9 février 2006

Beaucoup de travail pour la nutritioniste de terrain
Mélanie Olivier est arrivée un peu en retard au rendez-vous. La nutritionniste de la délégation canadienne avait dû faire un détour à l'épicerie pour acheter des craquelins sans blé. Elle venait d'apprendre qu'un athlète allergique aux céréales était un peu mal pris à Sestrières.
I1 y a quatre ans, le même athlète aurait eu à se débrouiller par ses propres moyens. Méchant défi quand on n'est pas chez soi, que le stress nous tenaille et qu'on doit passer à travers le lourd dispositif de sécurité olympique.
Heureusement, à Turin, Mélanie est là pour le moindre petit besoin des Canadiens : céréales Cheerios, beurre d'arachide, barres granolas ou même le bon vieux pop-corn. Elle peut aussi conseiller une alternative santé et sensée à l'Oeuf McMuffin : « Prends deux tranches de pain, un neuf, du bon jambon et une bonne tomate... »
La Québécoise de 33 ans est la première nutritionniste à accompagner une équipe olympique canadienne. En raison d'un contrôle serré des accréditations, on offrait ce choix aux athlètes dans le passé : la physio ou la nutritionniste ? La première l'emportait invariablement, un massage musculaire ayant un effet plus immédiat et perceptible que le conseil d'une nutritionniste.
Mais le Comité olympique canadien (COC) s'est résolument tourné vers la performance depuis l'obtention des Jeux d'hiver de 2010 par Vancouver et Whistler. Le COC a refait ses devoirs, éliminé quelques cravatés et embauché Mélanie Olivier, déjà impliquée avec plusieurs athlètes olympiques, dont les patineurs courte piste, la skieuse Geneviève Simard et les patineurs artistiques Valérie Marcoux et Craig Buntin. Le public la connaît plutôt dans son rôle de conseillère du boxeur Éric Lucas.
Avant de partir pour le Piémont, les athlètes l'avaient rassurée : ne t'en fais pas, aux JO, y a de la bouffe en masse, tout le temps et partout.
Mais Mélanie est tombée des nues depuis son arrivée à Turin, le 31 janvier. D'après ce qu'elle a compris, la compagnie responsable de la nourriture au Village des athlètes souhaitait leur faire vivre une véritable expérience alimentaire à l'italienne.
« Ils ne voulaient pas de cabarets. Donc on s'assoit, on prend le temps de manger et de jaser. Ensuite, on se lève pour aller prendre un petit café au bar », a raconté la nutritionniste, hier après-midi, devant... un petit café.
Oups, il faudra faire de l'éducation sur l'horaire et les besoins spécifiques de l'athlète de haut niveau, a-t-elle constaté à son grand désarroi. « Culturellement, l'idée est louable, mais les Jeux olympiques, ce n'est pas ça », a expliqué cette ancienne skieuse qui a déjà fait partie de l'équipe du Québec. « Je veux manger quand je veux, il faut que ça fonctionne. Je suis dans ma bulle. Si j'ai faim, il faut que je trouve ce dont j'ai besoin. »
Mélanie Olivier se décrit comme une nutritionniste de terrain. Le bureau, bien peu pour elle. À six heures trente du matin, elle est donc à pied d'oeuvre, surveillant « la ligne de service » à la cafétéria.
« Je suis là à différents moments de la journée pour voir si ce qui est inscrit sur les menus est respecté. Je vérifie la fraîcheur et la qualité de ce qui est offert. Je suis là pour le changement de repas entre 10 h et midi, pour voir s'ils cachent mes mueslis ! Par exemple, à 10 h15 hier, ils enlevaient les trucs de déjeuner et ma gang de courte piste dormait encore. »
Mélanie doit également expliquer aux responsables que les athlètes peuvent vouloir des pâtes aussi bien à 21 heures qu'à minuit. Et qu'ils grignotent souvent.
« Ils ont besoin de prendre des petites choses rapidement, passer dans la cafétéria, et ressortir. Le hic, c'est qu'à part le McDo, ils ne peuvent pas sortir de nourriture de la cafétéria. S'ils veulent une banane, ils doivent la manger sur place. C'est le règlement. C'est une question d'hygiène dans les chambres », a-t-elle relaté, précisant que la surveillance n'est quand même pas militaire.
Dans les premiers jours, des athlètes ont aussi grincé des dents devant l'absence de lait frais et de yogourt exempt de matières grasses. Presque chaque soir, Mélanie remplit donc sa liste de demandes officielles en plus de faire pression directement auprès de la responsable des services alimentaires.
Tout ne tourne pas rond, mais la nutritionniste de l'équipe canadienne prend toutefois soin de louer l'écoute attentive et la capacité d'adaptation rapide du comité organisateur italien.
« Je me sens mal quand j'écris à la responsable. Mais je lui dis : Dé solée de vous mettre de la pression comme ça, mais il faut que vous soyez prêts parce que les athlètes, eux, sont prêts pour les Jeux. »
En voilà une qui saura quoi dire au comité organisateur des Jeux de Vancouver-Whistler.
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