23 février 2002

FORUM

«Rapporte-nous l'or !»

Qu'arrive-t-il à ceux à qui les supporters avaient demandé l'or, et qui reviennent juste avec une 8e ou une 20e place ?

Myriam Bédard

Myriam Bédard a remporté deux médailles d'or en biathlon aux Jeux olympiques de Lillehammer,
en 1994, gagnant les épreuves de 7,5 et du 15 km. Elle est ainsi devenue la première Canadienne
à remporter deux médailles d'or olympiques.

J'assistais, l'autre jour, à la conférence de presse suivant la performance de Jamie Salé et de David Pelletier lors de laquelle David a exprimé aux membres de la presse son soulagement. Ils venaient, lui et Jamie, de réaliser la performance de leur carrière. Ce soir-là, 11 février 2002, venait de mettre fin à toute la pression qu'ils subissaient depuis les six derniers mois.

La pression est lourde sur les épaules d'un athlète quand il arrive aux Jeux olympiques avec le titre de champion du monde. Ayant moi-même vécu cette pression, je peux comprendre que ce soit difficile à imaginer pour ceux qui n'ont jamais vécu pareille situation. C'est probablement pour ça que David a bien fait rire les journalistes lorsqu'il a dit avoir vécu beaucoup de nuits blanches au cours des six derniers mois et que la pression de la population avait été énorme pour lui.

Pensons-y un instant. Dans le cas de David Pelletier, une simple visite à l'épicerie pour acheter un pain ou à la quincaillerie pour acheter un marteau était sans doute devenue une expérience difficile, alors que tous les gens qu'il rencontrait lui demandaient de ramener l'or des Jeux olympiques.

La pression augmente
À un moment donné, la pression devient extrêmement forte pour l'athlète et le public ne réalise pas l'ampleur de la simple petite demande: « Rapporte-nous l'or David ! ». Au fond, c'est peut-être une façon pour le public et les supporters de souhaiter bonne chance aux athlètes, mais à chaque fois que cette petite phrase retentit, la pression augmente.

Pour David et Jamie, on le sait tous maintenant, il sera désormais possible de retourner à l'épicerie ou à la quincaillerie la tête haute. Mais cette fois, ils devront aussi affronter un autre genre de pression, celle de serrer des mains et de signer des milliers d'autographes. Nous en convenons tous, c'est là le meilleur des deux mondes, si on considère que leur carrière chez les professionnels est maintenant assurée avec cette médaille d'or !

Mais qu'arrive-t-il à ceux à qui les supporters et le public en général avaient demandé l'or, et qui reviennent seulement avec une huitième ou une vingtième place ? Ceux et celles sur qui les commanditaires fondaient de grands espoirs et avaient peut-être même déjà commencé à bâtir une image de marque ? Pour eux aussi ce sera difficile de sortir de la maison, mais pas pour les mêmes raisons que ceux qui sont montés sur le podium.

À partir de lundi, ils vont constater la déception du public et lire leur défaite sur tous les visages. Que ce soit de leurs amis, de leur famille, de leurs commanditaires, de l'épicier, des coéquipiers d'entraînement, etc. C'est simple, dans un cas comme ça, les gens ne savent plus comment réagir et l'athlète, lui, souhaite seulement passer à autre chose.

L'athlète qui se rend aux Jeux olympiques, c'est quelqu'un qui a tout sacrifié pour gagner l'or. Cette persévérance et ce sens du sacrifice sont les mêmes, pour celui qui gagne l'or, comme pour celui qui termine dixième. La plus grande différence qui les sépare, réside dans le fait que le premier a bien réussi à maîtriser sa technique et le stress le jour J, tandis que celui qui est dixième a cédé, pour différentes raisons, même s'il possède les mêmes qualités profondes qui motivent la médaille d'or.

Continuer quatre ans de plus ?
Pour l'athlète qui n'a pas remporté de médaille, les performances olympiques font partie du passé. Le futur pour lui, c'est de continuer quatre autres années afin de retourner tenter sa chance aux prochains Jeux ou de mettre fin à sa carrière. Pour l'athlète qui décide de continuer, la défaite va durer 24 heures, une semaine au plus, mais pas des années.Ce qui est difficile, c'est de se faire rappeler cette défaite, et pire encore, de devoir parler de cette défaite pendant des mois à venir aux oncles, aux tantes, au patron, aux commanditaires, bref, à tout ceux qui vont les reconnaître dans la rue.

On dit souvent qu'en parler c'est bon, que ça aide à dédramatiser et à passer à autres choses. Mais en parler tout le temps, à mon avis, ça peut mener à la dépression. Dans ce cas, ce qui est important pour l'athlète, c'est de vivre au présent et de laisser l'échec derrière lui.

Pour certains athlètes, l'échec sera une leçon de vie qui aura un effet motivateur pour repartir en force. Dans plusieurs cas, on reverra ces athlètes plus forts dans des jeux futurs. Pour d'autres, ce sera la compétition qui mettra fin à une carrière.

Après les épreuves de biathlon, je me suis rendu dans le chalet des athlètes. C'est là que se retrouvent ceux et celles qui ne monteront pas sur le podium, ce jour-là. Trois athlètes étaient installés aux téléphones publics qui sont à leur disposition à l'intérieur du chalet, probablement en train de parler avec un membre de leur famille, en Europe ou ailleurs. Je pouvais lire une grande douleur sur l'un de ces visages. Une douleur semblable à celle que l'on éprouve, lors du décès d'un être cher.

Il y a une blessure interne et profonde, il y a le deuil du rêve olympique à cicatriser. Je connais cette athlète et en parlant avec des membres de son équipe technique, j'ai appris qu'elle souffrait de graves crises d'asthme depuis le début de la saison. Malgré cette difficulté, il restait tout de même de l'espoir pour elle à Sait Lake City. Mais, à cause de l'altitude, la course a été très pénible pour elle et ses espoirs se sont rapidement éteints.

Dans le cas d'une autre, je me demandais vraiment pourquoi elle n'était pas sur le podium ce jour-là. En parlant avec ses proches, j'ai appris qu'elle avait vomi toute la nuit qui avait précédé l'épreuve. Pour certains athlètes, la pression devient si forte qu'elle n'a plus l'effet salutaire qui peut permettre de déplacer des montagnes, et alors c'est l'échec.

Je crois que ce qu'il faut retenir de tout ça, c'est que les athlètes sont des êtres humains comme tout le monde. Malheureusement, dans le cas d'un athlète, il n'est pas possible de prendre une journée de congé quand ça ne va pas. Comme on appellerait au travail pour se déclarer malade. L'athlète ira faire la course de sa vie, comme si tout était normal et, en plus, devra subir le jugement et peut-être même se voir infliger l'échec. Combien de fois ai-je entendu des gens me dire : « Mais vous les athlètes, vous n'êtes jamais malades. Vous êtes fait plus forts que tout le monde. » Ne vous trompez pas, les athlètes sont comme tout le monde. Ce qui les différencie, peut-être, c'est qu'ils ont un courage extraordinaire et qu'ils feront toutes les épreuves, malade ou pas, parce qu'ils sont aux Jeux olympiques, qu'il leur a fallu travailler fort pour en arriver là, et qu'ils savent que leurs compatriotes fondent beaucoup d'espoirs en eux.

Alors, si vous rencontrez un athlète qui n'est pas revenu des Jeux olympiques avec une médaille, serrez-lui la main et dite lui toute la fierté que vous éprouvez pour elle ou pour lui. C'est le plus bel encouragement que vous pourrez lui donner.

____________________________________________________________

Note du webmestre : À lire également Pour qui les athlètes olympiques gagnent-ils des médailles ?


page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
vélo ski de fond plongeon
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

matériel et techniques mise en forme où faire du ski condition des pistes la course autres sites