Novembre 2000

Guido Visser skieur des bois
Ce n'est pas pour me vanter, mais réussir à garder Guido Visser assis au même endroit pendant une heure est un petit exploit. Il faut dire que nous étions attablés au centre-ville de Sainte-Foy, et qu'il lui était impossible de faire autre chose que de répondre à mes questions... Déjà, au téléphone, il m'avait prévenu : «Moi, je t'aurais bien dit d'amener ton vélo, et on aurait pu jaser en pédalant. Les cafés, c'est pas mon fort... Et puis je n'en connais même pas, de cafés !» Comme je ne suis pas plus familier avec les endroits sympas à Québec que lui, on s'est rencontrés... sous le grand M jaune.
«J'ai un gros problème avec les villes, annonce-t-il d'emblée : je hais l'asphalte. Quand je fais du ski à roulettes sur une piste cyclable, je dois m'imaginer que je suis perdu au fond des bois si je ne veux pas capoter !»
Son attirance pour les sports de grand air n'a pourtant pas toujours été aussi marquée. Ses parents, qui étaient propriétaires d'un terrain de camping à Bromont, avaient beaucoup de temps libre l'hiver, de sorte qu'il amenaient souvent toute la famille en ski de fond. « Tu peux pas t'imaginer à quel point je haïssais ça ! On partait faire de longues randonnées, et moi je voulais mourir tellement je trouvais ça plate. Vraiment, je ne voulais rien savoir.»
Un peu plus tard, il s'essaya au ski alpin, et décida que ce sport était fait pour lui. Et puis, quand on grandit à Bromont, il est difficile de ne pas succomber au plaisir de la glisse. Dès l'école primaire, les enfants vont sur la montagne une fois par semaine dans le cadre de leurs activités sportives.
«Puis, à 16 ans, mon père m'a emmené faire du ski de fond, mais en faisant du pas de patin plutôt que du pas alternatif. C'est ce jour-là que j'ai commencé à tripper sur le ski de fond.» Quelques mois plus tard, il finit premier dans la catégorie des 16 à 17 ans et est aussitôt recruté sur l'équipe du Québec. «Je n'avais pas de technique ! se souvient-il. Je coursais avec des gars qui faisaient des compétitions depuis l'âge de 8 ans, alors que moi je commençais à peine à savoir skier ! Mais j'adorais tellement ça que je m'en foutais.»
En déménageant à St-Féréol-les-Neiges, Guido fait la connaissance de Pierre Harvey, figure marquante du ski de fond au Québec s'il en est. «Il venait cogner à la porte à 6 h 30 du matin pour qu'on aille s'entraîner !» dit-il en baissant les yeux, l'air de dire «Je suis béni des dieux de pouvoir m'entraîner avec un type comme lui !»
« Aujourd'hui, je cours avec Guido environ un matin sur deux, explique Pierre Harvey. Après ça, moi je m'en vais travailler, mais lui il continue à s'entraîner. J'ai suivi sa carrière depuis ses débuts, et je peux dire que je me vois en lui. Le vélo de montagne, le ski de fond : on est passés par les mêmes endroits ! Et puis j'admire beaucoup le fait qu'il ait réussi à se bâtir une vie autour du sport. Trop d'athlètes mettent tous leurs oeufs dans le même panier, et ne vivent que pour performer dans leur sport. Laisse-moi te dire qu'ils tombent de haut quand leurs performances diminuent.»
«Le ski de fond, ce n'est pas une discipline évidente, poursuit Harvey. Aujourd'hui, on veut un succès instantané, mais le ski de fond c'est tout à fait l'inverse du succès instantané. Quand un gars est champion du monde, il peut le rester pendant dix ans. C'est dur pour les jeunes qui poussent en arrière, qui veulent percer. Guido est très tenace, très persévérant.»
Parallèlement au ski de fond, Guido Visser se lance dans le vélo de montagne. Il a d'ailleurs fait partie de l'équipe canadienne au début des années 90. «Quand j'ai commencé à faire du vélo de descente, les gars qui faisaient de la compétition, c'étaient pas mal tous des poteux qui essayaient de lancer un nouveau sport. Alors, comme moi j'étais déjà en forme, ça n'a pas été long que je me suis retrouvé parmi les meilleurs ! Mais je me suis rendu compte que, si je voulais devenir champion du monde, je devais dévisser une couple de vis dans ma tête pour aller plus vite. C'est là que j'ai décidé d'arrêter les compétitions, et de me consacrer entièrement au ski...»
Et puis il y a eu les Olympiques de Nagano, en 1998. Guido finit sa course le dernier, en 64e position. «Ce que les gens oublient de dire, c'est qu'il y a 16 skieurs qui ont abandonné parce que les conditions étaient trop difficiles ! lance Jean Boisvert, un ami de longue date qui habite à deux pas de chez lui, à St-Ferréol. Guido a choisi de continuer malgré tout. Il est comme ça : têtu, acharné, mais aussi relax en même temps. Quand il vient chez nous, il est tout le temps en train de jouer avec les enfants. Même avant les grosses compétitions de vélo, il ne stressait pas quand ils l'aidaient à ajuster son vélo !»
Pour représenter le Canada à Sait Lake City en 2O02, Guido devra tour à tour être sélectionné pour aller à la Coupe du monde, puis au Championnat du monde, et ensuite faire le standard olympique. «En février prochain, je serai fixé sur mon sort ! rigole-t-il. Mais je crois que j'ai des bonnes chances de faire l'équipe. Et puis, comme je suis déjà allé aux Olympiques, je serai moins stressé que les plus jeunes qui s'essaient pour la première fois. Ça me donne un petit avantage.»
Et l'entraînement ? S'impose-t-il un programme rodé au quart de tour ? «J'ai toujours été actif. Quand j'étais jeune, je travaillais au camping de mes parents. Je coupais le gazon, je faisais toutes sortes de travaux, et c'est ça qui m'a mis en forme. Maintenant, je m'entraîne à peu près tous les jours. Je n'en fais pas une maladie, mais je sens qu'il me manque quelque chose quand je n'ai pas fait de sport dans la journée. Je demande souvent des conseils, mais je n'ai pas d'entraîneur personnel. Et quand il pleut, j'en profite pour avancer dans ma maîtrise.»
À 30 ans, Guido complète sa maîtrise en génie mécanique à l'Université Laval. En tant qu'athlète étudiant, il reçoit des bourses, en plus d'être commandité par quelques compagnies. Et il se compte chanceux d'être arrivé dans le sport à un moment où il était encore adéquatement subventionné. «Quand j'ai commencé à faire des compétitions de ski de fond en 1988, j'ai tout de suite eu la chance d'aller faire un camp d'entraînement en Colombie-Britannique. Mais par la suite, il y a eu une grosse baisse dans les subventions, et ça a fait mai à tous les sports. Après ça, les jeunes qui voulaient participer à un camp d'entraînement devaient travailler fort pour payer leur voyage. Et quand ils réussissent à mettre quelques centaines de dollars de côté, c'est bien plus tentant pour eux d'aller passer des petites vacances dans le Sud que d'aller s'entraîner comme des bêtes en Colombie-Britannique ! Je crois que la fin des voyages payés a fait très mal au sport...»
L'entrevue terminée, Guido ne s'est pas fait prier pour profiter du bel après-midi ensoleillé d'automne qui s'annonçait pour aller se lancer sur la piste cyclable en skis à roulettes. En s'imaginant sûrement être au fond des bois...
page mise à jour le 7 octobre 2009 par SVP

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