6 janvier 2007

Réflexions sur la pratique journalistique

Gil Courtemanche

La qualité de l'information produite par les grands médias ne fera jamais consensus, autant chez les spécialistes que chez les consommateurs. Au mieux s'entend-on pour noter que la quantité des informations s'est accrue de manière exponentielle depuis l'apparition des chaînes d'information continue, ce qui ne signifie pas que nous sommes mieux informés.

Durant les dernières semaines, j'ai été frappé par certains dysfonctionnements de l'information, tant dans le traitement que dans le choix éditorial. Voici quelques exemples qui me paraissent significatifs.

(...)

Durant les deux dernières semaines, le Québec tout entier, sauf heureusement les lecteurs du Devoir, a pu satisfaire son voyeurisme et sa passion pour le fait divers en suivant minute par minute la triste histoire de Myriam Bédard. Deux semaines de couverture «mur à mur» à la télé et dans les quotidiens populaires. On a consacré à ce fait divers plutôt anodin plus d'espace et plus de temps qu'à l'exécution de Saddam Hussein et à ses conséquences. Nous entrons ici dans une sorte de démesure que rien n'explique, même pas la notoriété de la championne olympique. Rappelons que, selon le ministère de la Justice canadien, il y a eu en 2002 (derniers chiffres disponibles) 429 véritables cas d'enlèvement d'enfant par un parent. Il est bien rare que ces enlèvements fassent l'objet de nouvelles, encore moins d'une couverture en direct d'envoyés spéciaux, d'entrevues avec des juristes experts. Je souligne le terme «véritable» parce que, généralement, le parent coupable se cache, tente de brouiller les pistes, ce qui n'est évidemment pas le cas dans cette histoire. Mais voilà une héroïne déchue, un conjoint mystérieux, une belle femme qui semble émotionnellement instable. Une belle prise pour les carnassiers de l'info-spectacle. Dans ce genre de démarche, toute forme de réflexion et de prudence s'estompe. Toutes les rumeurs sont relayées sans vérification préalable. Ainsi, durant quelques jours, on a raconté que la jeune fille de Mme Bédard avait entamé une grève de la faim. Un animateur célèbre a laissé entendre que le peu d'empressement apparent des autorités canadiennes à rapatrier la prisonnière pourrait être une vengeance du gouvernement fédéral, que Mme Bédard a déjà accusé de se livrer à du «terrorisme bureaucratique». Rien ne justifiait une telle débauche d'«information». Nulle violence, nulle menace, tout simplement la pathétique histoire d'un conflit familial ordinaire, faite d'étourderie, de malentendus, de détresse psychologique. Un triste fait divers transformé en événement national.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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