2 décembre 2011


Coincé entre le Rhin et la vieille ville, le tracé de Düsseldorf ne ressemble en rien à celui que proposera Québec,
en décembre 2012, alors que les skieurs défileront sur la Grande Allée. Incidemment, le parcours
a commencé à prendre forme. Tout doit être prêt pour la Coupe du monde de demain, à Düsseldorf.
photo : Alain Bergeron

Düsseldorf ensevelie sous la neige… artificielle

DÜSSELDORF - La seule et unique bordée de neige de la saison est tombée sur Düsseldorf à 13 heures, jeudi.

Même les caprices de la nature se laissent déjouer, selon les règles dictées par la Fédération internationale de ski. Plus de 4 000 mètres cubes de neige ont été déversés pour dessiner un parcours de 800 mètres sur la promenade le long du Rhin, plus souvent empruntée par les amoureux et les flâneurs que par une cohorte formée des 130 meilleurs fondeurs du monde.

Toute cette neige est arrivée par camions d’un repaire qu’on trouve dans un vaste champ à Neuss, ville située à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Düsseldorf.

Au Jever Skihalle, premier des cinq centres de ski intérieurs en Allemagne qui a ouvert en 2001, on trouve le congélateur idéal pour entreposer la neige servant à concevoir la piste pour cette Coupe du monde.

Dans cette montagne intérieure qui a coûté 14 millions d’euros, on fabrique l’hiver. En prévision de l’événement du week-end, les 12 canons ancrés au plafond crachaient sans arrêt depuis plusieurs jours une eau pure qui, au contact de l’air sec à une température de – 4 degrés, se transformait en neige en arrivant au sol.

Toute cette neige produite a atteint jusqu’à un mètre d’épaisseur au bas de la pente. Une quantité suffisante pour remplir 120 camions à ainsi été accumulée et amassée par la machinerie spécialisée, qui s’est activée de nuit afin de ne pas perturber les opérations quotidiennes du centre. Quand elle a quitté «l’usine», la température de la neige se situait entre –10 et –14 degrés.

Le vent, un problème
Le soleil avait pris congé, jeudi, ce qui diminue les effets sur la fonte. Il faudra voir pour la fin de semaine, maintenant. De la grisaille s’annonce pour les prochains jours avec une température pouvant atteindre neuf degrés durant les épreuves de samedi et dimanche.

Peu importe. L’expérience des neuf dernières années sert bien l’organisation, qui a appris comment faire pour que résiste le parcours de 800 mètres de long sur quatre de large. Le truc se cache dans la base de neige de 30 centimètres d’épaisseur, dont la compacité agit comme isolant naturel. « Le principal problème, c’est le vent qui peut transporter des saletés sur la neige », affirme Sebastian Bäsken, directeur du marketing du Skihalle.

Pas de dégâts
Quand la visite quittera la ville, dimanche, les consciences vertes n’ont pas à s’inquiéter.

Toute cette neige fabriquée avec de l’eau pure, comme le certifient les organisateurs, sera soufflée dans le Rhin. La base, transformée en glace par les pressions répétées de la machinerie et des skieurs, terminera dans un champ quelconque pour se laisser fondre.

« Balancer des blocs de glace dans le fleuve ne serait pas une bonne idée, concède Bäsken. On ne voudrait pas revivre la tragédie du Titanic ! »


2 décembre 2011

Le défi de la Grande Allée

DÜSSELDORF - Quand Patrice Drouin met le nez dehors ces jours-ci, le pavé sec de décembre le projette immanquablement dans un an jour pour jour. Québec aura-t-elle reçu sa première chute de neige, les 8 et 9 décembre 2012, pour accueillir la Coupe du monde de ski de fond ?

Curieusement, la question ne hante pas le président de Gestev. Cette société, à qui a été confiée l’organisation de cet événement aussi spectaculaire qu’original, a déjà un plan en tête pour livrer un parcours enneigé sur la Grande Allée, au cas où le ciel décidait de bouder comme cette année.

Dès la mi-novembre, à la faveur des nuits froides, des canons à neige installés dans un secteur des Plaines produiront de la précieuse denrée blanche en quantité industrielle. L’eau du réseau d’aqueduc, duquel elle s’échappe à une température de 6°, transitera ensuite dans un refroidisseur avant d’atteindre les canons. Des montagnes de neige s’accumuleront alors. Cette neige cristallisée mécaniquement, donc purgée d’air, a la propriété de fondre plus lentement une fois compactée.

« À la rigueur, s’il devait y avoir une période de redoux, on pourra protéger cette neige avec de la paille ou des toiles », prévoit M. Drouin, qui assistera à Düsseldorf à un événement identique à celui qui attend Québec en 2012.

À vos pelles, maintenant
Toute cette neige stockée servira à construire un parcours de 1,6 km pour les hommes et de 1,4 km pour les femmes. Afin de livrer ce terrain de jeu aux athlètes le vendredi 7 décembre, à midi, un spectaculaire déploiement de chenillettes, camions à benne et autres machineries s’activera dans les deux jours précédents.

Le tracé se dessinera sur Grande Allée, fera un virage vers le sud à l’hôtel Loews Le Concorde, empruntera ensuite les Plaines pour revenir au Manège militaire et à la place George-V. Pour accueillir six skieurs coude à coude au départ des 50 premiers m, le circuit devra être large de 18 m. Graduellement, il rétrécira à huit mètres et atteindra cinq mètres dans les virages.

« L’un des principaux défis sera de distribuer cette neige sans endommager le sol. C’est là-dessus que devra surtout porter la réflexion. Il faudra prendre le temps de bien étudier pour étendre la neige aux bons endroits, avec du personnel et de l’équipement spécialisés », prévoit Drouin.

L’idée du Crashed Ice
Si l’herbe des Plaines sert d’isolant naturel pour protéger cette neige dense, le bitume de la Grande Allée pose un problème dans le cas d’un doux temps extérieur durant cette période. Gestev pourrait alors avoir recours au système de surface réfrigérée utilisé pour la piste du Red Bull Crashed Ice.

Peu importe où, la neige de ce parcours artificiel aura une espérance de vie suffisamment longue pour tenir le sprint individuel du samedi et celui par équipe du lendemain, assurent les organisateurs.

« Une neige manipulée, brassée et compactée vient presque aussi dure que du béton », donne à entendre M. Drouin.


2 décembre 2011

Coupe du monde en milieu urbain


On peut pratiquer le ski alpin à l'année au Skihalle de Neuss, où peuvent s'élancer les adeptes
sur une pente longue de 300 mètres, avec une inclinaison de 28 degrés au haut
et de 10 degrés au bas. C'est dans ce centre intérieur qu'a été fabriquée la neige requise
pour le parcours de la Coupe du monde de ski de fond.
photo : Alain Bergeron

Neige à vendre

DÜSSELDORF - Les Allemands en quête d’exotisme savent où trouver de la neige pour leur fête en plein air ou épater les invités à leur barbecue

Contrairement à une station de ski extérieure qui voit sa neige renouvelée naturellement, le Jever Skihalle, qui fonctionne 365 jours par année, doit s’en charger lui-même. Pour faire de la place à de la neige fraîchement produite, celle usée doit sortir. Aussi bien la vendre !

« De la part d’un Canadien, ça peut sonner drôle à entendre, mais c’est pourtant la réalité. On vend notre neige à ceux qui la désirent », annonce Sebastian Bäsken, directeur du marketing du centre.

Un mètre cube vaut 80 euros (110 dollars). Un « prix d’ami » atteint 500 euros si vous repartez avec 10 mètres cubes. Frais de livraison inclus, par chance : un mètre cube de neige compacte pèse… 400 kilos.


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