10 mars 2012

Harvey à «La Mecque» du ski de fond

OSLO, Norvège - La montagne de Holmenkollen s'était enveloppée d'un épais brouillard vendredi, comme si elle avait voulu faire perdurer le mystère autour de sa célèbre épreuve de 50 kilomètres qui aura lieu samedi.

On le sent, une nouvelle forme de fébrilité a gagné la caravane de la Coupe du monde de ski de fond à l'approche de cette course simplement appelée «la Holmenkollen». Alex Harvey et les Canadiens ne se soustraient pas non plus au respect que lui voue tout être humain se chaussant de skis.

« C'est la journée la plus importante de la saison. Si on a fait un camp de préparation en Italie récemment, c'était dans le but de bien finir la saison et surtout en fonction de cette course-ci », a déclaré le skieur québécois, qui avait terminé au cinquième rang à cette épreuve dans le cadre des championnats du monde de l'an dernier. Il avait conclu à huit secondes du champion, Petter Northug.

Laissez-passer pour l'histoire
Holmenkollen pour le ski de fond, c'est Paris-Roubais au cyclisme, Kitzbühel au ski alpin, le Derby du Kentucky pour l'homme et son pur-sang. Jouée en style classique comme ce sera le cas samedi, cette course puise au plus profond de la tradition millénaire d'un sport né en Norvège. Au bout de plus de deux heures d'efforts et sur l'un des parcours les plus exigeants, ce match déposera à son dénouement le skieur le plus endurant du jour, le plus fort mentalement aussi.

Gagner la Holmenkollen procure une entrée directe dans la légende.

« J'échangerais n'importe quelle médaille d'or olympique contre une victoire à Holmenkollen », a déjà confessé l'illustre enfant du pays, Bjorn Daehlie, octuple médaillé d'or olympique et neuf fois champion du monde, mais qui n'a pourtant jamais remporté cette course mythique.

Passion nationale
Voilà pour le jeu du sport. La passion nationale que soulève cet événement a contribué en parallèle à son histoire.

Samedi matin, Oslo a quadruplé le débit régulier de son train de banlieue pour permettre à des milliers de ses résidants de se diriger vers la montagne, à une dizaine de kilomètres du centre-ville. Durant la nuit, d'autres milliers de gens, aussi braves que fébriles, ont campé dans la forêt pour assister de près au défilé de la cohorte de skieurs. Ils ont chanté et carburé à l'Aquavit et à d'autres liqueurs joyeuses.

« L'an passé, trois heures après la fin de la course de 50 km des championnats du monde, le sentier était encore rempli de spectateurs qui descendaient de la montagne. Facilement, il y a eu plus de 100 000 spectateurs le jour de la course », a raconté Pierre-Nicolas Lemyre, un Québécois vivant à Oslo et dont la résidence se trouve justement à mi-montagne.

Harvey se sent bien
La frénésie pourrait être moindre samedi, dit-on. Le chouchou du pays et deuxième au cumulatif de la Coupe du monde, Petter Northug, fera l'impasse sur cette 124e course, ayant gagné en 2010 et en 2011. Les effets d'un virus gastrique pourraient se propager et affecter l'affluence dans les gradins. Pour le reste, le match s'annonce d'autant plus ouvert.

Alex Harvey a répété un «Je me sens bien» vendredi midi, au sortir d'un entraînement d'une heure. Venant d'un jeunot fringant parfaitement taillé pour ce genre d'épreuve et de parcours, qui sait ce que cache cette confiance ?

« Non, je ne suis pas nerveux, a-t-il exprimé. Si ça ne marche pas demain [samedi], c'est sûr que ce sera décevant, mais ce n'est quand même pas un championnat du monde. Ce n'est pas la fin du monde non plus. Par contre, si ça va bien, c'est une course dont tu peux te rappeler toute ta vie. »


Papa Pierre se souvient

« Ç'a été ma plus belle course à vie, sans aucun doute. »

On croit Pierre Harvey sur parole. Le 19 mars 1988, le fondeur québécois mettait fin à une carrière honorable en remportant la mythique course Holmenkollen, devant plus de 100 000 spectateurs et le roi Olav V de Norvège, qui a assisté à son arrivée historique depuis sa tribune. Seul athlète nord-américain à réaliser l'exploit jusqu'à maintenant, cette victoire fut symbolique puisque Harvey l'a signée lors de la 100e présentation.

« Je vais toujours me souvenir de l'ambiance qui régnait dans le stade en délire. J'ai réalisé à ce moment pourquoi c'est considéré comme la reine des courses. Je possède encore le tableau qui m'avait été remis à l'hôtel de ville après la course », a-t-il évoqué.

Encore plus classique
Autre époque, autre formule. Les puristes évoquent avec nostalgie, depuis 2005, l'intrusion du départ de masse pour l'épreuve de 50 kilomètres. En 1988, Harvey avait gagné cette course, du temps où le style classique et le départ individuel filaient seuls dans la tradition.

Ce jour-là, le Québécois figurait parmi les derniers dans la liste des départs. Le Norvégien Vegard Ulvang et le Suédois Gunde Svan, deux sommités de la discipline à l'époque, s'étaient élancés respectivement 30 secondes et une minute avant Harvey.

«La plus belle place»
Dix kilomètres après son départ, Harvey rejoignait Ulvang, avec qui il a ensuite fondu sur Svan. Au terme du premier des deux tours de 25 kilomètres, le trio de prétendants a fait son entrée dans le stade. Plus tard, la chevauchée fantastique de Harvey lui permettra de distancer Ulvang et Svan. Seul un Italien qui s'était accroché allait forcer l'éventuel vainqueur à ne jamais relâcher.

« Cent mille personnes qui crient… tu passes devant le roi de Norvège. C'est la plus belle place au monde pour un maniaque de ski de fond », maintient aujourd'hui l'illustre vainqueur, en voie de recevoir une invitation pour assister à la 125e course en 2013.

Existe-t-il quelqu'un dans sa descendance, par hasard, qui pourrait un jour répéter cet exploit unique ?

* * *

Un nouveau bolide sort de «l'usine»

L'émergence de Len Valjas dans la dernière semaine atteste du souci de qualité qui prévaut à «l'usine» du Centre national d'entraînement Pierre Harvey. Le deuxième rang de Valjas à Drammen, mercredi, l'a hissé en 13e position du classement de la saison pour les épreuves de sprint, tout juste devant son coéquipier Alex Harvey.

« La première personne à qui j'ai parlé après la finale, ç'a été Louis Bouchard [son entraîneur]. Ensuite, j'ai appelé mes parents », a déclaré le Torontois d'origine de 6 pieds 6 pouces, après l'entraînement de vendredi.

Ce premier podium en carrière lui permet d'occuper le 34e rang au classement général et ainsi d'accéder aux finales de la Coupe du monde à compter de mercredi, en Suède, auxquelles seront invités les 50 premiers. Même qualifié, Valjas a convenu de participer à l'épuisant marathon de 50 km de samedi, dans l'espoir de soutirer quelques points de boni à l'un des six passages de sprint prévus durant la course.

« Il va être important de bien doser ma course pour ne pas perdre trop d'énergie en prévision de la Suède. On va voir. Si je le peux, j'aimerais bien pouvoir passer premier dans le stade à l'un des six tours », a pensé à voix haute le collègue d'entraînement d'Alex Harvey au mont Sainte-Anne, sachant que plus de 25 000 spectateurs pourraient s'y trouver.

* * *

Trois compétitions

Holmenkollen devient le centre mondial des sports nordiques, en fin de semaine. En plus du ski de fond, le stade accueille aussi une Coupe du monde en saut à skis et une de combiné nordique [ski de fond et saut].

« Trois Coupes du monde en même temps, c'est unique, mais c'est aussi fort complexe », a affirmé Kjell Gunnan, responsable des relations médias. Plus de 350 journalistes et photographes ont reçu une accréditation pour la fin de semaine, dont 120 de la Norvège.

Chère Norvège

Oslo et la Norvège dominent – et de loin – le classement des destinations les plus chères de la Coupe du monde. Le sujet est le premier abordé par les médias étrangers qui débarquent dans ce pays où le salaire minimum s'approche de 20$.

Pour un sandwich et un café au lait happés au passage d'un comptoir, vendredi : 94 couronnes ou 16,50$!


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