et de corruption, avait menacé M. Mulroney, dans une lettre le 8 mai 2007, de raconter tout ce qu'il savait au sujet de cette affaire si l'ancien premier ministre n'intercédait pas en sa faveur pour stopper les démarches juridiques visant à l'extrader dans son pays natal.

«Je suis prêt à révéler que vous avez reçu de l'argent de GCI, Frank Moores, Fred Doucet, Gary Ouellet, que Fred Doucet m'a demandé de transférer des fonds à votre avocat à Genève (Airbus)», a écrit M. Schreiber dans cette lettre qui faisait partie d'une liasse de documents de 4000 pages remis au comité mardi.

Les députés ont utilisé le contenu de cette lettre pour interroger le controversé homme d'affaires hier.

Mardi, M. Schreiber avait pourtant affirmé que M. Mulroney, à sa connaissance, n'avait touché aucun pot-de-vin à la suite de l'achat d'avions Airbus par Air Canada en 1988, pour la somme de 1,8 milliard de dollars.

En 1997, M. Mulroney a reçu des excuses du gouvernement fédéral et une compensation financière de 2,1 millions de dollars après que la GRC l'eut soupçonné, dans une lettre envoyée en 1995 aux autorités suisses, d'avoir empoché des pots-de-vin dans l'affaire Airbus.

M. Schreiber a déjà expliqué aux députés que c'est Fred Doucet qui l'a pressenti pour qu'il rencontre M. Mulroney au lac Harrington le 23 juin 1993, alors qu'il était toujours premier ministre, parce que M. Mulroney éprouvait de graves problèmes financiers. Durant cette rencontre, les deux hommes sont tombés d'accord pour travailler ensemble une fois que M. Mulroney aurait quitté ses fonctions, sans toutefois discuter d'une somme d'argent précise.

Mais en août 1993, M. Schreiber a rencontré M. Mulroney dans un hôtel de Mirabel pour lui remettre 100 000$ en espèces et lui promettre 500 000$ en tout s'il l'aidait à installer une usine de construction de véhicules militaires légers en Nouvelle-Écosse. Il ne lui a finalement remis que 300 000$, parce que M. Mulroney n'a pas fait le travail nécessaire, selon lui.

Le comité de l'éthique fait présentement enquête sur les transactions financières entre M. Schreiber et M. Mulroney.

«Victimes d'une vendetta»
Également hier, M. Schreiber a affirmé qu'il était prêt à faire n'importe quoi, même à écrire une lettre favorable à M. Mulroney comme il l'a fait en juillet 2006, afin de régler les problèmes reliés à son extradition vers l'Allemagne. Dans cette fameuse lettre, M. Schreiber affirme que lui et M. Mulroney «sont les victimes innocentes d'une vendetta dont vous êtes encore la principale cible». Il affirmait aussi également ceci: «Il n'y a pas d'affaire Airbus qui implique Brian Mulroney et, en plus, il n'y a rien à cacher.»

M. Schreiber a affirmé avoir écrit cette lettre à la demande de l'ancien ministre conservateur et ami Elmer MacKay. Il croyait à l'époque que cette lettre convaincrait M. Mulroney d'intervenir en sa faveur auprès de l'actuel premier ministre Stephen Harper pour casser l'avis d'extradition.

Cette confession a fait dire au député conservateur Russ Hiebert que M. Schreiber était «prêt à dire ou à faire n'importe quoi pour ne pas être extradé vers l'Allemagne».

M. Schreiber a aussi accusé le Parti libéral, le gouvernement Harper, la GRC et les procureurs chargés de sa cause en Allemagne de conspirer contre lui pour le traduire devant les tribunaux allemands.

M. Schreiber doit témoigner de nouveau devant le comité mardi prochain. M. Mulroney pourrait raconter sa version de l'histoire devant les députés jeudi.


Rappel : Myriam Bédard dénonce le scandale des commandites à VIA RAIL


page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
vélo ski de fond plongeon
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive