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Je me suis levée dimanche et j'ai vu ce ciel. Un fondeuse ne peut résister à ça. Il y a ce sentiment qu'on va le regretter si on ne se mobilise pas!
Je m'ennuyais de la forêt, je m'ennuie très souvent de la forêt.
Il est temps que j'y vive car je m'en ennuie trop. En ce dimanche, j'avais besoin d'être avec elle, mais une vraie forêt, celle qui t'entoure, celle qui est plus importante que toi, pas celle d'un parc de ville. Une vieille forêt aussi, êtes-vous sensibles aux vieux arbres? Moi oui. Leur hauteur, leur épaisseur, leur positionnement, l'histoire qu'ils abritent et surtout, la magie de capter les CO2 pour en faire de l'oxygène. C'est malade quand on y pense. Que son écorce soit fait de pollution! Quand je fais du ski de fond, ce sont les arbres qui me font déconnecter. Après une trentaine de minutes à penser encore à ma vie urbaine et professionnelle, soudainement je suis absorbée par la forêt et je deviens attentive à tous les petits détails de la forêt. Les traces, les arbres, les vents, l'odeur, les craquements, les oiseaux, l'eau qui coule.
J'ai beaucoup de travail ces temps-ci alors je n'ai le temps que pour le jogging sur les berges du fleuve comme j'habite à quelques mètres de lui. Mais la forêt me manquait trop.
Donc, j'ai pris mes skis pis mes bottes, et cap sur la Mauricie. La parc a de vieux arbres et je voulais essayer les pistes expertes qui étaient fermées la dernière fois que j'ai pu m'y rendre.
Je roule sur la 40, ensuite la 55 et la route du parc en écoutant Alicia Deschenes et Anachnid, mes 2 découvertes musique bleue 2020. J'ai ensuite la tradition de mettre de la musique classique lorsque la forêt arrive. C'est plus harmonieux et la ville me quitte mieux ainsi.
J'arrive à l'entrée Rivière-à-la-pêche et je maximise les pistes longeant les lacs et me fait une boucle de 25 km me sentant plus forte que l'univers, une énergie de guerrière, avec ce -3°C, le soleil et l'énergie d'une fondeuse qui voit la saison s'avancer déjà trop vite. Je suis certaine que je ne suis pas la seule à vouloir un hiver plus long. Je trouvais qu'il était peut-être un peu tard pour faire un 25 km, je suis partie à 14h, mais comme j'étais forte comme l'univers…
Me voilà partie: 6A, 6, 5, 3, 2, 3. Je passe le Lac Bouchard, le Lac du Pimbina, le Lac Benoît, le Lac Isaïe, le Lac Français et le Lac Bérubé. En passant le Lac Bouchard, je me dis qu'il ne doit pas être le seul et lorsque je passe le Lac Isaïe, je me dis, ah lui peut-être le seul!
Les pistes étaient assez glacées et j'en étais très heureuse dans la 6A, 6, 5 et la 3 puisque je ne me rappelais pas avoir pris tant de vitesse dans les descentes depuis longtemps. Et si peu de neige à chasser, donc une petite sensation de défi, j'avais même presqu'envie de pogner une débarque comme dans le temps où j'avais moins d'assurance.
Sur la 5, je rencontre d'ailleurs 3 montréalais qui skiaient dans les descentes avec leurs réflexes de ski alpin avec 3 belles débarques l'une après l'autre! J'ai pris une pause "manger de la neige" le temps qu'ils se ramassent. C'était tellement étroit, point de salut. Je me suis arrêtée pour leur dire sans gêne: oubliez votre ski alpin, dans une piste de même, c'est un ski dans une des deux tracks et un autre en chasse-neige.
Et là, je me rends compte que les montées ne sont pas simples parce qu'il y a si peu de neige. Assez lent. Donc à 15km de piste, je suis déjà un peu fatiguée. Je traverse le pont, je me prends en photo, justifiant une pause de la moins en moins guerrière
Et là, la 2 commence, j'avais un vague souvenir de la 2 qui avait des montées spectaculaires mais faisables néanmoins. Spectaculaire, tu dis... même pas de courbe, on y va directe dans la montagne, tu vois la montée en canard presqu'aussi bien qu'une piste de ski alpin, bien ouverte, en ligne droite dans la pente! Donc, des montées de 100m en ligne droite "avec pas de neige" pour faire du canard. Bon, peut-être que c'est juste elle...
Après 3km, j'arrive au refuge. Je me dis, coudonc, c'est dont ben énergivore ces montées sans neige... Et là je remarque mes amis les arbres qui s'en foutent pas mal. Et je remarque que je suis seule depuis longtemps et aucune motoneige ne semble avoir existée sur cette piste depuis belle lurette. Mais bon, que peut-il vraiment m'arriver? Et je remarque qu'il y a des traces de bottes de ski sur le sentier. Et je vois qu'à cette vitesse, je vais certainement pouvoir apprécier le coucher de soleil et faire du ski à la frontale? Et là mon iPhone meurt, bien évidemment, il meurt toujours au meilleur moment.
Je persiste avec un "ben coudonc" dans ma tête, mon niveau d'énergie baisse, je me répète, pas de soucis, au pire tu marches comme les autres qui semblent avoir fait la piste avant toi. Je persiste en me disant que c'est quand même cave de monter ça en ski, trop lent. Je me suis ralliée quand j'ai vu cette montée de 100 mètres devant moi, une autre belle ligne droite sans S pour réduire l'intensité des courbes. Fuck ça! J'enlève les skis pis je marche. Nettement plus rapide.
Et là, je me suis pris une pause "manger de la neige" avec vue. J'ai gardé cette habitude, j'aime trop ça, malgré les risques. Faut bien la choisir évidemment. Et là le soleil a commencé à faire des miracles de lumière sur la forêt. C'est rare que je skie si tard. Le ciel était rouge et mauve.
Et là ça a commencé à descendre à souhait, enfin les montées interminables étaient finies. J'ai descendu dans la lumière mauve jusqu'à enfin voir le chalet d'accueil.
Il ne restait que 4 voitures dans le stationnement. Il commençait à faire noir. J'étais épuisée. Je ne me sentais plus du tout forte comme l'univers mais ces couleurs me donnaient la sensation que l'univers m'avait traversé et c'était clairement pour ça que j'étais fatiguée…
Je sens mes muscles exister aujourd'hui.
Mais d'avoir été 4h dans la vieille forêt et d'avoir vu ce ciel de fin de journée. Ça en valait la peine.
Et j'ai pas mal au ventre d'avoir mangé tant de neige!
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Narcisse Goldmund, 8 mars
"Narcisse Goldmund" est un avatar. (Note du webmestre : Narcisse et Goldmund est le titre d’un roman de l’écrivain allemand Hermann Hesse, paru en 1930.)
Puisque je suis une mini personnalité publique, pour pouvoir parler plus librement et de choses pas liées à mon travail.
Narcisse & Goldmund est l’histoire d’une amitié entre un intellectuel rationnel et un artiste instinctif qui représente ce fragile équilibre intérieur de plusieurs d’entre nous. Ça me représente beaucoup. Le ski de fond contribue beaucoup à protéger cet équilibre!
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