19 mars 2012


photo : Alain Bergeron

FALUN, Suède – Aucun autre Québécois qu'Alex Harvey ne savoure mieux la fin de l'hiver ! Une sixième place à l'épreuve de 15 kilomètres en style libre, dimanche à Falun, en Suède, a scellé son sixième rang au classement général de la Coupe du monde.

« Ça dénote, je pense, que je devrai de plus en plus être considéré pour les prochaines saisons », a résumé le skieur de 23 ans, le cœur léger au terme des cérémonies, au cours desquelles il a reçu les félicitations du roi du pays, Charles XVI Gustave.

Du piquant
Cette épreuve ultime, dite avec «handicap», a servi du piquant au principal enjeu du skieur québécois, qui souhaitait profiter de cette 37e et dernière course du calendrier pour passer du sixième au cinquième rang du classement général de la saison. Basé sur le chrono cumulatif des trois premières courses de ce mini-tour, Harvey s'élançait neuvième, seulement 11 secondes plus tôt que Maxim Vylegzhanin, son poursuivant immédiat au classement, et 79 secondes avant Alexander Legkov, détenteur du cinquième rang convoité.

Après que Dario Cologna, déjà champion de la saison, et son dauphin, Devon Kershaw, eurent assuré leur emprise sur la course, un groupe de chasse de sept skieurs s'est formé un peu avant la fin de la deuxième boucle de cinq kilomètres. Les énergies laissées en début de match par Harvey, lui qui partait avec 99 secondes de retard sur Cologna, ont compliqué sa vie pour le reste de la journée.

Dans le rouge
« Durant le premier tour, il a fallu que je referme 19 secondes d'écart sur le groupe devant moi. C'est du stock. Déjà qu'eux, ils chassaient pour les gars devant. À cause de ça, j'ai été dans le rouge tout le long. »

« J'avais les jambes en béton après trois kilomètres. Je me battais tout le temps; alors, je n'avais plus l'énergie pour le sprint final. Le Russe (Sedov) qui m'a passé à la fin, je l'avais battu au championnat du monde des moins de 23 ans. Mais là… », a analysé l'athlète de Saint-Ferréol-les-Neiges, qui regrettait sa 18e place de la veille aux 15 kilomètres style classique.

« Si j'avais eu une journée normale hier [samedi], j'aurais skié avec Devon toute la course. On aurait skié ensemble et, au pire, j'aurais fini troisième. »

Maintenant, les nationaux
Pour le peu qu'il lui reste sous les skis, Harvey a dormi quelques heures pour ensuite s'amener à Québec, où il a une dernière commande : les championnats canadiens. Belle semaine en vue ?

« Je suis mort. On est tous morts... »

Une puissance est née

Les gamins comme les plus âgés pourraient skier avec les épaules plus larges à compter de demain aux championnats canadiens de ski de fond. Deux des six meilleurs skieurs au monde débarquent parmi eux à Québec en plus de l'un des plus «hot» de la fin de saison.

Devon Kershaw, Alex Harvey et Len Valjas complètent la saison 2011-2012 de la Coupe du monde respectivement deuxième, sixième et 28e au classement général. Les deux top 6 de Kershaw et Harvey réécrivent l'histoire de ce sport au Canada.

L'émergence de Valjas, reconnu comme l'un des meilleurs sprinters avec des aptitudes pour aspirer lui aussi à jouer avec les plus forts au cumulatif, renforce le potentiel du contingent masculin en vue des Jeux olympiques de 2014.

« Quand vous commencez à pousser vers le sommet comme on le fait, c'est qu'il ne reste plus beaucoup d'espace ! Ma seule crainte, c'est que la machine devienne trop grosse à gérer, mais ce sera un heureux problème pour moi. Si on s'assure de fournir le support adéquat à nos athlètes, je pense que nous sommes sur la bonne voie », a exprimé l'entraîneur-chef de l'équipe canadienne, Justin Wadsworth, durant les cérémonies de fin de saison.

Au moins une médaille en vue
Avec Harvey et Kershaw comme prétendants à un titre individuel ou au sprint en équipe, le Canada dispose maintenant d'un éventail élargi. L'ascension de Len Valjas et l'expérience d'Ivan Babikov permettent de reluquer un podium olympique en 2014 au relais 4 x 10 kilomètres.

« L'objectif premier pour nous, c'est de gagner une médaille olympique, individuelle ou en équipe. C'est jamais arrivé pour le Canada chez les hommes; alors, je pense qu'on a maintenant l'équipe pour y arriver. L'un de nous peut même gagner une médaille individuelle et peut-être même moi ! Mais si c'est un autre, ce sera O.K. », a affirmé Devon Kershaw, deuxième au cumulatif.

Le portrait de la saison tiré par son copain Harvey se traduit comme un message pour les deux prochaines années. « Regardez les six premiers au monde, dit-il. Il y a un Suisse (Cologna), un Canadien (Kershaw), un Norvégien (Northug), un Suédois (Hellner), un Russe (Legkov) et un autre Canadien. Dans les six premiers, la seule nation doublement représentée est le Canada. Je pense que ça laisse un message assez clair.»

33 000 $ pour ses efforts

La satisfaction ne se calcule pas en argent lors d'une victoire en Coupe du monde, mais Alex Harvey a atteint la barrière de 33 000 $ en bourses pour sa saison.

Un chèque de 5000 francs suisses l'attendait au fil d'arrivée pour sa victoire au prologue, vendredi. Un autre de 4215 francs lui a été tendu pour sa sixième place aux finales de la Coupe du monde. Cette fin de semaine a permis au Québécois de porter ses gains de l'hiver à 30 381 francs suisses, la monnaie utilisée par la Fédération internationale de ski.

« Je ne vois même pas la couleur de cette bourse. Ça s'en va dans un compte en fiducie à Ski de fond Canada », a-t-il dit.

La bourse de 5000 francs suisses de vendredi équivaut à celle que lui avait value sa troisième position à l'épreuve de 30 kilomètres à Lahti, en Finlande, le 3 mars. Le modèle de récompense pour une épreuve dite régulière de la Coupe du monde attribue 15 000 francs suisses au gagnant, 10 000 au deuxième et 5000 au troisième.

Cologna : 367 000 $
Le contexte est fort différent lors du Tour de ski, une série de neuf épreuves disputées sur une dizaine de jours au tournant de l'année 2012. Juste par sa victoire au classement général de ce tour, Dario Cologna a empoché 100 000 francs suisses, sans compter les quelque 25 000 autres glanés pour ses différents résultats durant cette semaine.

Au total de sa saison couronnée, le Suisse aura engrangé plus de 367 000 $. Là aussi, il arrive évidemment au premier rang des athlètes. Il faut descendre jusqu'à la 14e position des boursiers pour y découvrir le nom d'Alex Harvey.

Son coéquipier Devon Kershaw, qui termine deuxième au classement final de la Coupe du monde, passera également à la banque. Grâce notamment à deux victoires à des épreuves régulières durant la saison, «Kersh» aura glissé plus de 106 000 $ dans sa tirelire.

Le dos sonne l'alarme

Des douleurs au dos soulèvent de l'inquiétude chez Alex Harvey.

« Il va falloir s'asseoir sérieusement avec l'équipe médicale, au printemps. J'ai quand même dû abandonner des courses, cette saison. On voit qu'il y a des affaires pas normales. Sans les malchances que j'ai eues, j'aurais peut-être terminé parmi les cinq premiers », a émis prudemment le skieur, en guise de bilan sommaire de sa saison.

Les disques lombaires et l'articulation sacro-iliaque l'ont ennuyé, au point de l'obliger à faire l'impasse sur le 30 kilomètres en style classique de Nove Mestro, en République tchèque, le 11 février. Il avait également dû remédier à l'épreuve de montée de neuf kilomètres de Val di Fiemme, durant le Tour de ski.

« Un skieur de championnat ? »
En cette saison sans Championnats du monde ni Jeux olympiques, l'entourage de l'athlète avait convenu de tenter le coup pour le classement général. Cette commande impliquait de participer à un maximum d'épreuves, ce qu'il a fait en prenant une trentaine de départs. Une réflexion est prévue.

« On va voir, peut-être que j'aurai un horaire de compétition plus allégé. Moi, j'aime mieux m'entraîner pour un championnat qui dure deux semaines plutôt que pour une saison au complet. Quand j'étais junior, je performais lors du mondial junior, mais je finissais rarement parmi les trois premiers en saison. Peut-être que je suis un skieur de championnat. »


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