1er décembre 2011

Entre le fleuve et la brique

DÜSSELDORF - Avec le Rhin qui exercera son contraste sur les skieurs, son traditionnel marché de Noël à un jet de pierre et les 260 bars et restaurants de sa vieille ville, Düsseldorf s’invente un hiver artificiel ces jours-ci pour accueillir la Coupe du monde de ski de fond.

Capitale de la mode en Allemagne et siège de plus de quelque 300 institutions financières et compagnies d’assurance, cette ville de près de 600 000 habitants (1,2 million dans sa région élargie) nourrit ses ambitions pour offrir un événement éclaté.

Nous verrons ici une formule atypique développée par la Fédération internationale de ski (FIS), celle de présenter en milieu urbain des épreuves de ski de fond. Certaines grandes villes adhèrent désormais à ce mouvement, dont Stockholm, Milan, Moscou et… Québec en décembre 2012.

Curiosité
Ce qui existait en béton hier deviendra un parcours de 800 m blanchi de neige à compter de vendredi. Les rasades de vin chaud servies sur la Markplatz ne donnent pas la berlue : Alex Harvey et autres participants de la Coupe du monde glisseront bel et bien sur leurs planches en pleine ville.

« Imaginez, c’est gris partout et puis, pouf !, il y a de la neige blanche. Juste ça, ça pique la curiosité. Les gens viennent voir. Ça va se remplir, c’est bon pour les affaires », a partagé Kemal Turkmen, gérant au restaurant Marcel’s, si près de l’action qu’il devra condamner sa terrasse afin de laisser filer la horde de skieurs.

Bon investissement
Coincé entre le fleuve et la brique des immeubles et commerces, le tracé suscite l’intérêt à lui seul. Entre 150 000 et 200 000 spectateurs assisteront aux deux journées de compétition. D’ici, on imagine l’effet que ça pourrait donner, les 8 et 9 décembre 2012, quand les meilleurs fondeurs de la planète s’époumoneront sur la Grande Allée.

« Grâce à cela, nous sommes maintenant sur la carte des événements internationaux », a dit fièrement Christina Begale, directrice de sportAgentur, société municipale et principale organisatrice de cette Coupe du monde depuis ses débuts en 2002.

« Si on considère les images de notre ville diffusées dans 60 pays, c’est un bon investissement. Ça doit se comparer avec ce que doivent retirer les villes et villages durant le Tour de France. Si on devait allouer l’équivalent en budget de marketing, ce serait beaucoup plus que la part investie par la Ville dans cet événement », a indiqué Mme Begale, qui se garde de révéler la participation de la Düsseldorf au budget d’organisation, sinon que c’est « moins qu’un million » d’euros.

« Pas nécessaire »
Düsseldorf ressemble en plusieurs points à ce que Québec proposera dans un an : unicité d’événement, vieille ville à proximité, ambiance festive, etc. Les meilleurs athlètes du monde feront oublier que cette ville a été détruite à 85 % durant la Seconde Guerre mondiale.

« Mon opinion, c’est que cet événement n’est pas une chose nécessaire », tranche toutefois Daniel Meyer, serveur depuis huit ans au Cafe Alte Bastion, là où à moins de 10 m se trouvera l’une des deux épingles du parcours.

« Pour les affaires, ce n’est rien de mieux qu’une journée normale pour nous. Les gens n’entrent pas nécessairement plus. C’est dans la forêt que devraient se tenir ces courses. En plus, je ne sais pas si c’est le hasard, mais il pleut ou c’est gris à chaque année durant les deux jours de course ! »

Ne jetez pas le même sort sur Québec, voulez-vous.


1er décembre 2011

Québec lui « emprunte » l’organisation de l’événement en 2012

Düsseldorf se résigne

DÜSSELDORF - Dans cette ville de l’ouest de l’Allemagne, les organisateurs disent être liés par contrat avec la Fédération internationale de ski (FIS) afin d’accueillir encore cette compétition pour le moins originale l’an prochain. L’attribution à Québec d’un événement en milieu urbain par la FIS, en mai dernier, leur a toutefois chipé une case dans le calendrier qui leur appartient depuis dix ans.

« Nous avons un contrat (avec la FIS) », a répété à plusieurs reprises Christina Begale, directrice de sportagentur, société de l’administration municipale organisatrice de cette Coupe du monde avec deux autres partenaires.

Déception
Le ton de cette femme ne verse pas dans la revendication extrême, mais une amertume s’en dégage. Cette déception dure depuis la confirmation de Québec, le 27 mai. Son interprétation du « contrat » auquel elle fait allusion, sans vouloir élaborer, embrouille le portrait. Des négociations seraient en cours, selon elle, pour convaincre sa ville à « prendre une pause d’une année » et à revenir en 2013.

« Nous savons que la FIS a des projets avec le Canada. Peut-être pourrions-nous prendre une pause d’une année, mais il n’y a rien d’officiel », commente laconiquement la directrice en entrevue avec Le Journal.

La FIS : une année à la fois
La réplique de la FIS ne laisse aucun doute : Alex Harvey et les meilleurs fondeurs de la planète glisseront bel et bien sur la Grande Allée, les 8 et 9 décembre 2012.

« Les calendriers sont confirmés par le sous-comité de la Coupe du monde et le comité de ski de fond, puis ensuite approuvés par le conseil général de la FIS. Il n’y a pas d’autre façon d’obtenir un événement de la Coupe du monde. Les contrats entre les organisateurs, la FIS et les fédérations nationales sont réglés une année à la fois », a expliqué le directeur du comité de ski de fond de la FIS, Jürg Capol, lors d’échanges de courriels avec Le Journal.

« Düsseldorf peut avoir un contrat avec la Fédération allemande de ski pour se porter candidate pour un événement, mais (…) ça ne signifie pas pour autant que les candidatures soumises par les fédérations nationales obtiennent toutes une réponse positive », écrit aussi Capol.

Québec sans inquiétude
Peu importe sa magnitude, la secousse sismique n’a pas été ressentie à Québec.

« On a déjà nos ententes avec les distributeurs internationaux (de télédiffusion) et le comité de marketing de la FIS. Tout est enclenché comme convenu et, compte tenu de toutes les démarches réalisées et même l’annonce officielle faite par la FIS (en mai dernier), il n’y a rien qui changera, c’est sûr », a réagi le président de Gestev, Patrice Drouin, joint avant son départ pour venir observer cette Coupe du monde en Allemagne.

Bye-bye Düsseldorf donc, a décidé la FIS. Du moins pour une année ou deux. « Envers nous, je ne sais pas, mais envers la fédération allemande, ce n’est pas très poli », dit seulement Christina Begale.


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