24 février 2007

Championne déchue recherche deuxième chance

Myriam Bédard est assise devant moi. Elle porte une chemise à carreaux tout de beige qui lui adoucit les traits du visage. Nous sommes dans un petit resto sushi de l'Île -des-Soeurs. Pas d'avocat, pas de relationniste dans les parages.

On s'était déjà parlé au téléphone à quelques reprises depuis son retour au Québec. Et la Myriam Bédard que je retrouve trouve n'est pas une femme brisée par quatre années d'enfer. C'est une femme inquiète qui, financièrement, voit approcher la fin de ses ressources. L'argent a sorti par dizaines de milliers de dollars juste en frais d'avocats. Et comment peut-elle espérer se trouver un emploi avec une presse aussi négative ?

« Quelle entreprise aura le courage de me donner un travail ? Qui prendra le risque avec tout ce qui s'est passé ? », lance-t-elle au détour d'une réponse.

Avec tout ce qui s'est passé et avec ce qui s'en vient encore. Le 2 avril, Myriam Bédard se retrouve impliquée dans une cause au criminel. Son ex-mari et le père de sa fille a déposé une plainte contre elle. L'histoire est ubuesque. Jean Paquette, le père, voyage beaucoup pour son travail d'entraîneur. D'ailleurs, comme il a beaucoup voyagé ces dernières années pendant que la mère prenait soin de l'enfant. Il a donc convenu avec Myriam Bédard de lui confier la garde de sa fille qui demeure avec sa mère et Nima Mazahri à Brossard. Mais il n'a pas retiré sa plainte pour enlèvement d'enfant... tout en lui confiant la garde de la même enfant. Elle a un sourire fatigué et hausse les épaules. Elle a tellement peur de s'incriminer davantage qu'elle ne parle pas. Mais tout son être témoigne de l'absurdité de la situation.

« Je peux dire que Maude va très bien. Elle est retournée en classe avec une pile de cahiers de devoirs et d'exercices qu'elle a faits pendant notre séjour à Washington. Ses professeurs ont pu vérifier qu'elle avait bien travaillé. D'ailleurs, elle est une des finalistes de la dictée PGL (Paul Gérin-Lajoie) dans son groupe », de raconter Myriam Bédard.

Le simple fait de mentionner le nom de Maude dans cet article démontre bienn à quel point l'histoire de Myriam Bédard et de son « voyage » à Washington a donné lieu à un dérapage médiatique. Puisqu'il y avait plainte au criminel, le nom de l'enfant n'aurait jamais dû être livré en pâture aux médias. Et pour le bien et la protection de l'enfant, il aurait fallu que tous fassent preuve de retenue. Dans un tout autre cas d'enfants de personnalités sportives et pour des raisons très différentes, il a fallu que la fille de Dave Hilton fils témoigne publiquement pour que son nom soit mentionné dans les médias. Maude Bédard n'a eu droit à aucune protection.

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C'est en furetant sur le site de Cyberpresse que Myriam Bédard a appris qu'elle était recherchée par la police. Elle et son conjoint ne se cachaient pas et payaient même leurs muffins pour le petit déjeuner avec leur carte de crédit. Une simple vérification par la police de Québec aurait permis de les retrouver en une petite heure, raconte-t-elle. Quand le couple a découvert que Mme Bédard était recherchée aux États-Unis, ils se sont rendus au bureau du FBI au centre-ville de Washington. Mais on leur a dit qu'il n'y avait pas de dossier les concernant.

Plus tard, quand on les a arrêtés, elle s'est retrouvée dans une prison à sécurité maximale : « Tu dis qu'une nuit en prison, c'est déjà de trop. C'est pas vrai. Une minute, une seconde en prison, c'est déjà trop ! », raconte-elle.

« Ils m'ont conduite dans une grande salle et ils m'ont posé des questions. Ils m'ont demandé si j'avais des idées suicidaires. C'était tellement absurde que j'ai ri en répondant. Ils m'ont dit qu'eux ne riaient pas et ils m'ont montré une autre salle en me disant que je passerais la nuit dans cette salle si je ne répondais pas aux questions. Et la salle était plutôt sinistre, m'ont-ils prévenue. J'ai alors répondu à toutes leurs questions. Il y avait un ordinateur sur le bureau. Je les ai suppliés d'aller taper mon nom dans Internet. Qu'ils verraient bien qui j'étais, que je n'étais pas une criminelle. Un gardien est allé taper mon nom. (Dans Google, il y a 122 000 entrées au nom de Myriam Bédard). J'ai senti une différence quand il est revenu. Ils m'ont offert une bouteille d'eau et ils m'ont conduite à ma cellule. La première nuit, j'ai essayé de dormir, mais c'était presque impossible. J'avais des menottes aux poings, des chaînes aux pieds et une ceinture reliée à une chaîne autour de la taille. J'arrivais pas à croire ce qui m'arrivait.

Les autres nuits, on a enlevé les chaînes et les menottes et on a été respectueux avec moi, même si je n'ai pas eu droit à aucun traitement de faveur. Le 25 décembre, jour de Noël, j'ai enfin pu parler à mes avocats. Ils ont été gentils, ils ont laissé Nima venir avec les avocats. J'ai pu leur parler par téléphone au travers de la vitre.

Les choses traînaient toujours au pays. Tellement qu'à un moment donné, le U.S. Marshall qui s'occupait de moi m'a dit que si le Canada ne se grouillait pas dans cette affaire, il allait me conduire lui-même jusqu'à la frontière », raconte-elle en trouvant la force de sourire.


Myriam Bédard doit relever un défi de taille après son témoignage dans le scandale des commandites en 2004
et surtout son « voyage » fort médiatisé à Washington en décembre dernier, le défi de refaire sa crédibilité.
photo : André Pichette, La Presse

La vie de Myriam Bédard a pris une tournure tragique au cours des cinq dernières années. En fait, depuis qu'elle est devenue amoureuse de Nima Mazahri, un artiste d'origine iranienne qui a son atelier sur le boulevard St-Laurent à Montréal.

Le couple a eu maille à partir avec des locataires ou des associés à Lévis, Mazahri doit subir un procès dans une ténébreuse affaire de vol de tableaux en mai prochain et tant la famille Bédard, père, mère et proches ainsi que ses ex-conjoints : un ancien soldat et un policier de Montréal, semblent avoir beaucoup de difficultés à accepter la nouvelle vie de l'ancienne championne olympique.

Selon elle, ses problèmes en cascades ont vraiment débuté avec son témoignage devant le comité des comptes publics à l'origine du scandale des commandites. Elle affirme qu'elle avait déjà témoigné à huis-clos et qu'elle ne voulait pas aller témoigner en public. Mais l'entourage du premier ministre Paul Martin aurait insisté pour la convaincre.

Depuis, sa vie est devenue une spirale infernale et elle se demande si tout ce qui lui arrive n'est pas lié à cette histoire. Comme s'il avait fallu détruire le personnage pour enlever toute crédibilité à son témoignage, se demande-t-elle.

Elle ajoute : « Je me suis retrouvée otage des médias. Je n'ai pas pu me défendre. On a écrit des choses tellement mensongères et invraisemblables que je n'en revenais pas en relisant tout ça au cours des dernières semaines. Mais le monde lui, n'est pas dupe. Mon image est salie dans les médias mais dans la rue, c'est le contraire. Mon image est encore plus forte qu'en 1994 après les médailles d'or à Lillehammer. Parce que maintenant, je suis accessible. Les médailles d'or, c'était un peu surhumain. Mais là, les femmes se reconnaissent dans ces histoires sordides de divorce et de séparation. Les caissières me disent de ne pas lâcher. Notre atelier est situé au dessus du Tokyo Bar, boulevard St-Laurent, et les gens m'arrêtent pour m'encourager. Mon histoire a été gonflée de façon éhontée. Les conditions étaient réunies. Ancienne championne olympique, une famille dont je préfère ne pas parler, un ex-chum policier, un ancien mari influençable, mon témoignage dans le scandale des commandites et sans doute un fond de racisme parce que je suis amoureuse d'un Iranien. Tout était en en place pour que ça explose », dit-elle.

Et ça a explosé... à pleines pages et grands reportages larmoyants dans les téléjournaux...

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Elle a quitté vers 14 h pour aller retrouver sa fille. Celui qui a déposé la plainte au criminel pour enlèvement ne semblait pas trop préoccupé.

Ubuesque...


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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