
Parcours d'une battante
Myriam Bédard ne voyait pas l'utilité d'apprendre le maniement des armes lorsqu'elle est devenue cadette de l'armée à l'âge de 13 ans, cédant aux instances de ses amies. Elle n'avait jamais fait de ski de fond quand on l'a implorée de participer à une compétition de biathlon désertée par les concurrentes, deux ans plus tard. Elle a loué une paire de skis et gagné la course. Ce fut le début d'une glorieuse carrière pour l'une des plus grandes olympiennes canadiennes. Parcours d'une battante.
« Vous direz aux enfants que je ne suis pas une Amazone. Dites-leur que je ne fais que cinq pieds, trois pouces et 105 livres et que c'est tout ce qu'il faut pour être une championne olympique », a déclaré Bédard à quelques mois de ses troisièmes Jeux olympiques, ceux de Nagano, qui allaient s'avérer catastrophiques.
Ancienne patineuse artistique, Bédard a connu une ascension fulgurante dans le biathlon, un sport d'hiver aussi obscur que peu pratiqué au Canada à la fin des années 80. Le biathlon était largement dominé par les Scandinaves, les Russes et les Allemands.
L'athlète de Neufchâtel, en banlieue de Québec, remporte son premier titre canadien junior en 1987. Plusieurs autres suivent.
En février 1990, elle procure au Canada son premier podium en Coupe du monde en finissant deuxième de l'épreuve de Walchsee, en Autriche. Sa première victoire survient un an plus tard à Ruhpolding, en Allemagne.
Elle pointe au deuxième rang du classement de la Coupe du monde quand Biathlon Canada lui intime de revenir d'Europe pour participer aux championnats nationaux.
Ce premier d'une série d'imbroglios avec la fédération nationale se conclut à la faveur de l'athlète, qui maintient son rang et devient vice-championne du monde. « Je me suis demandé s'ils étaient devenus fous », confie-t-elle alors à La Presse au sujet de ses démêlés avec Biathlon Canada.
Bédard figure donc parmi les favorites quand le biathlon féminin fait son entrée aux Jeux olympiques d'Albertville de 1992. Insatisfaite du technicien canadien inexpérimenté, elle confie secrètement ses skis à un technicien européen. Au terme d'un dernier demi-kilomètre exténuant, elle glane le bronze de l'épreuve de 15 kilomètres.
À la même époque, elle s'associée avec l'entraîneur allemand Steffen Thierfelder, qui dirige l'équipe italienne. Ce dernier a été athlète et entraîneur à l'époque de la machine à médailles fumeuse de l'Allemagne de l'Est. Bédard rencontre Thierfelder en de rares occasions et reçoit ses entraînements par télécopieur. Elle garde cette relation secrète jusqu'en 1994, alors qu'une commandite de Vidéotron lui permet d'embaucher Thierfelder à temps complet.
En 1993, Bédard remporte le championnat du monde sur 7,5 km et obtient l'argent sur 15 km. À la veille de la saison suivante, Biathlon Canada suspend sa vedette parce qu'elle refuse de signer un contrat de partage de ses revenus publicitaires.
Le chambardement du calendrier olympique lui permet de participer à ses deuxièmes Jeux olympiques en deux ans. Ses résultats en Coupe du monde 17e, 21e et 32e avant les Jeux de Lillehammer en laissent plusieurs sceptiques. C'est la méthode Bédard : axer sa préparation sur un grand événement, les Jeux olympiques.
Les résultats à Lillehammer parlent d'eux-mêmes : or sur 7,5 km et or sur 15 km. La femme au regard bleu acier devient la reine des Jeux. « C'est vrai que j'ai pris des risques, mais j'ai gagné ! » souligne la première Canadienne double médaillée d'or à des Jeux olympiques.
Sa deuxième victoire sur 7,5 km, devant 30 000 spectateurs en délire dans le stade de ski Birkeleineren, est particulièrement spectaculaire. Non seulement l'a-t-elle emporté par l'infime marge de 1,1 seconde, mais elle l'a fait avec deux skis différents ! Par erreur, elle avait saisi un ski farté pour une température plus élevée. « Si je n'avais pas gagné, j'y aurais pensé pendant le reste de mes jours. »
Ses deux victoires lui valent le titre d'athlète de l'année au Canada.
Le 22 décembre 1994, jour de son 25e anniversaire de naissance, elle accouche de sa fille, Maude. Mais Bédard a encore le sport dans le sang et la tête et vise les Jeux de Nagano en 1998.
Elle revient à la compétition en mars 1995, sans grand succès. Rien ne va plus au début de la saison suivante, Bédard enregistrant les pires résultats de sa carrière en Coupe du monde.
Elle renaît en mars 1996 quand elle obtient le deuxième rang à la Coupe du monde de Hochfilzen, en Autriche. « Ce fut une saison tourmentée. C'est bon de savoir que je suis encore dans le coup », déclare l'athlète alors âgée de 26 ans.
La saison 1996-1997 démarre lentement. En décembre, elle annonce sa séparation avec l'entraîneur Thierfelder. Affectée par des problèmes à la glande thyroïde, elle s'accorde trois mois de congé au printemps.
La saison suivante, elle finit 15e de la Coupe du monde d'Ostersund, en Suède, son meilleur résultat en trois ans.
Malgré ses problèmes à la thyroïde, Bédard se classe pour les Jeux de Nagano de 1998. Tourmentée et épuisée, elle finit 32e et 50e. Plusieurs observateurs croient alors qu'elle aurait dû accrocher ses skis après Lillehammer.
L'été suivant, elle annonce qu'elle abandonne le biathlon pour se consacrer au patinage de vitesse longue piste. Ce flirt avec ce nouveau sport n'est pas concluant.
En mars 1999, devant parents et amis, Myriam Bédard dispute sa dernière course de biathlon à la Coupe du monde de Valcartier. L'épreuve se déroule dans le centre national d'entraînement qui porte son nom.
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