26 février 2011

Cologna et Northug, deux skieurs aux caractères et styles antagonistes

La personnalité des deux rivaux se retrouve dans leur façon de skier Cologna et Northug, deux skieurs aux caractères et styles antagonistes. La manière d'être calme et tranquille du Grison se reflète dans son style efficace et économique sur les skis. Le Norvégien est volontiers plus agressif et plus provocateur.

Bernard Morel

L'un a fêté ses 25 ans le 6 janvier dernier, l'autre les fêtera le 11 mars prochain. Petter Northug le Norvégien et Dario Cologna le Suisse ont en commun d'avoir le même âge et d'être des skieurs de fond de grand talent. Sans gagner toutes les courses, ils dominent la planète ski de fond depuis deux saisons: deux titres olympiques, quatre titres mondiaux et une Coupe du monde pour Northug, un titre olympique, une Coupe du monde et deux Tours de ski pour Cologna.

Surtout, ils sont les deux personnalités les plus marquantes du ski de fond, celles dont on parle le plus. Mais deux personnalités au caractère et au style antagonistes.

Une sorte de Federer - Nadal
Même si comparaison n'est pas raison, on ne peut s'empêcher de tirer un parallèle entre Dario Cologna et Petter Northug d'un côté, Roger Federer et Rafael Nadal de l'autre. Cologna et Northug aiment la victoire et détestent la défaite autant l'un que l'autre, mais ils ne le montrent pas de la même manière. On retrouve une certaine introversion chez le Grison - certes de loin pas autant que chez Carlo Janka - alors que le Norvégien est plutôt extraverti.

« La différence entre Cologna et Northug ? Petter sort davantage son adrénaline, Dario, lui, est un meilleur perdant », relève le Norvégien Tor Arne Hetland, entraîneur des sprinters suisses. Et l'ancien champion du monde de sprint d'ajouter: «Dario dégage une belle image et plaît aux gens. En Norvège, il est très apprécié. Il est plus connu et plus populaire que Roger Federer.» Il émane de Dario Cologna une grande force tranquille. Il aime ses racines et n'oublie pas d'où il vient, un milieu modeste. Il y a quelques années, ses parents, Remo et Christine, avaient vendu leur maison pour permettre à leurs trois enfants - deux garçons et une fille - de poursuivre leurs études au lycée de Ftan, en Basse Engadine.

Aujourd'hui, le leader de la Coupe du monde gagne très bien sa vie, mais n'est pas forcément prêt à tout pour accroître son compte en banque. Comme son image plaît aux sponsors, il demande à être consulté lorsque l'un d'eux s'intéresse à lui. L'année dernière, il a dit non à une offre de 500 000 francs sur trois ans parce qu'il n'avait pas envie que son nom soit associé au produit.

Dario Cologna fait l'unanimité, un peu à la manière de Björn Dählie en Norvège dans les années 90. A l'inverse de son prestigieux aîné, Petter Northug est davantage controversé dans son pays. Même si les gens lui sont très reconnaissants d'être le premier Norvégien, en 2010, à avoir ramené la Coupe du monde au pays depuis Dählie, il n'a pas que des amis.

« Northug ne laisse personne indifférent, nous dit une amie norvégienne. Tout le monde a une opinion sur lui. Elle est positive ou négative, en fonction de ses résultats, de ses attitudes aussi. Il dégage parfois une certaine arrogance, mais ça fait partie de son image. »

Un exemple pour situer cette controverse: en décembre à La Clusaz, après avoir terminé deuxième de la poursuite, Petter Northug ne s'est pas présenté à la cérémonie protocolaire. La FIS lui a infligé 1000 francs d'amende et dans la presse norvégienne, l'ancien champion Vegard Ulvang a critiqué son attitude. Le quotidien de boulevard VG a lancé un sondage, duquel il est ressorti que 70% des sondés approuvaient les propos d'Ulvang.

« C'est vrai qu'il peut être parfois agressif, mais je suis convaincue qu'il n'est ainsi que face aux médias », déclare Guri Hetland, épouse de Tor Arne et cheffe entraîneur des fondeurs suisse. Dans une interview au magazine Mann, l'amie de Petter Northug, l'athlète Rachel Nordtömme, le décrit comme quelqu'un de « très engagé socialement ». « J'apprécie sa rage de vaincre et sa valeur sportive, mais il a beaucoup d'autres qualités. Il est étonnamment intelligent par rapport au fait qu'il n'a pas fait d'études et n'a toujours connu que le ski. » Mais elle ajoute que «quand il gagne, il devient terriblement ennuyeux ».

Directeur du ski de fond à la FIS, le Suisse Jürg Capol ne voit que des avantages à avoir comme figure de proue deux personnalités aussi différentes. « Dario Cologna est calme, on le prend tout de suite pour un copain, alors que Petter Northug a une plus grande gueule et provoque volontiers. J'aime les deux manières de s'exprimer. »

Supérieur tactiquement
Cette différence dans les caractères se retrouvent dans leur style sur la neige. « C'est vrai, reprend l'ancien fondeur grison. Dario est très stable et a un style plus économique et plus efficace que Petter, lequel skie plus en force. Il est également supérieur tactiquement. En cas d'arrivée au sprint en revanche, le Norvégien a l'avantage. » Et Daniel Hediger de conclure : « Cela prouve qu'il n'y a pas qu'une manière de gagner des courses.»

Le Grison aimerait éviter une arrivée au sprint
La double poursuite, épreuve phare du jour, est un nom hérité de l'ancienne manière de la disputer : une course individuelle en style classique qui déterminait l'ordre de départ pour celle en skating. Depuis quelques années, le départ se fait en masse avec changement de skis et de style au milieu, mais le nom n'a pas changé. Dario Cologna fonde de grands espoirs sur cette épreuve, mais elle ne lui a guère souri tant aux Mondiaux de Liberec en 2009 qu'aux JO de Vancouver il y a un an. Notamment à cause d'un problème de fartage. Pour la partie en skating, les servicemen sont contraints d'anticiper les conditions de neige car les skis ne peuvent pas être placés au tout dernier moment dans les boxes. Dario Cologna ne peut qu'espérer que, cette fois, il aura un matériel au top. « Je ne suis pas inquiète car nous avons une excellente équipe de farteurs », dit Guri Hetland, la cheffe entraîneur des Suisses. À propos de la course, Cologna sait qu'une arrivée au sprint ne serait pas forcément à son avantage. « À moins que ce soit avec Bauer », rit-il. Et d'ajouter: « Il faudra imprimer un tempo élevé pour éliminer un maximum d'adversaires et essayer d'attaquer pour éviter une arrivée au sprint. »


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