Skinusite aigüe. Une journée parfaite pour avoir de la fuite dans les idées

« Petit matin de janvier, l’aurore se pointe. En regardant dehors, les premiers symptômes apparaissent. Des spasmes secouent les trapèzes, le thorax se gonfle, les pulsations s’emballent. En consultant l’application météo, le diagnostic tombe. Skinusite aigüe.

Une journée parfaite pour avoir de la fuite dans les idées. Mettre de côté tout ce qui presse au travail pour soigner ce furieux besoin de glisser sur la neige. Le facteur stress ne déposera rien dans ma boîte courriel ce matin.

Aller méditer, planches aux pieds, dans les collines buisonnières de la forêt laurentienne. Les urgences prioritaires attendront à demain. Bye boss, je m’éclipse.

Bonjour camarade Soleil. Tu permets qu’on se tutoie? Aujourd’hui, c’est une valse avec toi, un pas de deux sur le doux tapis moelleux. Je glisserai sans jamais me lasser sur les versants onduleux, baigné dans ta lumière d’hiver, à travers les grands sapins verts.

J’habite cette petite boule bleue qui gravite autour de toi. Dans la partie enrobée de blanc, à mi-chemin entre l’équateur et le Pôle Nord. Tu régules ma vie en quatre saisons parfaites qui me font savourer l’infinie variété des teintes qu’offre ton rayonnement.

Mon rythme circadien s’accorde au tien, même si tu ignores ce qu’est la nuit. Aujourd’hui, l’hiver flotte dans ton bonheur, et moi je patine d’un pas léger sur cette eau givrée. Donne-moi quelques instants pour gravir cette pente et reprendre mon souffle.

Pendant que tu fusionnes de l’hydrogène pour produire de l’hélium, je m’époumone et je surchauffe sur mes Atomic. Aérien et furtif, je vogue sur ce grand océan blanc où je ne ménage aucun effort pour basculer vers la prochaine descente.

Midi approche, l’heure où tu culmines, à 21º degrés d’élévation. C’est trop peu pour me réchauffer. Occasion rare, je porte du noir pour capter toute la chaleur que tu peux m’offrir, à cent quarante-sept millions de kilomètres. Chaque pore de ma peau ressent la pulsion vitale de tes infrarouges.

Tu perces une fissure à travers la pessière et voilà que tu me chuchotes de ralentir le pas, de t’offrir mon visage rougi par l’effort. Quelques instants de répit avant d’attaquer cette longue montée franc sud m’apportera une bonne dose de vitamine D+.

Les flocons empilés sur les branches de pin ont fait levé des gâteaux des anges. Perçant la canopée, ta lumière forme un macadam sur le tapis velouté. Je contemple le silence en haut des collines. Je sens ton envie de me conter fleurette sur ce joli pont qui enjambe un ruisseau dégorgeant.

Tu parles en hyperboles et m’enlignes sur la trajectoire du bonheur, dont les foyers se trouvent à distance constante entre l’effort et la contemplation. C’est ainsi que je poursuis mon chemin en flottant sur la courbe ondoyante du plus pur enchantement. Dans ce lieu sacré où se consument les heures bénies.

A mon tour de te causer de la nuit, ce corollaire de ta course journalière en notre bas monde. Pendant que tu veilles sur l’autre hémisphère, la nuit permet à la lune de nous renvoyer ta lumière, et nous enchante avec toutes ces étoiles, ces soleils, ces appels du cosmos.

Nous commençons à peine à capter et transformer ton énergie, ce que savent les plantes depuis les temps immémoriaux. A partir des huit minutes que tu mets à nous éclairer et nous réchauffer, nous avons créé une distance, l’année-lumière, pour spéculer sur les limites de l’infini.

Voilà que l’heure bleue répand ton aura sur ce qu’il reste de matière à réfléchir. C’est le moment de rentrer, béat et repu, pour savourer cette douce évasion furtive. Avant de te quitter, dis-moi Camarade, du haut de ta dimension stellaire, combien d’autres boules éclaires-tu comme la nôtre? Peux-tu me dire si on peut y skier? »

Luc Arseneault, facebbok, 3 février 2023


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