De g. à dr. Petter Northug jr., Emil Joensson et Alex Harvey
photo : Terje Bendiksby, Aftenposten

À quelques heures du début du plus gros événement
de ski de fond que je verrai dans ma vie

Les gens sont partout dans le bois, ils préparent leur campement pour les deux prochaines semaines, ils grillent des saucisses sur le feu et on dirait que leur boisson énergétique les rend de plus en plus heureux…

Eh oui, je suis à Olso, à quelques heures du début du plus gros événement de ski de fond que je verrai dans ma vie. Le ski de fond ici ce n’est pas comme le hockey chez nous, c’est comme la religion… dans les années 60 !

Dans l’ascenseur à Drammen, il y a trois jours, le gars avec sa bedaine de bière a tout de suite reconnu Devon et moi. Il nous parlait du Tour de ski avec les yeux tout illuminés, il disait qu’il ne pouvait pas attendre le coup de départ des mondiaux !

Pas besoin de vous dire que quand j’ai repris l’entraînement le 1er mai dernier, ça n’a pas été difficile de trouver la motivation. À Vancouver, j’ai gagné la médaille de bois (ou de chocolat selon les préférences) avec Devon au relais sprint en passant la ligne en 4e place. Ça été le meilleur résultat masculin de notre hiver et du même coup, de l’histoire du ski de fond olympique canadien chez les hommes. On est passé proche, mais on l’a manqué ce maudit podium !

Cet hiver, Devon a déjà sauté (oui, sauté à pieds joints pour laisser aller la joie de le retrouver) sur le podium 4 fois, à chaque occasion au Tour de ski. J’ai passé près à quelques occasions avec deux 5es places et une 7e, mais il en manquait toujours un peu. C’est donc après un camp d’une vingtaine de jours en altitude à Livigno, un titre de champion du monde plus loin, que j’ai rencontré le reste de l’équipe à Lillehammer, en Norvège, pour la préparation finale des mondiaux. En fait, le mot préparation semble un peu inutile ici parce que la grande partie du temps était passée au… repos ! Eh oui, pour peaker, il faut beaucoup d’entraînement, mais dans les derniers jours, ce qui fait la différence, c’est le repos, la surcompensation qu’on dit dans le jargon skidefuneux !

Le seul hic à avoir beaucoup de repos comme cela, c’est que le corps peut devenir un peu amorphe et avoir un peu de difficulté à skier vite les jours qui suivent le repos. La Coupe du monde de Drammen allait donc être un bon choc pour le système qui allait certainement bien me réveiller pour les Championnats du monde. Je n’avais pas vraiment d’attente au niveau des résultats pour Drammen. L’an passé, à une semaine du début des Jeux olympiques, j’ai terminé 48e et 62e à la Coupe du monde de Canmore !

Samedi matin durant l’échauffement pour le 15 km classique, je n’arrivais pas vraiment à obtenir de bonnes sensations. J’ai attaqué la première boucle de 5 km, mais je n’avais pas mon punch habituel et j’ai finalement terminé en 30e place, récoltant le dernier point de Coupe du monde disponible. Je n’étais pas déçu du tout, je savais que j’avais besoin de deux bons efforts avant d’être fin prêt pour les mondiaux.

Au sprint du dimanche matin, c’est la même histoire qui recommençait. Je ne me sentais pas au top, mais j’ai quand même assez bien skié pour me qualifier en 22e place et accéder aux rondes éliminatoires. Ensuite, tranquillement pas vite, je sentais que le corps se réveillait peu à peu et je retrouvais des sensations familières en skiant.

Dans mon quart de finale, j’ai su utiliser mes bons skis pour passer mes 5 adversaires dans le dernier tiers du parcours et croiser le fil d’arrivée en première place, me classant automatiquement pour la prochaine ronde. En demi- finale, c’est un peu le même scénario qui s’est répété, les skis étaient toujours très rapides et j’ai pu finalement accéder à ma première finale de Coupe du monde de sprint!

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à y croire. J’avais eu une superbe accélération dans le dernier 300 m de ma demi-finale et je me disais que si j’arrivais à répéter ça en finale, je serais probablement dans le coup. J’ai eu un bon départ et j’ai été en mesure de skier aisément dans le groupe pour le premier 2/3 du parcours. Pendant que le rythme accélérait en fin de parcours, je gagnais des places. J’ai pointé mes skis à 300 m de l’arrivée en 4e place et il ne restait plus que la dernière ligne droite pour tenter quelque chose. J’ai finalement trouvé quelque chose de spécial et j’ai pu remonter deux places pour passer la ligne en 2e place, squeezé entre le Suédois Emil Joensson, qui mène le classement de la Coupe du monde de sprint, et Petter Northug qui est reconnu comme le skieur le plus rapide sur le dernier droit… Pas aujourd’hui Petter !

Je suis maintenant rendu à notre hôtel à Oslo. J’ai testé plusieurs paires de skis sur le parcours cet après-midi et après mon premier podium en Coupe du monde de la saison, je suis prêt à aborder ces mondiaux de front!


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