3 juillet 2004


Louis Grenier, président et directeur général de Kanuk.
photo : Gilles Renaud

« Je n'ai pas de bureau, ni de calculatrice,
mais j'ai une machine à coudre ! »

En 30 ans, le nom Kanuk a réussi à devenir un véritable synonyme de manteaux chauds et durables. Mais l'unique propriétaire de l'entreprise du Plateau Mont-Royal, Louis Grenier, n'est pas entré dans le moule de l'homme d'affaires typique pour autant. La preuve il n'a même pas de bureau!

Marie-Ève Fournier

« Non, je n'ai pas de bureau. Ni de calculatrice. Mais j'ai une machine à coudre ! », lance l'entrepreneur de 51 ans, qui coud depuis sa tendre enfance. Encore aujourd'hui, il fabrique lui-même ses manteaux dans l'atelier de la rue Rachel. Chez les Grenier, la passion pour la couture se transmet de génération en génération.

Même si Kanuk confectionne essentiellement des manteaux d'hiver (95 % de sa production), il ne faut pas croire que les machines à coudre du fabricant fonctionnent au ralenti en ce début d'été.

Bien au contraire! Pour répondre aux commandes qui arrivent dès la fin d'août, l'atelier tourne actuellement à plein régime.

Souhaitiez-vous, à vos débuts, devenir une référence dans le marché des manteaux chauds ?
Je n'ai jamais rêvé de cela. Je faisais du camping d'hiver et je voulais des vêtements adaptés à notre climat.

Et je voulais aussi que mes amis aient chaud, alors je leur fabriquais des manteaux.

Au début, j'achetais du tissu pour trois manteaux et je les vendais. Après, ce fut pour cinq manteaux, et ainsi de suite. J'ai fondé Kanuk en 1974 avec du financement bancaire.

Les manteaux Kanuk de cette époque et ceux qui sont fabriqués de nos jours sont-ils semblables ?
La façon de coudre - comme s'il s'agissait d'un sac de couchage -, les fermetures éclair et les poignets n'ont pas changé. Par contre, la qualité des matériaux et l'isolation ont été améliorées parce que nos tissus coupent, depuis 1989, l'effet éolien.

Les couleurs ont aussi énormément changé. Au début, les manteaux étaient bleus et aujourd'hui, nous avons environ 35 couleurs.

Pourquoi résistez-vous à la croissance ?
On m'offre toujours des possibilités d'expansion et on me demande d'exporter aux Etats-Unis, dans les pays scandinaves et en France. Je ne suis pas intéressé car ça deviendrait des affaires et je veux demeurer un artisan.

C'est en dehors de tout ce qu'on prône économiquement, comme la mondialisation par exemple, mais c'est ça que je veux faire. Je souhaite vendre des manteaux au Québec, adaptés au climat du Québec, fabriqués par des Québécois. En fait, si je pouvais diminuer ma production d'environ 10 %, ce serait parfait. Nous travaillerions un peu moins !

Vos affaires sont-elles affectées par les cycles économiques ?
J'ai l'impression que quand l'économie va bien, les gens achètent n'importe quoi. Mais quand ça va mal, ils deviennent prudents et veulent des articles garantis qui vont durer 15 ans. C'est pourquoi ils viennent nous voir.

Par contre, nous avons souffert pendant la crise du verglas. Les affaires sont tombées à zéro, et ç'a pris trois ou quatre mois avant que ça reprenne. Je ne sais pas trop pourquoi.

Quel est votre plus grand défi actuellement ?
Améliorer mon produit. Mais c'est difficile car nous sommes tributaires des matériaux qui existent. Ce n'est pas évident pour une petite entreprise comme la nôtre d'imposer des normes aux fabricants de matières premières.

Les vedettes qu'on voit dans votre catalogue sont-elles rétribuées ?
Pas du tout. Elles participent au projet par générosité et par amitié. À l'origine, c'était une idée de mon ami Jean-Claude Lauzon. Il s'était proposé pour faire partie du catalogue et m'a suggéré de prendre d'autres gens connus.

Pourquoi ne faites-vous pas de très gras rabais sur vos manteaux ?
Parce que tout est cousu ici et que nos coûts de production sont élevés. Nos marges de profit sont minces.

Pour qu'il en soit autrement, il faudrait faire faire les manteaux en Asie, et je ne suis pas du tout intéressé.

Qu'est-ce qui vous empêche de sous-traiter une partie de la production en Chine ?
Quand j'y pense, le coeur me lève. J'ai le goût de vomir. La qualité n'est pas en Asie.

Si je sous-traitais là-bas, je ne pourrais plus contrôler tous les détails et je ne vois pas quel plaisir j'aurais à vendre des manteaux que je n'ai pas vu être fabriqués.

De plus, il faudrait que j'aie quatre téléphones et je n'aurais plus besoin de mes machines à coudre !

Coup d'oeil
Propriétaire : Louis Grenier
Activité principale : fabrication et vente de manteaux isolants
Activité secondaire : manufacturier de maillots de bain, sacs de couchage, foulards, sacs à dos et pantalons
Points de vente : un entrepôt dans l'atelier de fabrication et 75 boutiques au Québec
Employés : 120
Production : 35 000 vêtements/an
Temps de tissage du logo : 15 minutes
Site Internet : www.kanuk.com

Son cheminement
1958 : Il apprend à coudre avec son père qui collectionnait les machines à coudre.
1969 : Il se fabrique un sac de couchage et un manteau pour faire du camping d'hiver.
1974 : Il crée officiellement Kanuk.
1980 : Avec ses huit employés, Kanuk quitte le garage qu'elle occupait dans le quartier Rosemont pour s'installer sur la rue Laurier.
1989 : Déménagement sur la rue Rachel.
2004 : Création du premier manteau rose gomme.

Que signifie Kanuk ?
Nom qu'ont donné les Amérindiens aux premiers explorateurs français venus en Amérique.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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