Thomas Grandi revenait d'un entraînement quand il a décroché le téléphone dans sa chambre d'hôtel d'Alta Badia, en Italie, hier après-midi. De 20 à 30 centimètres de neige sont tombés quatre jours plus tôt, mais l'essentiel de la couverture était composé de neige artificielle.

Ce n'était jamais le cas auparavant. Et cela préoccupe au plus haut point le skieur albertain, inquiet pour l'avenir de son sport.
« Il y a de la neige au Québec ? Des stations sont ouvertes ? » demande Grandi, un quadruple olympien. Quand on lui rapporte le constat alarmant de deux études récentes sur l'avenir des stations de ski, dont les conclusions ont paru dans La Presse d'hier, le skieur de 33 ans ne s'étonne pas : « Deux de plus... »
Pour Grandi, le débat est clos. Le réchauffement climatique est bel et bien réel. Les scientifiques sont catégoriques et lui-même a constaté de visu la fonte des glaciers.
« Je skie depuis longtemps, mais pas tant que ça. En 10 ans, j'ai noté des changements, l'augmentation de la température étant le plus important. En hiver, il pleut souvent dans l'ouest canadien, même à Banff, où je demeurais et où il ne pleuvait jamais durant l'hiver », s'inquiète-t-il.
L'heure est donc à l'action et aux solutions, insiste l'auteur de cinq podiums en Coupe du monde la saison dernière.
La semaine dernière, à Calgary, Grandi et sa femme Sara Renner, une ancienne championne du monde de ski de fond, ont lancé une initiative visant à réduire l'impact des émissions de gaz à effet de serre inhérentes à leurs nombreux voyages.
Grandi et Renner agissent d'abord dans leur vieille résidence de Canmore. Ils y ont installé une fournaise plus efficace, refait l'isolement, réduit le chauffage, stoppé l'utilisation de la sécheuse, etc. Ils consomment des produits locaux et se déplacent le plus souvent possible à pied ou à vélo.
Le premier bébé du couple, prévu pour le mois de février, portera des couches en coton et revêtira des vêtements usagés.
Bien beau tout cela, mais quoi faire des émissions polluantes relatives aux voyages ? se sont demandés Renner et Grandi. La solution est venue de la Fondation David Suzuki, à qui Grandi remettra la moitié de ses bourses de courses au cours de la prochaine saison.
Pourquoi ne pas devenir « neutre en carbone » ? se sont-ils fait proposer. Pour chaque tonne de carbone émise en excédent dans l'atmosphère, 25 dollars sont investis dans un projet vert par l'entremise d'un organisme sans but lucratif. Il s'agit d'une façon de plus en plus populaire, auprès des écologistes notamment, de compenser les émissions de gaz carbonique.
En général, un skieur de l'équipe canadienne effectue en avion un aller-retour en Amérique du Sud pour l'entraînement estival et trois allers-retours entre l'Amérique et l'Europe pour les compétitions. Il franchit aussi 3500 kilomètres en minibus et passe 159 nuits à l'hôtel.
Ces déplacements et la consommation d'énergie à l'hôtel équivalent à 21 tonnes d'émission de gaz à effet de serre, ont calculé les gens de la fondation. « C'est beaucoup, mais je n'ai pas le choix pour exercer mon métier », souligne Grandi, qui a donc acheté 535 $ en crédits carbone pour être neutre.
Renner et Grandi invitent leurs coéquipiers à les imiter. « Plusieurs athlètes, en particulier ceux des sports d'hiver, sont préoccupés par l'environnement et le réchauffement climatique, mais ne savent pas quoi faire, note Grandi. On essaie de leur dire : eh, voici ce que vous pouvez faire afin de montrer aux Canadiens et au reste du monde qu'on y pense. Même si on n'est pas des citoyens globaux parfaits, on veut faire quelque chose. »
Jusqu'ici, 21 skieurs et fondeurs se sont engagés, s'enthousiasme Grandi, qui fait marcher ses contacts albertains. Ainsi, la double médaillée olympique Kristina Groves tentera d'inciter ses collègues de patinage de vitesse longue piste. Idem pour Andrew Ference, défenseur des Flames de Calgary et bon ami de Grandi.
« Andrew a envoyé son calendrier de déplacements à la fondation, indique Grandi. Comme ça, il pourra savoir combien il pollue. Il m'a dit qu'il en parlerait à Jarome Iginla. Si Jarome embarquait, ça aurait un gros impact. »
David Suzuki, lui, tend la perche à Wayne Gretzky.
« Je tente depuis des années de le convaincre d'aller sur la place publique pour dire qu'il a grandi à Brantford, en Ontario, et qu'il a commencé à jouer au hockey sur la patinoire que son père aménageait dans la cour arrière. C'est là qu'il a donné ses premiers coups de patin, a rappelé l'environnementaliste en appel-conférence, la semaine dernière. Mais aujourd'hui, à Brantford, on ne peut plus faire de patinoires extérieures parce que les hivers sont trop chauds. »
Si Grandi souhaite que son initiative fasse des petits, il n'est pas là pour mettre le couteau sous la gorge de quiconque. « Je comprends que 535 $ est un montant substantiel pour un athlète amateur et ce n'est pas tout le monde qui peut se le permettre ou qui croit à cette philosophie. Ça devra être le choix de chacun. »
Pour le reste, Grandi anticipe une saison remplie de succès, ce qui lui permettrait d'aider davantage la Fondation David Suzuki, à qui il aurait pu remettre de 15 à 20 000 dollars selon ses bourses de l'an dernier. « En tant qu'athlète vieillissant, j'ai besoin d'une motivation différente. D'avoir un objectif global, ça fait partie de ma motivation. »
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