
Vous vous souviendrez aussi d'Alex !

Retenez bien ce nom : Alex Harvey. Ou alors contentez-vous du prénom. Le nom de famille, au fond, vous le connaissez déjà : c'est celui de son père, le légendaire Pierre Harvey.
Alex Harvey, 18 ans, a réussi cette semaine un exploit peu commun. Qu'il ait une année de moins que le reste de l'élite junior du ski de fond ne l'a pas empêché de gagner la médaille de bronze du 10 km style libre, lors des championnats du monde, mercredi. Ni de finir au quatrième rang de la poursuite sur 20 km, avant-hier : sans une chute malencontreuse, à 500 m de l'arrivée, il aurait même pu se battre pour l'or. C'est lui qui dictait le rythme de la course.
« Mon objectif était de finir dans le top 10 et, si tout allait bien, de finir dans le top 5. Alors, c'est sûr que ces résultats-là sont au-delà de mes attentes, a dit Harvey, joint hier à Fusine, en Italie, où ont lieu les mondiaux juniors. Un podium, je voyais ça comme une étape plus lointaine. Je ne pensais pas y arriver dès cette année. »
Demandez à n'importe quel amateur de sport âgé de plus de 30 ans qui a été le meilleur athlète amateur québécois des années 80. Il n'y a que deux possibilités. Gaétan Boucher, bien sûr. Et Pierre Harvey.
En 1984, le skieur et cycliste originaire de Rimouski, qui célébrera son 50e anniversaire la semaine prochaine, est devenu le premier Canadien à participer aux Jeux olympiques d'hiver et d'été la même année. Trois ans plus tard, autre première canadienne : il remporte une épreuve de la Coupe du monde de ski de fond, à Falun, en Suède. Il remet ça deux fois l'année suivante, à Falun et à Holmenkollen, avant de prendre sa retraite. Un athlète immense, à la mesure de sa capacité aérobique hors du commun. Un gentleman, aussi.
Pas évident de skier dans les traces d'un père aussi célèbre. D'autres auraient croulé sous la pression. Pas Alex. Il raconte en riant son unique participation aux Jeux du Québec, à l'âge de 12 ans. C'était à Rimouski, ville natale de son paternel. « Les journalistes s'attendaient à ce que je remporte toutes les épreuves, mais je n'avais gagné aucune médaille parce que je skiais dans une catégorie plus forte. Mais je ne m'en faisais pas trop. Ça ne m'a jamais dérangé. »
En fait, Alex Harvey n'est pas du genre à se mettre martel en tête pour quoi que ce soit, à en croire l'entraîneur de l'équipe nationale junior, Louis Bouchard. « Alors que d'autres athlètes font de l'anxiété et ont mal au coeur avant les compétitions, lui, son stress est positif. Deux semaines avant les courses, il a déjà hâte. Je n'ai jamais vu ça. Il est toujours préparé et il transforme son stress de façon constructive. »
Les championnats du monde devaient à l'origine avoir lieu à la fin janvier, mais ils ont été reportés, faute de neige. Un mal pour un bien, selon Alex. « Le retard a joué en ma faveur, dit-il. Je finis toujours mes saisons en force. En ce moment, je tiens ma meilleure forme de la saison. »
Étudiant en sciences humaines au cégep F.-X. Garneau, Harvey a grandi à Saint-Ferréol-les-Neiges, à quelques minutes du centre de ski où s'entraîne aujourd'hui l'équipe nationale junior. Enfant, il passait ses samedis d'hiver dans les sentiers enneigés et les dimanches sur les pentes du mont Sainte-Anne. Le ski de fond l'a vite emporté sur le ski alpin.
Facile d'exceller dans un sport d'endurance quand on a hérité du patrimoine génétique d'un phénomène de la nature comme Pierre Harvey, direz-vous. Ce n'est pas si simple que ça. « Nos athlètes de l'équipe nationale junior ont tous des qualités similaires au niveau du V02max, dit Louis Bouchard. Les deux forces d'Alex, ce sont la préparation mentale et les habiletés techniques. C'est vraiment un technicien hors pair. Il n'y a pas un skieur junior qui skie comme lui. »
Alex confirme, sans fausse modestie. Pour moi, le ski est un mouvement naturel. C'est smooth sans que j'aie à y penser. Je fais juste skier. »
II lui reste une année d'éligibilité chez les juniors. À en juger par ses résultats cette année, tous les espoirs sont permis lors des mondiaux 2008. Cette semaine, parmi les skieurs nés en 1988, il a été le plus rapide dans le 10 km et il a fini second dans la poursuite.
« L'an prochain, je peux viser les podiums. Mais il faudra que la forme soit bonne plus tôt dans la saison. Si elle n'est pas à 100%, si tu es 10 ou 15 secondes plus lent que d'habitude, tu n'es plus sur le podium. »
Déjà, les Jeux de Vancouver se profilent à l'horizon. Il aura 21 ans, alors qu'un skieur de fond atteint normalement son apogée entre 25 et 30 ans. Les Jeux de 2010, c'est tout à fait possible pour Alex. Mais l'objectif va surtout être de vivre l'expérience pour qu'il soit fin prêt lors des Jeux suivants, quatre ans plus tard », dit Louis Bouchard.
Pour parvenir à ses fins, il lui faudra vraisemblablement mettre la pédale douce sur son autre passion, le vélo de montagne. Il a fini 23e en cross-country lors du championnat du monde junior, l'été dernier, mais il a déjà commencé à mettre l'accent sur le ski. « Avoir deux saisons complètes, c'est dur, expliquet-il. En essayant de tirer de tous les bords, tu finis par être moyen dans tout. C'est peut-être mieux de se concentrer sur un seul sport. »
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