Mon père m'a mise sur des skis à 4 ans, et 44 ans plus tard, je suis là au poste !

« Chers néo-fondeurs ou fondeurs intermittents!

Je suis dans ce groupe depuis longtemps et j'ai écrit à quelques reprises, surtout à l'époque où on se conseillait sur des pistes de ski de fond lorsqu'on se trouvait dans un lieu en particulier. J'ai souvent écrit le matin à 8h, recevant 10 commentaires minimum vers 10h00, juste à temps pour partir sur les pistes! Là je vois qu'on est rendus des conseillers en équipement de ski et j'avais envie de partager une petite réflexion avec vous, humblement, du haut de mes 44 ans de ski de fond (j'ai commencé à 4 ans).

L'équipement ne sera pas la raison pour laquelle vous pourriez cesser de faire du ski de fond, à terme... mais bien votre motivation car vous aurez manqué d'écoute face à vous-mêmes! Il faut donc établir ce qui marche pour vous, par essais et erreurs, et développer votre propre personnalité de fondeur.

Le ski de fond est pour moi le sport le plus magnifique au monde et la raison pour laquelle j'attends l'hiver avec impatience. Aucun sport estival n'a réussi à avoir cet effet d'attente sur moi. Peut-être la natation dans un lac et le kayak de mer.

De tous les sports, le ski de fond est le plus complet mais aussi le plus exigeant à cause du froid, notamment. On y perd vraiment plus de calories par km ou minutes parcourus que tous les autres sports. Ainsi, on tend à surestimer notre capacité et on se décourage. Oui il faut être bien équipé, mais il faut surtout avoir une belle expérience et préserver et prendre soin de sa motivation.

Alors voici des considérations sur la motivation en ski de fond et je suis certaine que d'autres vétérans verront d'autres éléments! Ajoutez en commentaires!

1. Êtes-vous sensible au rendement temps-de-route-temps-de-ski?
Vous démotiverez si vous avez l'impression de faire trop de char pour si peu de ski. Comme dans toute chose, le "temps" compte, alors choisissez une piste à la hauteur de votre ambition de cette journée-là, question de ne jamais vous "écoeurer" du ski de fond. L'opportuniste de Montréal ou de Québec chaussera ses skis de fond sur l'heure du lunch pour faire le Mont-Royal ou les Plaines! Oui la neige et le décor ne sont pas magnifiques, mais quels rendements! 10 min. de transport, 10km de piste! Et pour vos grandes rondos de 25km, prévoir une journée et même un petit dodo dans une belle auberge du coin. À ce titre, les pistes de ski nordique de Charlevoix ou des Laurentides sont magnifiques.

2. Êtes-vous plus type fartage ou type skin, pour le meilleur et pour le pire?
Plusieurs semblent penser que le skin ou les écailles vont sauver leurs vies car le fartage c'est yark et compliqué! En réalité, vos skis sans fartage pourraient avoir un effet démotivant sur vous, affectant directement votre glisse. À 10 ans, j'en voulais à mon père pour mes écailles car je ralentissais la famille et mon cousin sans écaille me dépassait tout le temps! Le skin et les écailles sont "une moyenne" de toutes les conditions. Plus ces conditions s'éloignent de la moyenne, moins vous aurez de plaisir. Le fartage a le mérite d'être en adaptation tout le temps avec le climat de la journée. Sérieux, ça prend moins de 5 min. à moins que tu sois un perfectionniste. Oui le skieur technicien vous découragera avec tous ses outils de fartage (notamment Ste-Anne avec tous les experts). Après 40 ans de ski et un niveau avancé/rapide, je suis une paresseuse de fartage et je m'arrange très bien avec la rouge, la bleu et la verte que je traîne dans mes poches et que je réutilise au besoin. Supérieur au skin et écailles et peu de perte de temps. En général je les farte à ma voiture et je pars directement de là, évitant l'intimidation des experts qui te voient "butcher" ! Je pense souvent aux aînés pro-nature en Estrie qui te dépassent avec des vieux skis en bois pas fartés et vêtus de laine... tsé, l'équipement ce n'est vraiment pas tout!

3. Êtes-vous un bon gestionnaire de votre énergie et skiez-vous avec trop d'orgueil? Il est très rare que vos compagnons de ski de fond aient le même rythme que vous. Il y en a toujours un qui s'essoufflera car il ne va pas à son rythme et n'a donc pas de fun. Très important d'aller à votre rythme et donnez-vous rendez-vous dans les refuges pour les pauses ensemble. Mais de grâce écoutez votre corps. Le ski de fond est EXIGEANT. Si vous n'écoutez pas votre rythme, vous n'aurez pas de plaisir! Même chose pour celui ou celle qui souhaite aller plus vite. Vous aurez froid si vous ne dépensez pas assez d'énergie. Pour les couples... ne vous chicanez pas pour ça, retrouvez-vous au refuge et lâchez prise ! Je me rappelle de mon père qui nous attendait en haut d'une côte et dès qu'on arrivait, il repartait et nous les enfants de 5 ans on disait: pis moi ma pause?!?! Ma mère dit avoir commencer à aimer le ski de fond lorsqu'elle a cessé de le faire avec mon père !

4. Les rituels et la récompense après-ski, surtout avec vos enfants!
Pour poursuivre l'histoire de mon père, une chance qu'on avait un moment refuge avec des barres de chocolat et de la soupe chaude! Pour les enfants, faites du refuge une expérience-pause qui leur donnera envie de revenir, un petit symbole cool. Ou un arrêt à un resto cool au retour pour créer une petite tradition. Ma nièce et moi faisons parfois le Parc du Mont St-Bruno, très simple, mais de belles pistes. Nous arrêtons au salon de thé pour 2 macarons de "couleurs différentes". Et moi quand je reviens du Parc des Grands Jardins ou du Mont Grand Fonds, je prends un vin blanc et une entrée à un petit bistro de Baie-St-Paul! Ça créé un rituel qui contribue à la récompense, car oui, c'est épuisant une demi-journée de ski. Et pour ceux qui aiment les technicités du ski de fond et faire un excellent fartage pendant 20 minutes... c'est aussi un rituel qui peut vous plaire !

5. Êtes-vous sensible au paysage, au lieu? L'aimez-vous?
Ne retournez pas dans les sites qui ne "vous font rien" à vous. Les autres peuvent aimer mais pas vous. Pour demeurer motivé, il faut un lieu que vous adorez et qui vous fait du bien! Moi je n'aime pas les centres avec des feuillus seulement. Et je n'aime pas les pistes trop droites semi-naturelles, sans courbe ou côtes. Donc je cherche toujours les pistes selon ces critères quand j'arrive à l'accueil, pour ne pas me décevoir. Au Parc des Grands-Jardins, il est possible de n'être que toi avec le parc, les conifères, sauvage à souhaite, avoir même un peu peur que le bruit de tes skis ne dérange pas le troupeau de caribous que tu veux voir! Et a contrario, à Montréal, je trouve toujours fascinant de skier en voyant les gratte-ciels, un contraste contre-intuitif! Il y a même une année que le fleuve a gelé et que je suis allée voir si on pouvait y skier... L'unique fois que je l'ai fait en 25 ans à Montréal! Skier sur un lac, c'est du ciel et du soleil à profusion.

Voilà! À vous de voir si vous serez un skieur urbain, un skieur-technicien avec 15 sortes de fartage, un skieur-nature à peine équipé, un coureur des bois ouvrant les pistes, ou un papa ou une maman qui amène ses enfants avec un programme motivant, avec un rituel qui leur donnera envie de continuer toute leur vie... comme moi!

Mon père m'a mis sur des skis à 4 ans, et 44 ans plus tard, je suis là au poste! Et j'espère être centenaire comme Jack Rabbit, qui a débuté à 3 ans en Norvège, celui qui a initié le réseau de ski de fond des Laurentides en 1950 en s'installant à Prévost après avoir perdu sa fortune... qu'il a dit avoir été au final salutaire! »

Narcisse Goldmund, facebook, 29 décembre

"Narcisse Goldmund" est un avatar. (Note du webmestre : Narcisse et Goldmund est le titre d’un roman de l’écrivain allemand Hermann Hesse, paru en 1930.)
Puisque je suis une mini personnalité publique, pour pouvoir parler plus librement et de choses pas liées à mon travail.
Narcisse & Goldmund est l’histoire d’une amitié entre un intellectuel rationnel et un artiste instinctif qui représente ce fragile équilibre intérieur de plusieurs d’entre nous. Ça me représente beaucoup. Le ski de fond contribue beaucoup à protéger cet équilibre!

(à lire également de la plume de Narcisse Goldmund : Le ski de fond qui m’a rendue heureuse, notamment en 2020, 3 janvier 2021)

COMMENTAIRE

« Puisque j'ai 63 ans, j'ai eu la chance de croiser Jack Rabbit. Son sourire et ses yeux étaient si lumineux que je m'en rappelle plus de 40 ans plus tard.
C'est si rigolo de lire plein de gens demander si c'est tracé. On skiait gratis et on ouvrait les pistes sans avoir 3 à 6 paires de ski pour se casser la tête. Pas besoin de montre, pas besoin de gels, pas besoin d'hydratation, pas besoin de cours. Pas besoin d’app, pas besoin de cell. Pas besoin de linge spécialisé. Y'a une gang de riches qui ont des problèmes de riches.
Heureusement personne ne me donne de contravention pour non fartage. En passant, participez à l'entretien des sentiers pour qu'on skie encore très longtemps. »

Claude Scott


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