14 avril 2006

Choix à faire pour Alex Harvey

À 17 ans, le fondeur québécois Alex Harvey est encore d’âge junior. Ce qui ne l’a pas empêché de remporter le titre canadien du 10 km en mars dernier.

Bref, dans une équipe canadienne masculine de ski de fond qui ne casse rien, Harvey pourrait bien être la prochaine bouffée d’air frais. Mais voilà qu’un problème se profile à l’horizon.

Harvey est un athlète qui excelle dans plusieurs sports, pas uniquement en ski de fond. Il est aussi calé en vélo de montagne… au grand déplaisir de la Fédération canadienne de ski de fond.

Avec l’été qui approche, Harvey voudrait bien délaisser le ski de fond et consacrer toutes ses énergies au vélo de montagne. Mais sa Fédération, qui finance son développement, aimerait plutôt le voir participer aux camps d’entraînement estivaux.

Résultat, Harvey pourrait perdre sa subvention s’il opte pour le vélo. Une situation décriée par son père, le légendaire athlète Pierre Harvey. Lui-même est un exemple en la matière multidisciplinaire, olympien de carrière à Sarajevo 1980 (ski de fond) et Los Angeles 1984 (cyclisme). Quel hasard…

Pourtant, plusieurs athlètes ont atteint les sommets en pratiquant deux sports. On peut penser à Tom Glavine (hockey et baseball) ou Tom Brady (football et baseball). Au Canada, il y a Hayley Wickenheiser (hockey et softball) et Clara Hughes (patinage de vitesse et cyclisme).

Qui a raison dans cet épineux dossier ? Toutes les explications de Marc Durand. Puis, Mario Langlois en discute avec Daniel Aucoin et Louis Barbeau.

Visionnez le reportage

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Pierre Harvey a mis sur la carte le ski de fond canadien, son fils Alex est sur le point de faire encore mieux : quintuple médaillés d’or au dernier championnat canadien, l’athlète de 17 ans est le meilleur espoir canadien depuis… son père.

Il n’a qu’un seul adversaire au Canada, sa propre fédération. Au-dessus de la mêlée a appris que la future étoile canadienne en ski de fond Alex Harvey a été mis de côté de l’équipe Nationale en 2005-06 et pourrait l’être de nouveau cette année. L’une de ces raisons : il pratique aussi le vélo de montagne à un haut niveau compétitif. On lui demande d’abandonner, son refus lui a fait perdre ses brevets d’athlètes, un manque à gagner de 20 800 $ par année. Marc Durand a rencontré une famille outrée et un président sur la défensive.

Mario Langlois, animateur : Vous connaissez tous Pierre Harvey, un de nos plus grands athlètes de l’histoire du ski de fond canadien, qui a évolué également en vélo. Son fils est sur ses traces, il a du père dans le nez et il est peut-être encore meilleur que le père. Quadruple médaillé d’or aux derniers championnats canadiens de ski de fond, son principal adversaire, nous raconte Marc, c’est sa propre fédération canadienne de ski.

Léopold Nadeau, président de Ski de fond Canada : Il n’y a aucun doute que dans toute cette histoire-là Ski de fond Canada va définitivement sortir perdant et hypothéquée si on n’arrive pas à une entente qui est acceptable de part et d’autre.

Marc Durand (journaliste, narrateur en vice over sur la présentation d’images d’Alex) En mars dernier, Alex Harvey s’est imposé aux Championnats canadiens de ski de fond. Quatre victoires dont une contre les seniors, même des olympiens de Turin y étaient.

Pierre Harvey, quadruple olympien : Je l’ai vu cet hiver, quand il a battu tous les seniors au Canada en ski de fond, je me suis dit : Ouais… il est pas mal bon, franchement !

Marc Durand (en voice over) : Un papa fier, Pierre Harvey, le plus grand fondeur canadien. Pierre Harvey, trois fois vainqueur en Coupe du monde, quatre fois olympien, il a donné à ses sports préférés trois enfants. Et son plus vieux aurait déjà dépassé le maître.

Alex Harvey, champion canadien 2006 de ski de fond : J’ai jamais senti de pression de performer à cause de mon nom. C’est sûr que les gens savent qui je suis.

Pierre Harvey : Son talent est plus grand que je pensais. D’après moi si il passait des tests en laboratoire, il est pas mal supérieur à moi.

Marc Durand (en voice over) : À 12 ans, on s’en doutait déjà.

Alex Harvey, : Quelqu’un qui aime ce qu’il fait, c’est plus facile d’avoir de bons résultats et de performer à un haut niveau comme ça.

Marc Durand (en voice over) : Alex a maintenant 17 ans et comme son père il excelle autant sur ses skis que sur deux roues. 16 et 17e des championnats du monde junior de ski de fond en Slovénie, 34e des Championnats du monde junior de vélo de montagne en Italie, dans les deux cas il était parmi les plus jeunes.

Mireille Belzile, mère d’Alex, spécialiste en médecine sportive : C’est certain que je suis fière de voir qu’il puisse atteindre ce niveau-là assez rapidement. Il a quand même gagné pour la première fois les championnats canadiens dans les deux disciplines quand il avait, 16 ans, si je ne me trompe pas.

Alex Harvey : Je mets plus d’emphase sur le ski parce que les résultats sont un peu meilleurs en ski sauf que j’aime les deux autant c’est sûr. D’après moi j m’enligne peut être un peu plus vers le ski que le vélo.

Marc Durand (en voice over) : Au printemps 2005 Ski de fond Canada lui a demandé de s’enligner tout de suite.

Alex Harvey : L’été ce que j’aime c’est faire du vélo, pas faire du ski. Moi je n’étais pas prêt à faire ça. À cause de ça j’ai dû refuser l’équipe nationale.

Marc Durand (en voice over) : Parce qu’il n’a pas accordé sa pleine et entière intégration au programme de Ski de fond Canada, il a été privé du brevet de Sport Canada et par le fait même du programme d’aide d’Équipe Québec, une somme évaluée à 20 800$.

Pierre Harvey : Moi j’étais très choqué de ça. De voir que c’est l’un des meilleurs skieurs au Canada et ne peut pas te supporter parce que tu fais du vélo.

Marc Durand (en voice over) : Le vélo et l’exil !

Mireille Belzile : Malgré certaines négociations qu’on a pu faire en début d’année, ils voulaient absolument qu’Alex déménage dans l’ouest pour l’été. Malgré son jeune âge ils voulaient qu’il aille passer l’été à Canmore pour s’entraîner là-bas.

Pierre Harvey : C’est une exigence qui n’est pas raisonnable. Ce n’est pas normal d’encourager les jeunes à quitter l’école si jeunes pour faire du sport. C’a aurait été un scandale.

Léopold Nadeau : Je dirais que ce n’est pas entièrement vrai. Il faut reconnaître l’expertise des entraîneurs-chefs.

Marc Durand (en voice over) : C’est ici que le président de Ski de fond Canada a tenu à rectifier les faits et les ajustements prévus pour la saison 2006-2007.

C’est absolument vrai qu’on lui demandait d’aller à Canmore pour les camps d’entraînement d’été. C’est une exigence qui va demeurer dans le programme.

Mireille Belzile : La question du vélo de montagne de montagne est réglée en théorie mais, sur papier, elle n’est pas encore réglée.

Marc Durand (en voice over) : Oui pour le vélo mais un gros MAIS discrétionnaire.

Léopold Nadeau : On n’est pas prêt à accepter que l’entraînement ou la compétition en vélo de montagne hypothèque la préparation pour le ski de fond de fa¸on significative.

Marc Durand (en voice over) : Encore une fois briser les conditions pour l’obtention d’un poste sur l’équipe nationale. Est-ce que vous souhaitez qu’il soit aux Championnats du monde de v.lo de montagne en Nouvelle Zélande au mois d’août.

Léopold Nadeau : Si de l’avis de l’entraîneur-chef ça hypothèque de façon importante les succès potentiels qu’il peut avoir en ski de fond à l’hiver prochain, on ne supportera pas cette idée-là.

Marc Durand (en voice over) : Une condition qui fait suer le père qui a justement réussi à participer à des Jeux olympiques d’hiver et d’été la même année.

Pierre Harvey : Je pense qu’ils vont être obligés de s’ajuster. Ils pensent qu’un athlète est à genoux devant la fédération nationale mais je pense qu’ils vont être obligés de s’adapter. Ce qui compte c’est celui qui produit le meilleur résultat. Si le meilleur résultat, il le produit en faisant deux sports, bien il faut l’accepter.

Léopold Nadeau : Je sais que les Harvey ont bien peut de l’utilisation du mot système. On essaie de développer un système canadien pour le sport. Mais un système ça implique le contraire du chaos.

Pierre Harvey : Quand tu veux avoir le meilleur au monde, c’est pas un mouton qui suit le peloton. C’est quelqu’un qui a une tête forte, qui a des qualités différentes des autres.

Alex Harvey : Je suis sûr et certain que ça a été le meilleur choix.

Marc Durand (en voice over) : Ouais et dans ces conditions, Alex Harvey semble avoir tout ce qu’il faut pour réussir.

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Mario Langlois : Papa doit être fier, ça c’est certain et fâché, on le comprend. On va essayer de démêler tout ça, qui a tort qui a raison, il doit y avoir un juste milieu. Avec nous un spécialiste en sports amateurs, Daniel Aucoin et également, il est directeur général de la Fédération québécoise des sports cyclistes, Louis Barbeau. Messieurs venez faire la lumière sur cette autre litige, disons-le, entre un athlète québécois et une fédération canadienne.

Messieurs est-ce que la Fédération canadienne de ski manque de jugement ?

Daniel Aucoin, journaliste pigiste en sports olympiques : Oui, mais elle doit diriger une grosse machine. C’est pas la première fois qu’On voit ces grosses machines-là, quand il y a un athlète d’exception qui arrive, oups la machine… ça dérange ! La machine doit rouler d’une certaine façon et quand un athlète d’exception arrive il y a un engrenage qui accroche.

Mario Langlois : Manque de jugement Louis ?

Louis Barbeau. : Oui c’est un gros manque de jugement. C’est malheureux car Alex c’est un athlète exceptionnel. Sports Canada devrait se poser la question : qui est le dernier ahtlète masculin qu’ils ont produit de ce niveau là. S’ils faisaient la réflexion, ils s’apercevraient que c’est son père. Et ça plus de 25 ans de ça. Alex a 17 ans. Des athlètes qui pratiquent dans deux sports ce n’est pas inhabituel. Qui performent à ce niveau là, ça c’est exceptionnel. Mais il y a d’autres athlètes qui ont réussi. Notamment Pierre. Il y a Clara Hughes. Il y a d’autres athlètes qui ont réussi à mener deux carrières en parallèle. D’abord ce sont des sports qui sont complémentaires, qui sont saisonniers. Ils ne disent pas qu’ils ne veulent pas qu’il fasse du vélo de montagne, ce qui les agacent c’est qu’il aille aux championnats du monde. Est-ce qu’ils ont peur qu’éventuellement il choisisse de faire plutôt du vélo de montagne ?

Mario Langlois : Ils ont peur de l’échapper ? C’est clair que le jeune homme est passionné par le ski. Si c’est ça leur crainte, je trouve ça complètement ridicule.

Daniel Aucoin : Quand une Fédération nationale de sport donne un brevet à un athlète c’est qu’on investit dans cet athlète. Si la Fédération nationale juge qu’elle investit dans Alex Harvey et si Alex Harvey a un hobby, que ce soit de jouer de la flûte à bec ou faire ballet, peu importe, si la Fédération nationale juge que le hobby du jeune peut nuire à sa carrière de ski de fond, bien là c’est normal que Ski de fond Canada dise : on investit dans ton talent.

Mario Langlois : Je comprends la démonstration que tu fais Daniel mais il a un talent naturel. Ce que je saisis du reportage, c’est que lui, fédération ou non, il va tous les clencher pareil !

Daniel Aucoin : C’est déjà fait !

Louis Barbeau : Si le vélo de montagne nuisait à son ski de fond ou à l’inverse que son ski de fond nuisait à son vélo de montagne, il n’aurait pas les résultats qu’ilk a obtenus ces dernières années. Aux championnats canadiens, on l’a mentionné, il a remporté quatre médailles d’or dont un contre des athlètes seniors. Il a battu tout le monde et il lui reste encore deux ans et il lui reste deux ans junior. Aux championnats du monde en vélo de montagne il a été le seul Canadien de première année à participer. Donc c’est un athlète exceptionnel. Et j’aimerais bien voir quelqu’un faire la démonstration du contraire : il y a eu une complémentarité. Et puis faire du ski à roulettes pendant six mois… à un moment donné quand tu embarques sur tes skis il faut que tu aies envie de manger la piste, il faut que tu aies envie de performer.

Daniel Aucoin : Est-ce que c’est bon ou moins bon… Au Canada on semble de plus en plus spécialiser nos athlètes. On exige un entraînement 50 semaines sur 52, dans beaucoup de sports et chez des athlètes très jeunes d’ailleurs. Est-ce que c’est trop ? Moi je suis un spécialiste d’aviron… En aviron on peut ramer à longueur d’année à Victoria dans l’ouest parce que le lac Elk ne gèle pas. Alors on demande aux rameurs de passer 50 semaines sur 52 là-bas parce qu’on veut avoir de vrais vrais vrais spécialistes.

Mario Langlois : Tu parlais de Clara Hughes tout à l’heure Louis. Est-ce que c’est un cas qui peut servir d’exemple ?

Louis Barbeau : Bien oui, absolument. Clara, elle a performé aux Jeux olympiques et quelques mois après, aux Jeux panaméricains, en cyclism,e elle a également connu du succès. Elle a mené les deux carrières de front pendant un certain temps. Pierre a fait exactement la même chose avec les Jeux de Los Angeles et de Sarajevo.

Mario Langlois : Est-ce que Clara a eu des problèmes avec une de ses fédérations ?

Daniel Aucoin : Non. J’ai échangé avec Clara justement hier. Clara me disait : en 2001, 2002 et 2003 j’étais officiellement membre des deux équipes nationales, l’équipe nationale de vélo l’été et l’équipe nationale de patinage de vitesse l’hiver. Je n’ai jamais eu de problèmes mais j’étais déjà une médaillée olympique, ça peut aider un peu.

Louis Barbeau : On peut être plus accommodant avec un athlète établi qu’avec un jeune sur lequel on peut exercer des pressions. Ils ne devraient pas faire ça.. Alex fera éventuellement un choix. Mais il a 17 ans. Qu’on le laisse faire du sport. Il connaît du succès dans les deux et tant mieux !

Mario Langlois : Quand on regarde ça avec un peu de recul, ce n’est pas la première fois qu’un athlète a des problèmes avec sa fédération. Je me souviens de Myriam Bédard, de Mélanie Turgeon, de Caroline Brunet et dans tous les cas ce sont des athlètes qui étaient plutôt dominants. Est-ce que ce n’est pas une guerre de pouvoir pour dire à l’athlète : Regarde c’est nous autres les boss, toi il faut que tu skies, que tu pédales et nous on dirige le reste.

Louis Barbeau : C’est certain que du côté de l’Association nationale on veut établir les paramètres, parce qu’il y a d’autres athlètes. Si on crée des précédents… mais ça on peut le justifier. Le fait qu’Alex ne participe pas à des camps d’entraînement l’été en ski de fond et qu’il fasse du vélo de montagne… dans la mesure où une communication s’établit, que l’entraîneur national sache qu’est-ce qui se fait… Michel LeBlanc, l’entraîneur national en vélo de montagne n’a aucun problème avec le fait qu’Alex fasse du ski de fond. Il sait qu’éventuellement Alex va peut-être se diriger vers ce sport-là pourtant on sait qu’il pourrait connaître du succès en vélo de montagne s’il ‘y consacrait uniquement. Mais il n’y a pas de contre indication, jusqu’à preuve du contraire, pour moi, qu’il puisse continuer à faire les deux sports pendant un certain temps.

Mario Langlois : Donc s’ils ne sont pas capables de régler ça sans que ça défraie la manchette, c’est qu’il y a un manque d’ouverture en quelque part ?

Daniel Aucoin : Je continue de revoir qu’il est quand même normal pour une fédération nationale quand on investit dans un athlète on s’attend à ce que cet athlète se donne à plein à son sport, jusqu’à une certaine limite…

Mario Langlois : Est-ce qu’il y a quelqu’un à la fédération qui peut prétendre que ce jeune homme-là ne se donne pas complètement à son sport ?

Daniel Aucoin : On a un athlète d’exception et dans ce cas-là il faut l’accommoder.

Louis Barbeau : Ils n’ont pas investi. Ils l’ont privé d’un revenu potentiel via Sports Canada. Ce n’est pas Ski de fond Canada qui verse le brevet.

Daniel Aucoin : Mais le nombre de cartes est limité…

Louis Barbeau : Mais il est quand même dominant, il est au dessus des autres…

Daniel Aucoin : Au dessus des seniors…

Mario Langlois : On doit s’arrêter là-dessus.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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