13 mars 2012


Si le nom d'AltaGas figure seul et bien en évidence sur la tuque du fondeur Alex Harvey
en compétition, d'autres commanditaires l'accompagnent sur ses vêtements de tous les jours.
photo : Reuters

Une PME sur deux planches

STOCKHOLM, Suède - « Si Alex devient un animal de cirque, il n'aura plus de plaisir. » Pierre Harvey a toujours cette dualité de père et d'ex-athlète quand il se prononce sur la carrière de son fils.

Dans ce cas-ci, il a souscrit à l'urgence de lui adjoindre les services d'un gérant. Ce n'est pas par vanité, mais par crainte d'essoufflement qu'Alex Harvey a finalement réalisé qu'il lui fallait de l'aide pour veiller sur son agenda.

« J'ai dit à Alex que j'allais devenir son René Angélil ! », blague Denis Villeneuve, débarqué lundi à Stockholm pour assister aux finales de la Coupe du monde.

Pharmacien de profession et rompu au monde des affaires, cet ami de la famille s'est proposé gracieusement pour accompagner le jeune skieur. Dorénavant, l'un des athlètes les plus en vue de la province sera géré comme une PME.

La dernière année a fait la démonstration qu'un champion du monde de ski de fond ne circule plus incognito dans le paysage médiatique du Québec. Durant l'entre-saisons, certaines fenêtres consacrées normalement à l'entraînement et à la récupération ont plutôt filé au profit d'apparitions publiques. Maintenant que la frénésie soulevée par ses deux titres mondiaux en 2011 a donné des leçons, la tâche du gérant consistera à trouver l'équilibre entre la commandite et les missions sociales.

« Oui, on veut assurer un bel avenir à Alex, mais on veut aussi que sa carrière soit bien organisée. Nous avons obtenu des commanditaires majeurs [Quebecor pour quatre années, HydroSense pour trois ans et Cascades actuellement en renégociation], mais nous avons également son image de marque à développer. Alex est un étudiant en droit qui excelle en ski et qui a certaines causes qui lui tiennent à cœur. C'est tout ça qu'il faut mettre en valeur », expose Villeneuve.

Moins s'oublier
On se trouve encore loin des 1,3 million $ en revenus annuels de commandites qu'encaisserait le champion norvégien Petter Northug. Les objectifs diffèrent chez Harvey, qui sentait ses skis déraper dans son calendrier personnel avant l'arrivée de Villeneuve. L'arrivée de ce «filtre» humain vise à asseoir le développement de l'athlète sur de la stabilité.

« Le temps était venu d'avoir quelqu'un pour gérer ses affaires avant qu'il y ait une panique », prétend son père, Pierre, venu assister également aux quatre dernières épreuves de la saison.

« S'il doit aller inaugurer une caisse populaire à Sainte-Anne-des-Monts et faire une autre promotion à Sept-Îles le lendemain, il ne peut pas penser faire un entraînement de quatre heures. Entre-temps, il a aussi sa conjointe, ses occupations, sa vie. S'il s'oublie, il va finir 42e dans les Coupes du monde », illustre le paternel.

« C'est tout ça qu'il me faudra gérer. Alex a maintenant un statut de superstar au Québec, mais tout n'est pas seulement une question d'argent », rappelle son conseiller.



N'entre pas qui veut au palais royal devant lequel passera le tracé du sprint demain !
Pierre Harvey et le gérant d'Alex, Denis Villeneuve, l'ont découvert à leur arrivée à Stockholm.
photo : Alain Bergeron

Un pied-à-terre en Europe ?

STOCKHOLM, Suède - Hier Oslo, aujourd'hui Stockholm et demain Falun… La vie de nomade en Coupe du monde pourrait bientôt s'arrêter pour Alex Harvey.

« On regarde pour lui trouver un appartement quelque part en Europe, un pied-à-terre où il pourrait mieux se reposer entre deux compétitions », indique son gérant, Denis Villeneuve.

Quand il quittera la Suède, lundi prochain, le fondeur québécois complétera un séjour ininterrompu de près de cinq mois à vivre dans les hôtels loin de son Saint-Ferréol-les-Neiges.

« Il faut être capable de garder le rythme, même si ce n'est pas toujours facile », nous rappelait-il, en marge de la récente course de 50 kilomètres à Oslo.

« On vit toujours dans nos valises, loin de chez nous. C'est une réalité à laquelle les skieurs européens ne sont pas obligés de se soumettre. Quand une Coupe du monde se termine, la plupart retournent dormir à la maison le soir même et reviennent ensuite seulement pour la Coupe du monde suivante. Dario Cologna retourne chez lui, à Davos, presque chaque semaine. » Autres montants, autre époque, Pierre Harvey recevait une commandite annuelle de 38 000 $ de Vachon, à la fin de sa carrière en Coupe du monde. Ce diplômé en génie de l'Université Laval avait insisté pour bosser à l'usine de gâteaux durant la période estivale, ce qui faisait partie de la commandite.

« J'avais étudié dans ce domaine, alors je voulais travailler pour acquérir de l'expérience. Je ne voulais quand même pas vendre des skis dans une boutique après ma carrière », se souvient le père.

es jeunes et les études
Deux causes seront indélogeables de la liste des engagements d'Alex Harvey. En plus d'être porte-parole d'ÉducAide, dont la mission consiste à offrir des bourses d'études à des élèves issus de milieux défavorisés, il partage, avec son père Pierre, la promotion de «La persévérance, c'est capital», qui prône l'importance du soutien des parents dans la poursuite des études de leurs enfants.

« Ma vie n'a pas changé depuis le Championnat du monde. Je suis le même et ce sont les mêmes causes qui me tiennent à cœur », avoue le skieur.

Le taureau a baissé la garde

STOCKHOLM, Suède - Le célèbre taureau de la Red Bull a baissé la garde dans l'univers d'Alex Harvey.

La boisson revigorante continue de commanditer le fondeur québécois, mais a diminué son aide, sachant qu'elle ne peut plus s'afficher comme elle le fait avec le skieur alpin Érik Guay. L'entreprise AltaGas, qui verse dans le multiénergie (gaz, électricité, etc.), occupe seule le front des fondeurs de l'équipe canadienne et ne tolère aucun autre locataire. Ainsi a tranché l'Association canadienne de ski de fond.

Déjà que les vertus de ce breuvage ne faisaient pas l'unanimité dans l'entourage du clan Harvey !

« Sa mère et moi, on ne peut pas dire qu'on était d'accord, avoue son père, Pierre. J'ai un ami qui travaille dans une école et qui me disait : « C'est vraiment bien où est rendue la carrière d'Alex, mais il me semble que Red Bull, ça ne correspond pas vraiment ». Questions d'éthique
Le type de produit rôdant autour du skieur de 23 ans figure dans les réflexions auxquelles devra se soumettre son gérant.

« Mon job sera de demander : va-t-on s'empêcher de s'associer avec Starbuck's, par exemple, parce qu'il y a de la caféine en cause ? Ce ne sera pas évident à gérer », concède Denis Villeneuve.


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