9 mai 2010
Même si elle n’a que 18 ans, la biathlonienne Audrey Vaillancourt impressionne par son grand contrôle. Ses études, sa carrière sportive, sa vie familiale et sociale, Audrey est en contrôle de tout, même des petits détails, comme de sa respiration lorsqu’elle doit faire feu avec son arme.
Jacques Laplante
Amusée par cette remarque, Audrey explique que ce qui semble être un petit détail est en réalité un véritable exploit. « Lorsqu’on prend position pour faire feu, on est encore tout essoufflé. On vient de faire quelques kilomètres en ski et on n’a pas le temps de reprendre son souffle. J’essaie de contrôler ma respiration, mais il faut faire vite », raconte Audrey.
Avec un coeur qui peut atteindre les 180 battements à la minute et des poumons en manque d’air frais, Audrey doit toucher cinq fois une cible installée à 50 mètres, à peine plus grosse qu’un pamplemousse.
C’est donc encore essoufflée qu’elle pointera le canon légèrement sous la cible. Elle s’efforcera d’aspirer doucement afin que le canon lève légèrement. Lorsque la cible sera dans sa ligne de mire, Audrey cessera de respirer et fera feu. Elle rechargera en reprenant sa respiration et recommencera ce manège quatre autres fois.
« Selon ma condition physique, je ferai feu toutes les deux secondes » , souligne Audrey qui témoigne encore une fois de sa capacité à tout contrôler. Et si elle rate la cible ? C’est la catastrophe ! « Si je rate un seul coup, explique la candidate au concours Bourses d’études jeunes athlètes du Journal de Québec/RBC, on me pénalise en ajoutant une minute à mon temps ou encore en m’obligeant à faire une boucle additionnelle de 150 mètres. » En effet, dans ces conditions, aussi bien tout contrôler, même ce qui semble anodin.
La déveine
Membre de l’équipe nationale de développement, catégorie benjamine, Audrey Vaillancourt n’aura véritablement perdu le contrôle qu’une seule fois depuis le début de sa carrière en 2004. C’est à la finale sprint six kilomètres du Championnat mondial tenu en Alberta à l’hiver 2009.
« On était au dernier tour, commence par raconter Audrey. Il ne restait que 150 mètres à faire. J’étais première, mais totalement vidée. Je skiais comme un robot. J’entendais plein de gens crier : “ Fighting for gold !”, mais je ne voyais plus rien. Tout était flou. Je reconnaissais quand même les voix de mes deux frères et celle de mon coach qui m’encourageaient. Soudain, ce fut comme un flash. Tout le corps a lâché en même temps. Je me suis écroulée et il m’a fallu un bon cinq secondes pour me ressaisir. Je me suis relevée et j’ai repris la course », explique Audrey.
« À l’arrivée, j’étais blanche comme un drap. Je pleurais, mais c’était un mélange de joie et de déception. J’avais gagné le bronze, c’est vrai, mais c’est l’or que j’aurais dû gagner », ajoute la jeune femme.
Dans le top 10
Audrey, qui a rapidement repris le contrôle de ses émotions, n’a pas été ébranlée par cette déveine. Le lendemain, elle s’est présentée à la ligne de départ du 7,5 kilomètres poursuite et a fait une autre belle course terminant cette fois au 5e rang.
« Pour moi, ce sont d’excellents résultats. Avec seulement une année d’expérience sur la scène internationale, me retrouver dans le top 10 me satisfait. Ma progression est constante et je sais que je vais encore m’améliorer », souligne la biathlonienne qui ne vise rien de moins que les Jeux olympiques de 2014 à Sochi en Russie.
Il ne fait aucun doute, l’athlète originaire de Val-Bélair a de bonnes chances de réaliser cet ambitieux objectif. Encore très jeune, Audrey, qui est toujours dans la catégorie benjamine, ne commencera son stage chez les seniors qu’en 2011.
Avant de cogner à la porte du grand club, elle a encore beaucoup de balles à tirer, de cibles à atteindre et de kilomètres à parcourir en ski. Mais inutile de s’en faire, tout est sous contrôle; même ses performances académiques qui, en dépit du fait qu’elle voyage et s’entraîne beaucoup, frisent les 91 %.
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