14 février 2010


Jean-Phillipe Le Guellec
photo : AFP

Jean-Philippe Le Guellec réalise sa meilleure performance à vie

« À chaque tir, j'entendais la foule qui m'encourageait. C'était vraiment malade comme atmosphère. Je n'en reviens pas encore. »

Michel Lajeunesse

Devant les siens, pour la plus grande occasion de sa jeune carrière, Jean-Phillipe Le Guellec a mis le pied dans la porte. Il n'a plus qu'un pas à franchir pour se retrouver dans la cour des grands.

Il a entrepris dimanche de façon exceptionnelle les Jeux olympiques de Vancouver en arrachant la sixième place du sprint en biathlon avec un temps de 24 minutes, 57,6 secondes, soit 48,8 secondes de plus seulement que le Français Vincent Jay, vainqueur de l'épreuve.

Le Guellec s'est retrouvé à seulement 35 secondes de la troisième place obtenue par le Croate Jakov Fak.

Un seul tir, une seule cible ratée a fait la différence en cette journée où on a eu droit à de la pluie, de la neige, de la neige mouillée, du grésil et finalement du beau temps.

« Je suis extrêmement satisfait de ma performance, a dit le jeune homme de Shannon, près de Québec. Je sentais que la foule était derrière moi.

« J'ai connu un excellent départ et j'ai couché toutes les cibles au premier pas de tir. Au tir debout, j'ai raté la troisième cible de peu, j'ai tiré sur la gâchette un peu trop vite, mais je n'ai pas perdu de ma concentration. »

Le Guellec n'en était qu'au milieu de sa course quand la pluie s'est mise de la partie.

« Je pense que les conditions étaient justes pour tout le monde. Mais en fait, quand la pluie s'est mise à tomber drue, cela a rendu les conditions plus rapides. Ce n'est qu'au niveau de la visibilité que les choses étaient plus difficiles. Mais les choses allaient plus vite en ski. »


Jean-Phillipe Le Guellec
photo : Reuters

Record canadien
Cette performance, la meilleure pour un Canadien depuis la neuvième place de Steve Cyr aux Jeux d'Albertville en 1992, ne semble être qu'un début pour le jeune biathlète, qui avait montré tout son potentiel il y a quelques années aux championnats mondiaux juniors.

Il se retrouvera en belle position mardi dans la poursuite de 12,5 kilomètres.

« J'aime la poursuite parce que c'est le fun, a-t-il dit. On est côte à côte au tir, on se bagarre. C'est du sport. Mais mes objectifs demeureront les mêmes. Je veux skier rapidement, me concentrer sur ma course en espérant obtenir encore de meilleurs résultats. Aujourd'hui, je me suis concentré tout au long de la course sur ma technique.

« Je sais que mes parents étaient là, tout comme mon épouse, mais j'étais tellement concentré au départ que je n'ai rien entendu. Je n'avais pas vraiment d'émotions particulières.

« À la fin, je commençais à ressentir les effets de l'acide lactique et c'est exactement ce que je voulais. Nous avons travaillé très fort pour arriver jusqu'ici et je sentais en fin de course que j'avais tout donné ce que je pouvais. Nous avons connu des hauts et des bas au cours de l'hiver parce que tout l'entraînement avait pour but de me permettre d'être en grande forme en arrivant ici.

« Là je me retrouve en excellente position pour la poursuite où tout peut arriver. La boucle de 2,5 kilomètres utilisée pour la poursuite est très rapide et il faudra se concentrer encore plus. »

« Exceptionnel »
Son entraîneur Jean Paquet n'est pas l'homme des grands discours. Il est plutôt du genre réservé. Mais là, il ne pouvait cacher sa joie.

« Nous espérions qu'il puisse faire un top 10. Cette sixième place, c'est exceptionnel », a dit Paquet.

« Nous savions que J.P. allait avoir beaucoup de pression sur les épaules en arrivant ici. Mais la pression, il s'en nourrit. Quand je l'ai vu abattre les cinq cibles au premier pas de tir tout en ayant conservé un excellent temps, je savais qu'il allait connaître une bonne course. Avant cette cible ratée au deuxième tir, je savais qu'un podium était possible, je pensais même qu'il était très près du podium. Là il est en super belle position pour la poursuite. »

Le grand Ole Einar Bjoerndalen a raté quatre cibles, dont trois au tir couché, et n'a pu faire mieux qu'une 17e place. Il entreprendra la poursuite une minute derrière Le Guellec.

« Cela vous montre comment c'est un sport difficile. C'est un peu un sport coupe-gorge. Depuis Turin, c'est l'escalade. Le tir s'est amélioré, le ski s'est amélioré, le tout à une vitesse incroyable », a dit Le Guellec.

Il a admis que le fait de partir dans le groupe de tête l'a vraiment avantagé.

« C'était là le plan de match, a dit Geret Coyne, gérant de l'équipe canadienne. C'est Jean Paquet qui a pris la décision finale. On lui en doit une. Jean-Phillipe avait aussi de bons skis. Nos techniciens ont travaillé très fort. Il fallait les bons skis, la bonne structure surtout et la bonne cire. Ça promet pour le reste et la performance de J.P. aidera même le moral des filles, c'est certain. »

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