Les dix femmes et deux hommes chargés de juger Nima Mazhari ont commencé leurs délibérations hier matin, au palais de justice de Montréal. Ce jury doit décider si l'homme de 52 ans a volé et recelé une vingtaine de tableaux de Ghitta Caiserman-Roth, d'une valeur totale d'environ 100 000$.
Christiane Desjardins
Selon la Couronne, le vol est survenu en décembre 2001, peu avant que l'artiste de près de 80 ans abandonne l'atelier qu'elle partageait avec Mazhari sur le boulevard Saint-Laurent, et qu'elle fasse déménager toutes ses oeuvres chez elle, rue Jeanne-Mance. Ghitta Caiserman-Roth s'était rendu compte de la disparition de certains de ses tableaux après le déménagement et soupçonnait Mazhari de les avoir pris. Cette information, rapportée par deux témoins, n'a cependant pas été dévoilée au jury, parce qu'il s'agit de ouï-dire qu'on ne peut vérifier, et que ce sont des éléments jugés non essentiels et trop dommageables pour l'accusé. Mme Caiserman-Roth ne pouvait évidemment pas témoigner au procès, puisqu'elle était atteinte de démence en 2003, et qu'elle est morte en 2005.
L'une des personnes à qui Mme Caiserman-Roth se serait confiée à l'époque est son galeriste habituel, Jean-Claude Bergeron. Lors de l'enquête préliminaire, celui-ci a raconté que dans le cadre d'une visite qu'il a faite à Mme Caiserman-Roth en février 2002, à son domicile de la rue Jeanne-Mance, elle lui avait dit qu'il lui manquait des tableaux. « C'est Nima qui les a pri s», avait-elle dit, selon les souvenirs de M. Bergeron. Celui-ci a aussi témoigné qu'il avait essayé d'appeler Nima Mazhari pour tirer les choses au clair, mais il n'avait pas pu le joindre. M. Bergeron était retourné à Ottawa, son lieu d'affaires et de résidence, et ne s'était plus occupé de cette histoire, pensant que la fille de l'artiste, Kate Roth, était mieux placée que lui pour agir.
Le jury n'a pas su non plus quelle était la teneur de la conversation que Benoît Bédard, frère de Myriam, avait eue avec Mme Caiserman-Roth, à l'automne 2002. En fait, c'est Pierre Bédard, père de la championne olympique, qui avait demandé à son fils d'appeler la peintre pour savoir si les toiles que Myriam lui avait confiées étaient volées. Comme M. Bédard ne parle pas anglais, il dictait ses questions à son fils Benoît.
L'artiste n'était «plus capable»
Lors de cette conversation téléphonique, Mme Caiserman-Roth aurait indiqué que parmi les toiles manquantes, il n'y en avait qu'une qu'elle avait voulu récupérer, et c'est celle de la ville de Montréal. En fait, Mme Caiserman aurait indiqué qu'elle avait été obligée de refaire cette peinture car elle était vendue au moment de sa disparition. M. Bédard lui aurait alors signalé que cette toile était en sa possession. L'artiste aurait répliqué qu'elle ne voulait plus en entendre parler, car elle était rendue «malade», et elle n'était «plus capable». Toujours selon M. Bédard, elle répétait que Mazhari était un «enjôleur, un bandit et un voleur».
Enfin, le jury n'a pas su l'entièreté des propos que Mme Caiserman-Roth aurait tenus à son avocat Me Gregory Azancot, le 7 décembre 2001. C'est le jour où Me Azancot, à la demande de sa cliente, a expulsé Mazhari de la maison de l'artiste, rue Jeanne-Mance. Ce jour-là, la peintre qui était malade et couchée dans son lit, aurait dit que Mazhari fouinait dans ses affaires et que des choses disparaissaient. Me Azancot a toutefois dit devant le jury que Mme Caiserman-Roth «avait peur» de Mazhari.
Hier, en toute fin d'après-midi, le jury a demandé a écouter l'enregistrement du témoignage de Daniel Urban. Ce professeur de mathématiques qui agissait aussi comme encadreur pour Mme Caiserman a fait le déménagement de l'atelier du boulevard Saint-Laurent, le 26 décembre 2001.
Le jury poursuit ses délibérations aujourd'hui.
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