16 novembre 2006


Dahsa Gaïazova
photo : Rémi Lemée

Dasha Gaïazova, prête à chausser de grandes bottines

Dasha Gaïazova conduisait vers le gymnase quand elle a interrompu l'interview pour répondre à un autre appel.

- C'était ma coéquipière Chandra, s'excuse la fondeuse en revenant à son interlocuteur. Son char est un vieux Dodge qui ne marche presque pas en hiver. Je dois donc aller la chercher.

Chandra, c'est Chandra Crawford, la médaillée d'or surprise du Canada aux derniers Jeux olympiques de Turin. Dasha la côtoie quotidiennement depuis qu'elle s'est établie à Canmore, en Alberta, il y a trois ans.

Avec la retraite de Beckie Scott et l'année sabbatique de Sara Renner, qui attend un premier enfant, Gaïazova, 22 ans, et la sprinteuse Crawford, 23 ans dimanche, seront les fers de lance de l'équipe canadienne de ski de fond en cette saison post-olympique.

Au moment de l'entrevue, il y a quatre semaines, Gaïazova se préparait à mettre le cap vers l'Europe. La Montréalaise a choisi de s'exprimer en français, « un bon défi » aux dires de celle qui a immigré avec sa famille au Québec en 1999. Elle se donne donc le droit de passer à l'anglais si le besoin s'en fait sentir. Ça n'arrivera qu'une fois en 30 minutes. Dasha n'était pas certaine que l'expression « big show to fill » pouvait être utilisée dans la langue de Molière.

Motivation
De grandes bottines à chausser, donc. Voilà un peu comment se sent Gaïazova à l'aube de sa première saison complète sur le circuit de la Coupe du monde. Elle fera son entrée samedi dans le cadre d'un 10 kilomètres style libre présenté à Gaellivare, en Suède.

N'allez cependant pas croire que la pression l'étouffe, loin de là. « C'est plus excitant et motivant que stressant, affirme Gaïazova. Les filles comme Beckie et Sara ont montré que c'était possible. On doit croire qu'on peut faire aussi bien que n'importe qui dans le monde. On va offrir une bonne opposition aux Européennes. »

Écartée de justesse de l'équipe olympique pour les Jeux de Turin, Gaïazova n'avait plus grand-chose à prouver dans les niveaux inférieurs. Elle a tout raflé dans les différentes catégories d'âge sur la scène canadienne, dont quatre titres seniors, en mars, à Thunder Bay, en l'absence de Scott et Renner.

Un mois plus tôt, Dasha a réussi les meilleures performances de sa vie aux Championnats du monde des moins de 23 ans, en Slovénie. Elle s'est classée cinquième et sixième dans les épreuves de fond, deux courses remportées par une éventuelle médaillée olympique. La polyvalente québécoise a aussi fini cinquième du sprint, devançant entre autres sa coéquipière Crawford, la future championne olympique.

Prudence, prudence
Lucide, Gaïazova entretient des objectifs réalistes en cette première saison complète en Coupe du monde. « Pour commencer, je me veux concentrer à finir dans le top 30. Si je vois que c'est facile, ça peut toujours changer », évalue-t-elle.

Luc Germain, principal coach de Gaïazova jusqu'à tout récemment, prône la prudence. « Trentième, ça peut paraître loin aux yeux de bien des gens, mais il faut attendre 24 ou 25 ans avant de voir des athlètes commencer à se développer au niveau international, prévient-t-il. Beckie et Sara sont de bons exemples. Dasha n'a que 22 ans. Il faut lui laisser le temps. »

Entraîneur-chef de l'équipe du Québec, Germain croit néanmoins que 2006-2007 sera la saison de « l'envol » pour sa protégée. « Elle sera constante, en particulier après les Fêtes. Dans une bonne journée, elle pourra faire un top 20. »

Selon Germain, Gaïazova possède tous les outils pour réussir : un excellent « moteur », un amour sans bornes pour son sport, une grande capacité d'adaptation et... une tête dure.

« Comme la plupart des athlètes de haut niveau, son caractère n'est pas toujours facile, rigole l'entraîneur. On a eu plusieurs discussions, disons, orageuses. Ça prend de méchants bons arguments pour la faire changer d'avis. Mais ça se termine toujours de façon positive. »

photo : Guy Maguire, info@veloptimum.net
Dasha en entrevue avec Simon Drouin le 11 octobre 2006.
photo : Guy Maguire

En hélico
Un peu surprise de la relative obscurité dans laquelle se trouvait son sport à son arrivée au Canada, Gaïazova constate des progrès. «Plus de gens pensent au ski de fond comme un sport sérieux. Il y a plus de jeunes athlètes qui voient la possibilité d'y faire carrière. »

À Canmore, Dasha bénéficie de conditions d'entraînement optimales. Par exemple, au lendemain de l'interview, elle partait en hélicoptère pour aller s'entraîner au sommet d'un glacier, à 3000 mètres d'altitude.

« Il y a une petite boucle de six-sept kilomètres. Pour s'y rendre, on compte 30 minutes en hélicoptère. Tu y vas le matin et tu reviens dîner à la maison. Peu d'équipes dans le monde ont cette possibilité. On est vraiment chanceux ! »

Cela dit, rien n'est encore parfait au pays de la feuille d'érable, où une jeune championne olympique doit parfois quêter un lift faute de commanditaire de voiture.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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